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Union européenne : Ghaza, Guantanamo et le langage diplomatique
par Notre Bureau De Bruxelles: M'hammedi Bouzina Med Réhabilitation politique du Hamas palestinien, offre de l'asile politique à des prisonniers de Guantanamo, réhabilitation des Moudjahidine du peuple iranien... L'UE inaugure un nouveau langage diplomatique qui tranche avec celui d'hier. Est-ce encore l'effet Obama ? La première réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE de l'année 2009 s'est ouverte, hier à Bruxelles, avec un ordre du jour très chargé et surtout dans un contexte international particulier : l'écho des cris des enfants de Ghaza résonne encore dans la conscience humaine. Aussi, les chefs de la diplomatie européenne n'ont pas hésité à briser un tabou politique né sous l'ère de l'Américain George Bush : parler et associer le Hamas palestinien au processus de paix. Bien sûr, les choses ne seront pas simples, mais l'engagement de principe est considérable. Lundi matin, dans les coulisses du Conseil européen, des informations ont laissé entendre que la France battait campagne pour aboutir à un consensus des 27 pays de l'Union sur le principe d'ouvrir le dialogue avec le Hamas. Il faut rappeler aussi que la veille, dans la soirée de dimanche, les ministres des AE de l'Egypte, la Jordanie, la Turquie et les responsables de l'Autorité palestinienne ont été conviés par les représentants de la politique étrangère de l'Union à un dîner au cours duquel ils ont adopté le principe de ne pas isoler le Hamas palestinien dans le processus de paix. Tout sera fait aussi pour aboutir à un gouvernement d'union nationale palestinien avec la participation du Hamas. Il reste au Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'UE, qui se poursuit ce mardi, de réaliser ce fameux consensus pour la réhabilitation du Hamas dans l'échiquier politique israélo-palestinien. Certains observateurs ont fait le lien avec l'arrivée du nouveau président américain Barack Hussein Obama au pouvoir aux USA et ses premières déclarations sur la stratégie américaine au Proche et Moyen-Orient : le dialogue en lieu et place de l'affrontement. Ainsi à Bruxelles, les ministres des AE de l'Union ont inscrit à l'ordre du jour un autre sujet tabou: la suppression de la liste des organisations terroristes de l'Organisation des Moudjahidine du peuple iranien (PMOI). Réhabiliter politiquement le Hamas et les Moudjahidine du peuple iranien sont deux acquis indiscutables pour la paix dans la région et le retour au dialogue entre l'Orient et l'Occident d'une manière générale. Dans les faits, ce seront l'Egypte et la Turquie qui seront sollicitées pour servir d'intermédiaires aux discussions avec le Hamas. Ce dernier devra renoncer à la violence et endosser le cadre du processus d'Indianapolis et celui mis en place par le quartet (ONU, UE, USA et Russie). Ici, il faut rappeler que le Hamas a, au contraire de ce qu'affirment Israël et les médias occidentaux, supprimé de sa Charte « la destruction d'Israël » au lendemain de sa victoire aux élections législatives de janvier 2006. Les ministres des AE ont insisté pour que, de son côté, Israël rouvre les points de passage sur la bande de Ghaza et lève le blocus qui lui est imposé depuis janvier 2006. Dans le chapitre de la sécurité, l'UE s'est dite prête à envoyer une force multinationale pour le contrôle de la frontière avec l'Egypte et les fameux tunnels par lesquels transitent les armes vers Ghaza, ainsi que la surveillance de la façade maritime. Cette dernière proposition est soumise à l'accord de l'Egypte. Plus précisément, ce sont la France, la Grande-Bretagne, l'Italie et l'Espagne qui sont à l'origine de ces propositions. D'autre pays de l'UE, notamment certains de ceux de l'ex-Europe de l'Est, comme la Tchéquie qui préside le Conseil de l'UE, n'ont pas encore tranché sur ces questions. Le dossier Guantanamo L'autre dossier inscrit à l'ordre du jour de ce Conseil européen a été consacré aux 245 prisonniers de Guantanamo. Suite à la décision du président Barack Obama de libérer une partie des prisonniers et de fermer le pénitencier d'ici une année, les ministres des AE ont discuté de l'implication de l'UE dans le dénouement de ce triste épisode de l'ère de George Bush. L'Europe s'est dite prête à envoyer à Guantanamo une mission d'information conduite par le Commissaire européen en charge de la Justice, Jacques Barrot (France), et le responsable de la lutte antiterroriste Gilles Dekerkhove (Pays-Bas). De son côté, la France a avancé le chiffre de 60 prisonniers libérables immédiatement qui pourraient être accueillis en Europe. Les raisons tiennent au fait que ces 60 prisonniers originaires de pays d'Asie et du Moyen-Orient risqueraient de lourdes condamnations par la justice de leurs pays respectifs. Au cours des débats, la Tchéquie, qui assure la présidence de l'Union, a proposé que cette question soit laissée au libre choix de chaque pays d'en accueillir le nombre qu'il souhaite. Le Portugal, la France et la Suisse (non membre de l'UE mais faisant partie de l'espace Schengen), se sont déjà dits prêts à recevoir ces prisonniers. L'Italie dit oui et propose une position commune de l'UE. Quant à l'Allemagne, la coalition gouvernementale (conservateurs et socio-démocrates) reste divisée sur la question. Les premières décisions du président américain Barack Hussein Obama ont « résonné » à Bruxelles et c'est tant mieux pour la paix dans le monde. Dans tous les cas, «l'offre» d'accueil de l'UE est justifiée parce que, il faut le rappeler, les pays de l'Union européenne ont participé au « rapt » de nombre de prisonniers de Guantanamo. La CIA a trouvé terrains, lieux, aides et assistance durant les rafles de présumés coupables de terrorisme par l'administration Bush. Journalistes et observateurs n'ont pas hésité à parler d'un «tournant» dans le partenariat transatlantique et de l'inauguration d'une nouvelle ère dans les relations internationales. Peut-être est-ce trop d'optimisme ? Comment ne pas l'espérer tant la violence et le déni de droit ont atteint des niveaux effrayants durant les 8 années du règne de George Bush sur les affaires du monde. Par ailleurs, la réunion de Bruxelles a débattu des conséquences de la récente crise du gaz entre la Russie et l'Ukraine. La sécurité énergétique et les relations Russie-UE ont été l'autre priorité de ce Conseil. |
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