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Rappel malien

par Abdou BENABBOU

Paul Balta, l'ancien journaliste du quotidien français Le Monde, avait demandé un jour au défunt Houari Boumediene s'il ne craignait pas que l'aide désintéressée de l'Algérie et son humanisme envers ses voisins ne risquaient pas de lui être très mal remerciés en retour. Avec un sourire, Boumediene lui répondit que cette éventualité n'était pas écartée. L'échange entre les deux hommes a gardé toute sa densité.

Dès lors, il est à se demander si la nature largement généreuse de l'Algérie et son engagement souvent sans retenue dans la compassion et la solidarité humaine n'ont pas été finalement contre-productifs. Aussi l'Algérien a toujours gardé cette espèce de culture, un tantinet maladive, d'offrir sa veste contre le gel et le froid à celui qui en avait besoin. Le don de soi, en diverses circonstances, a toujours été un élan algérien gratuit et sans bas calculs avancé au détriment de ses propres intérêts. On s'en est tenu à une obligation d'aide et de solidarité pour qu'elle soit foi et religion. Mais ce rite viscéral n'est pas conforme à la réalité d'un monde où toutes les formes de la naïveté n'ont pas leur place. Les relations entre les Etats ont régulièrement la manie de se détourner des généreuses théories. Cette règle est d'autant plus vraie aujourd'hui quand chacun est enclin à vouloir par tous les moyens que son pain soit bien cuit.

Aujourd'hui, le nouveau pouvoir militaire de Bamako a l'air de vouloir s'inscrire dans la lignée du reniement de toute l'aide prodiguée au peuple malien par l'Algérie pendant de longues décennies. Non contente d'avoir piétiné l'héritage de concorde et de paix des accords d'Alger établis au bénéfice du peuple malien et pour lequel l'Etat algérien s'est sainement investi, la junte militaire s'est engagée dans une dangereuse animosité contre un pays frère qui lui a toujours servi.

En finalité, les infantiles et inconséquentes manœuvres des militaires maliens ne seraient qu'un solide rappel aux Algériens qu'une charité bien ordonnée n'a de raison que quand elle commence par soi-même et quand elle ne contredit pas ses propres intérêts.