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Portraits d'immigrés : Le mystérieux El-Hadj et la belle Linda
par Notre Bureau De Bruxelles: M'hammedi Bouzina Med Adam a été expulsé du Paradis. Les prophètes ont, tous, vécu l'exil. Les hommes se sont toujours déplacés. Pourquoi ? Parce que l'homme est un bipède. Hadj Abdelkader, le révolutionnaire. A chaque rendez-vous électoral algérien, il est là. Au siège du Consulat à Bruxelles. Costume sombre des années soixante, il arbore fièrement sur le revers de son veston gauche un macaron frappé du drapeau algérien. En bandoulière, sur sa poitrine un badge « Consulat d'Algérie, élections du... ». Il endosse pour un moment une fonction officielle d'hôte des électeurs. 75 ans ? 80 ans ? Personne ne sait son âge. Tout le monde sait qu'il est un ancien de la « Fédération de France » du FLN en Belgique. Il habite entre les villes de Mons et de Charleroi, pas loin d'Hornu, où les Messalistes ont tenu leur congrès de juillet 1954 pour décider du « top départ » de la révolution armée et de qui sera le chef suprême. La suite on la connaît, les jeunes fougueux d'alors ont décidé, en Algérie, sans les Messalistes. El-Hadj connaît plein de choses sur cette période de la révolution. Aujourd'hui, El-Hadj parle très peu, va à la mosquée et se mobilise les jours de votes pour l'Algérie. Il a toujours répondu à l'appel de l'Algérie sans rien demander pour lui. Lui est encore dans la révolution. C'est une oeuvre permanente. El-Hadj ne comprend pas pourquoi d'autres Algériens ont appelé au boycott de la dernière élection présidentielle de 2004 ou lors du référendum sur la Concorde nationale. Pour lui, il faut toujours dire « OUI » à l'Algérie et ne pas chercher à comprendre pourquoi. Il est intégriste à sa manière. A Bruxelles, il y a quelques autres anciens de la « Fédération de France, section Belgique ». Ils ne parlent jamais d'El-Hadj Abdelkader et lui ne parle jamais d'eux. El-Hadj a soutenu le premier candidat RND à la députation pour l'immigration en 1997. Il a été élu. Il a soutenu les deux autres successeurs FLN et ils ont été élus. Personne ne sait si El-Hadj Abdelkader a une carte de militant du FLN, RND, Hamas... Tout le monde le respecte et il respecte tout le monde. C'est bien ainsi, vous disent les anciens immigrés. Et tous le salueront dès le début avril prochain, lorsqu'il sera à l'accueil du Consulat le jour de l'élection présidentielle. LINDA, l'Algérienne Elle est surnommée ainsi parce qu'elle a toujours un drapeau algérien dans tout rassemblement, rencontre ou fête des Algériens en Belgique. Tous les Algériens aiment et respectent Linda. Elle est depuis longtemps seule. La cinquantaine frappée, elle a vécu des moments terribles. Après le décès de sa fille à la fleur de l'âge, son unique fils âgé de 20 ans s'est suicidé en se jetant par le balcon du 7ème étage. Linda vit maintenant seule. Devant tant d'adversité, elle soulève l'admiration et le respect de tous les hommes et femmes. A chaque occasion de fête ou d'événement national, Linda arrive avec le drapeau algérien et lance des you-you. Très bien habillée, elle parle, rit et danse. Elle a été danseuse dans le ballet de la RTA, l'ancêtre de l'actuelle ENTV. Elle connaît plein d'artistes. Parfois, elle vous emmène dans son monde en vous contant des anecdotes où les chanteurs chaâbi comme Guerrouabi, Chaoû, Saloua... ne sont jamais loin. En janvier dernier, alors que la palestinienne Ghaza mourrait sous les bombes israéliennes, les Algériens de Bruxelles ont invité un représentant de l'Autorité palestinienne à Bruxelles et un poète libanais pour débattre de la situation et improviser une quête pour les enfants palestiniens soignés dans les hôpitaux belges. Linda a roulé, seule, le couscous pour les soixante personnes venues au café de Zoubir pour la circonstance. Au mois de mai 2006, elle me sollicita pour lui rédiger une requête pour le président de la République, Abdelaziz Bouteflika. La famille de son ex-époux lui a « volé » sa part de l'appartement d'Alger, situé pas loin du cinéma Debussy. Linda voulait le laisser à son unique fils de 20 ans qui projetait de vivre à Alger. Je n'ai pas rédigé la lettre parce que Linda m'a demandé d'attendre jusqu'à la fin du mois d'août la réponse de son avocat d'Alger. Si la justice ne serait pas juste, alors elle saisirait le président. Linda estime qu'il ne faut pas importuner le président de la République sans raison valable. Il a tant à faire pour le reste de l'Algérie. Entre-temps, son fils est décédé. Linda ne parle plus de l'appartement d'Alger. Elle n'est plus seule. Elle dit que Dieu est avec elle parce qu'il en a décidé ainsi. |
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