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Lorsqu'un
sage des peuples de l'hémisphère Sud fut interrogé sur ce qu'il ferait s'il
dirigeait un pays face aux provocations géopolitiques du moment, la volonté
déclarée de Donald Trump d'écraser économiquement la
Chine et l'Union européenne, et la riposte verbale de Pékin défiant l'ordre
américain , il répondit avec une simplicité surprenante : « Je me retiens de
réagir et j'attendrais. » À première vue, cette réponse peut sembler passive,
voire fuyante, mais elle est en réalité une expression de profondeur
stratégique, de lucidité froide face à une scène internationale dominée par
l'impulsivité et l'égo. Cette réponse porte en elle la sagesse des peuples qui
ont connu les tourments de la domination, les ravages du colonialisme, et qui
ont appris, à travers l'histoire, que la précipitation est un luxe que seules
les puissances peuvent se permettre, rarement ceux qui ont dû chèrement
acquérir leur souveraineté. L'Algérie, dans ce contexte, incarne parfaitement
cette posture. Elle est l'un des rares États à porter une mémoire historique
vivante, celle d'un peuple qui a conquis sa liberté au prix d'un des combats
anticoloniaux les plus longs et les plus sanglants du XXe siècle. Ce traumatisme
fondateur, qui a forgé l'identité politique de l'Algérie, explique en partie
son attachement viscéral à la souveraineté, au refus de l'alignement, et à
l'indépendance de décision. Depuis l'indépendance en 1962, l'Algérie a
développé une diplomatie propre, fondée sur des principes inébranlables : la
non-ingérence, le soutien aux causes justes, le rejet des blocs hégémoniques,
et la défense des intérêts des peuples du Sud. Durant la Guerre froide, elle a
refusé de se soumettre aux pressions de l'Est comme de l'Ouest, tout en jouant
un rôle clé dans le Mouvement des non-alignés. Alger était alors un lieu de
dialogue, de convergence des luttes anti-impérialistes, un centre diplomatique
où se croisaient les grandes figures de l'émancipation africaine, arabe et
latino-américaine. Aujourd'hui encore, cet héritage se prolonge dans une
posture géopolitique mesurée mais déterminée. Face aux tensions croissantes
entre les grandes puissances, l'Algérie ne réagit pas dans l'urgence ni dans
l'émotion. Elle observe, elle évalue, elle agit selon ses intérêts. Elle
développe ses partenariats de manière équilibrée : coopération stratégique avec
la Chine dans le cadre des Nouvelles routes de la soie, maintien d'un dialogue
constructif avec les pays européens, notamment dans le domaine énergétique, et
ouverture pragmatique vers des puissances émergentes comme la Russie, l'Inde ou
la Turquie. L'Algérie affirme aussi son rôle régional en Afrique et dans le
monde arabe, en favorisant la médiation, le dialogue et la stabilité, comme en
témoignent ses efforts récents dans le dossier malien, libyen ou encore
palestinien. Ce choix de la retenue n'est pas une forme d'immobilisme, mais un
art de la manœuvre lente, une diplomatie d'équilibre dans un monde où tout
pousse à la division. Dans un système international, de plus en plus chaotique,
où les rapports de force remplacent le droit, l'Algérie se tient droite, fidèle
à ses principes, mais attentive à chaque évolution. Elle a compris que le Sud
ne doit plus être le terrain de jeu des grandes puissances, mais un acteur à
part entière du nouvel ordre mondial à venir. En cultivant une souveraineté
économique progressive, en consolidant sa stabilité intérieure, en refusant les
pressions extérieures déguisées en partenariats, elle redonne au mot «
indépendance » tout son sens. Ainsi, à l'image du sage, l'Algérie ne cède pas à
la tentation de réagir dans le tumulte. Elle choisit d'attendre, de construire,
de renforcer ses fondations. Car elle sait que l'avenir ne se gagne pas dans la
précipitation des grandes puissances, mais dans la patience stratégique de ceux
qui bâtissent, sans bruit, les équilibres de demain.
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