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Nos fortunés (Midas, Philémon et Baucis ou Ulysse)

par Sid Lakhdar Boumediene

Les richesses accumulées en Algérie par des personnes ou groupes de personnes sont parfois gigantesques. Dans ma chronique d'aujourd'hui, il n'est pas question de jugement moral. La morale, je ne sais pas ce que c'est. Par contre, l'éducation, le droit et la responsabilité me parlent.

C'est à partir de cette précaution que je peux traiter les richesses hors normes par des entrées différentes. Celle que j'ai choisie, dans cette chronique, tente de répondre à la question «Quelles sont les différentes natures du rapport avec l'argent ?». Faisons une fiche présentée dans une extrême simplicité comme le serait celle résumée d'un lycéen.

C'est toujours à partir de la mythologie qu'on peut trouver un fil conducteur (comme celui d'Ariane qui nous guiderait dans le labyrinthe du Minotaure). Et c'est bien entendu, pour notre sujet, le roi Midas que nous trouvons le premier sur ce chemin.

Connu pour son insatiable désir de richesses, il avait rendu service à Dionysos en libérant son compagnon. Quelle autre récompense pouvait demander Midas sinon celle que son toucher de toute chose se transforme en or ?

Oui mais voilà, cette avidité fut si grande qu'elle se transforma en cauchemar car Midas ne pouvait ni boire ni manger, tout se transformait en or. On devine l'image de ceux qui se coupent de tout en construisant un mur en or entre eux et les autres. Plus de moyen pour le besoin humain de relations amicales sinon celles avec ceux qui y trouvent un intérêt et qui les rassurent sur leur pouvoir de créer l'admiration et les remerciements. Midas s'était coupé de tout par son aveuglement à l'accumulation des richesses en or.

Puis nous avons l'exemple de ce qui est connu sous le nom «pauvreté heureuse». Philémon et Baucis avaient accueilli Zeus et Hermès qui parcouraient le monde sous une forme humaine. Seul le couple, pauvre et vivant dans une cabane misérable, avait accepté de les héberger et partager avec eux un maigre repas. La récompense de Zeus fut de leur exhausser un vœu. Ils demandèrent modestement à être les gardiens d'un temple et mourir ensemble. L'incarnation de l'hospitalité et de l'éternité heureuse leur suffisait

Ainsi est symbolisée la richesse de l'esprit et de l'âme qui sont placés au-dessus de toute accumulation avide. Bien d'autres exemples mais je m'étais promis à une fiche courte avec des exemples qui parlent à tous. Puis nous trouvons sur notre route de réflexion l'inévitable Ulysse. Il ne cherchait pas à conquérir de nouvelles terres et accumuler l'or des autres mais de retourner sur sa terre d'Ithaque dont il était le roi, retrouver ses troupeaux et sa maison après sa victoire dans la guerre de Troie. Pour lui la richesse était ce qui garantissait le minimum pour une sécurité de la vie sereine.

La déesse Calypso tomba amoureuse de lui après l'avoir sauvé d'un naufrage. Elle lui offre l'immortalité et les richesses divines qu'il refusa car ce n'était pas le but dans sa longue quête à travers les mers. (Tiens, Calypso, cela ne dit rien aux anciens, ce désir effréné de conquérir les océans pour sauver le monde en découvrant la richesse dans cette vaste nature et non dans l'avidité du progrès économique à tout prix).

L'avidité avec le risque de se couper de l'essentiel, l'humilité qui est la noblesse du refus de la richesse et la considération de la richesse au simple niveau de protection. Chaque possédant d'une grosse fortune se reconnaîtra dans l'un de ces trois choix de vie et de réflexion.

Trois groupes d'humains, cela ne veut pas dire égalité en nombre dans chacun. Je ne sais pas comment comptent certains mais moi je ne suis pas le Dolos de la mythologie en personnifiant la supercherie en créant des illusions qui altèrent la vérité.

Les jeunes, laissez tomber une seconde votre Tik Tok, et apprenez que le mot dol (de Dolos) est un des délits en droit pénal, celui de la tromperie qui altère le consentement.