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Quatre otages toujours aux mains du MUJAO : Trois diplomates algériens libérés

par Salem Ferdi



Trois des sept otages algériens enlevés le 5 avril au consulat d'Algérie de Gao, dans le nord-est du Mali, par des membres d'un groupe islamiste armé, ont été libérés.

La rumeur circulait avec insistance durant les dernières 48 heures, elle vient d'être confirmée par le Mujao qui détient les otages alors qu'au niveau officiel, à Alger, c'est le mutisme absolu.

Le sort des quatre autres otages, dont le consul d'Algérie à Gao, reste incertain. Les premières informations diffusées, avant même l'annonce du Mujao, imputaient le retard de leur libération à la situation sécuritaire qui prévaut dans la zone. Citant des "sources sécuritaires algériennes", ces informations indiquaient qu'un des membres du groupe chargé de convoyer les trois personnes libérées a été blessé dans un accrochage entre le Mujao et les éléments du MNLA qui ont été chassés de toutes les villes du nord du pays. Cette source a affirmé que l'opération de transferts des otages algériens du territoire malien vers l'Algérie "n'a pas été facile" et que le consul et les autres diplomates détenus se trouvaient près de la frontière avec le Niger, le groupe ayant dispersé les otages. Cette même source affirme que cette libération a été obtenue à la suite de longs et difficiles efforts de la part des autorités algériennes en soulignant que la libération a eu lieu "sans versement de rançon et sans libération d'islamistes armés détenus dans les prisons algériennes". Cette version, relativement optimiste qui laisse entendre que les autres otages pourraient être libérés très prochainement, n'est pas ouvertement contredite par les propos tenus à l'AFP par Adnan Abu Walid Sahraoui, qui se présente comme le porte-parole du Mujao. "Nous avons finalement accepté de libérer trois des sept otages qui étaient avec nous", a déclaré ce porte-parole, Adnan Abu Walid Sahraoui, sans indiquer si une rançon avait été versée ou s'il y a eu une contrepartie.

PAS UN MOT A ALGER

Les démarches menées pour obtenir la libération des otages sont -et c'est logique- entourées de secret et il est difficile de spéculer sur la suite des évènements. Ce qui est certain est que les autorités algériennes ne peuvent qu'utiliser tous les leviers de pressions dont elles disposent dans la région pour obtenir la libération des otages sans manquer à ses positions de rejet de principe du payement de rançons. Le silence des officiels algériens sur cette libération pouvait s'interpréter dans tous les sens, les spéculations deviennent oiseuses. Il faut nécessairement attendre la suite des évènements dans un nord du Mali où l'affaiblissement du MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad) s'est illustré par la perte de ses dernières positions, à Ansogo, au sud de Gao. "De la frontière nigérienne en passant par Ansogo avant d'arriver à Gao, je n'ai pas vu un seul soldat du MNLA (...). Ce sont les islamistes qui sont maîtres des lieux", a déclaré un élu de cette localité à l'AFP. Le MNLA tente de se placer néanmoins comme interlocuteur pour l'extérieur. Ainsi, un membre du BP du mouvement, Mossa Ag Attaher, ne demande pas à la communauté internationale de "reconnaître un Etat mais une reconnaissance comme partenaire sérieux". Message particulièrement adressé à la France dont le MNLA, a-t-il dit, partage les "valeurs démocratiques et laïques".

LE GÉNÉRAL GAÏD SALAH : "LE CADRE REGIONAL? POSITION IRREVERSIBLE !"

Alors que le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, est annoncé à Alger pour les 15 et 16 juillet, des visions divergentes entre l'Algérie et la France se sont exprimées sur la manière de résoudre la crise au Mali. A Nouakchott, où les 10-11 juillet s'est tenue une réunion du Conseil des chefs d'état-major des pays membres du Comité d'état-major opérationnel conjoint (CEMOC), le chef d'état-major de l'armée algérienne, le général Gaïd Salah, a mis en avant l'impératif d'une solution politique au Mali et surtout l'attachement des pays de la sous-région sahélo-saharienne a une "prise en charge de cette crise dans le cadre régional". Il s'agit, dit-il, d'une "position irréversible qui se veut le fondement même de notre stratégie de coopération et de coordination des actions de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée". Le chef d'état-major de l'armée algérienne a estimé que la crise malienne doit être réglée dans les "meilleurs délais possibles" afin que les Maliens "puissent renouer avec la stabilité politique". Il a assuré les Maliens de "notre solidarité, aide et assistance, en termes de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée". Il a prévenu surtout que "la solution à la crise malienne ne peut être que politique, décidée par les Maliens eux-mêmes et conformément à leurs intérêts nationaux en tant qu'Etat souverain". A Paris, le chef de la diplomatie française a affirmé que l'usage de la force dans le nord du Mali est "probable à un moment ou un autre".

FABIUS : "IL EST PROBABLE QU'IL Y AURA UTILISATION DE LA FORCE"

Pour Laurent Fabius, la situation au Mali est "extrêmement grave car c'est la première fois que des terroristes se greffent sur des villes importantes et sont peut-être en situation de se greffer sur un Etat". Si tout comme l'Algérie, il estime primordial de rétablir la légalité constitutionnelle à Bamako et de mettre la junte hors la loi, il considère que dans une seconde étape, le recours à la force s'imposera. Une fois la "légalité rétablie au Sud, il faut s'intéresser au Nord, c'est-à-dire qu'à un moment ou à un autre, il est probable qu'il y aura utilisation de la force". L'intervention militaire "serait menée par des Africains avec un soutien international", a-t-il déclaré en soulignant que la France ne peut pas être en "première ligne" en raison d'un risque de "réaction contre le colonisateur". Une démarche sensiblement différente de celle d'Alger qui privilégie une solution politique incluant les rebelles touaregs. Et surtout l'impératif que le traitement de la crise soit pris en charge uniquement dans le cadre de la sous-région du Sahel. Une "position irréversible", a indiqué le général Gaïd Salah.