
Les juges se spécialisent Des juges spécialisés en criminel. C'est la
quintessence d'un projet mûrement réfléchi par le ministère de la Justice et
qui commence à germer. Peu à peu, donc, on se dirige vers le déclin de l'ère du
magistrat polyvalent et «touche-à-tout». Les 36 cours du pays viennent d'être
destinataires d'une instruction de la chancellerie dont la teneur est de
spécialiser des juges, parmi le corps de la magistrature de siège, dans les affaires
criminelles. La démarche, qui fait en soi valeur de réforme, s'inscrit dans le
registre «spécialisation des magistrats», l'une des lignes génératrices du plan
de réforme de la justice. Pratiquement, les présidents de cours sont tenus
désormais de confier l'ensemble des dossiers renvoyés devant le tribunal
criminel à une élite de juges, en termes de maîtrise et de compétence en la
matière, et de ne plus faire dans le turnover, ou la rotation du personnel pour
gérer le rôle de la session criminelle. Le relèvement du niveau des critères de
sélection des juges qui auront la charge d'examiner les dossiers criminels,
message implicite dans la directive du ministère de Tayeb Belaïz, se traduira
inévitablement par la réduction du nombre des magistrats qui auront à présider
les audiences du tribunal criminel. Selon les explications fournies par le
président de la cour d'Oran, Medjati Ahmed, cette démarche vise plusieurs
objectifs à la fois. D'une part, développe-t-il, cela va permettre un
traitement qualitatif des affaires criminelles, qui se distinguent des affaires
délictuelles et contraventionnelles par leur caractère complexe et leur degré
de gravité, en termes de faits, car les audiences seront diligentées par des
juges qui connaissent bien leur sujet et maîtrisent parfaitement les actes et
les procédures inhérentes. D'autre part, ajoute-il, cela va permettre aussi de
réduire tangiblement le nombre de pourvois en cassation, en ce sens que la
bonne diligence du procès par le juge spécialisé et aguerri évitera, ou à tout
le moins endiguera le phénomène des pourvois manifestement irrecevables ou
dépourvus de moyen sérieux de cassation. En d'autres termes, la désignation de
juges «anticriminels» spécialisés est, par ailleurs, l'un des nouveaux
instruments mis en oeuvre par le ministère de la Justice dans l'optique de
remédier, partiellement, au problème chronique de l'encombrement de la
juridiction suprême de l'ordre judiciaire. La formation spécialisée, qui
s'affermit par la pratique surtout, d'une fournée de magistrats consacrés aux
dossiers qui relèvent du tribunal criminel va permettre ainsi, à terme, de
relever le défi de l'augmentation exponentielle des pourvois qui asphyxient la
cour de cassation, avec tous les effets positifs que cela va entraîner sur la qualité,
l'efficacité et la célérité du traitement des affaires, bien que la chambre
criminelle ne connaît pas un encombrement comparable à celui des chambres
civiles.
Au niveau de la cour d'Oran, par
exemple, la nouvelle orientation est déjà mise en oeuvre, indique M. Medjati.
En effet, deux juges spécialisés, présidents de chambre, connus pour leur
expérience et leur maîtrise du créneau criminel, ont été désignés pour statuer
sur les affaires enrôlées dans la 1re session ordinaire de l'année 2010, dont le
lever du rideau est prévu demain. Cette session, qui démarre après un week-end
seulement de la clôture de la session précédente, ce qui renseigne un peu sur
le stock de dossiers qui atterrit annuellement dans cette juridiction, compte
91 affaires, dont 28 ayant trait aux crimes organisés, le trafic
transfrontalier de drogue et le blanchiment d'argent. Ce gros paquet de
dossiers, presque le tiers du volume des affaires enrôlées, provient du Pôle
pénal spécialisé. Pour des raisons pratiques et pour éviter le surmenage
pouvant s'emparer des deux magistrats qui auront à se relayer sur les 91
affaires, trois mois durant, le président de la cour précise que ceux-ci seront
«soulagés» par la succession à la tribune, de temps à autre, d'autres
confrères.