Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

30 réformes et garde-fous à mettre en œuvre (3ème partie)

par Mohamed Belhoucine*

8- La réduction des impôts fonciers augmente le coût du logement et rend le logement plus cher pour les propriétaires.

La réduction de l'impôt et des taxes foncières augmente le cout du logement, car quel que soit le revenu locatif auquel le percepteur renonce, il en reste davantage qui peut être mis en gage auprès des banques sous forme d'intérêts. Par exemple, si les impôts sont réduits de 100.000 DA par an, ce montant de la valeur locative est « libre » d'être capitalisé dans un prêt bancaire. Prenons le cas d'un prêt hypothécaire à 5%, une réduction d'impôt de 100.000 DA augmentera de 2.000.000 DA le coût du logement pour le créancier hypothécaire. Les vendeurs y gagneront, mais les acheteurs de la prochaine génération en pâtiront.

Cela explique pourquoi le secteur financier soutient le secteur immobilier en préconisant une baisse de l'impôt foncier. Les banques finissent par bénéficier de ces réductions d'impôts. Il s'ensuit un déplacement de la charge fiscale sur les consommateurs, via les taxes sur les ventes, et sur les impôts locaux (dont les investisseurs immobiliers absents sont largement exonérés). Il semble contre-intuitif de penser que des taxes foncières plus élevées tendent à faire baisser le coût du logement. Mais le sophisme de la finance, de l'assurance et de l'immobilier prétend que les réductions de la taxe foncière aident les acheteurs de logements, créant ainsi une belle histoire déformante pour détourner l'attention de ceux qui finissent par payer réellement la rente économique.

9- L'augmentation des taxes immobilières rend le logement moins coûteux, tandis que la réduction de ces taxes contribue à rendre le logement moins abordable et plus cher.

La valeur du terrain (l'essentiel de la rente locative) est déterminée par les conditions du marché – le niveau général de prospérité, l'intérêt de vivre dans des quartiers prestigieux dotés de bonnes écoles et de parcs, l'accès aux transports, et aussi par le revenu du propriétaire et donc de sa capacité à payer, plafonnée par la volonté des banques de prêter suffisamment pour surenchérir sur les acheteurs rivaux.

La question est de savoir quelle part de ce loyer doit être payée sous forme d'impôts et quelle part reste disponible pour être capitalisée sous forme de prêts bancaires. Tout ce à quoi le percepteur de l'impôt foncier renonce peut alors être versé aux banquiers. Si les taxes foncières sont augmentées, une valeur locative moindre peut être mise en gage aux banques. Elles ne prêteront pas plus pour augmenter le prix de l'immobilier – et l'Etat pourra utiliser cette rente foncière comme base d'imposition naturelle.

10- Les déficits budgétaires n'ont rien de négatifs mais par contre ce sont les budgets équilibrés et les excédents budgétaires qui sont mauvais pour une économie.

Lorsque les Etats font des déficits (sauf pour renflouer les banques et payer les détenteurs d'obligations), ils dépensent de l'argent dans l'économie. Mais s'ils ont un budget équilibré (ou pire encore, un excédent budgétaire), cela aspire des recettes de l'économie.

Les appels à l'équilibre budgétaire découlent de la volonté du secteur bancaire de remplacer les trésors nationaux comme source d'argent et de crédit. Il ne faut pas recourir et s'appuyer en grande partie sur les banques commerciales privées pour fournir les crédits nécessaires à la croissance.

Contrairement aux dépenses publiques qui peuvent être autofinancées, les banques privées facturent des intérêts et des frais pour la création de crédits - et créent des crédits principalement pour faire monter le prix des actifs et non pour stimuler l'emploi et la formation de capital tangible industriel.

11- Sur la fausse croyance prétendant que la réduction des dépenses publiques permettra de rééquilibrer le budget du gouvernement et de rétablir la stabilité.

Contrairement aux dettes du secteur privé, les dettes publiques ne peuvent pas être amorties. Les prêts du FMI aux gouvernements pour renflouer les détenteurs d'obligations privées (principalement les banques privées et les 1%) laissent un résidu de créances inexorables du FMI sur les Etats. Les « conditionnalités » du FMI - réductions des dépenses publiques, des retraites et augmentation des impôts sur le revenu du travail – réduisent l'économie endettée, aggravant ainsi son déficit budgétaire. Cela conduit le FMI et les ministres des Finances à exiger une austérité encore plus sévère - comme si leur « remède » ne saignait pas réellement et n'affaiblissait pas la victime endettée.

La spirale descendante qui s'ensuit est le véritable objectif de l'austérité, car l'aggravation de la crise financière d'un gouvernement génère des privatisations forcées. Cela a été particulièrement clair quand l'Algérie a subi les assauts répétés et la conquête financière du FMI durant les quatre décennies 1980, 1990 et 1999-2019 menant à la catastrophique privatisation menée de concert avec la stratégie du choc terroriste pour faire peur au but de brader le secteur public.

12- Fournir des services sociaux gratuitement ou à moindre coût ne « fausse » en aucune façon le marché de l'autorégulation. Tous les biens et services publics doivent être payés par leurs utilisateurs à moindre coûts ou donnés gratuitement. Contrairement à l'assertion de Margareth Thatcher, « la société n'existe pas », la société existe, pas seulement pour les intérêts exclusifs des propriétaires et de leurs banquiers.

Le fait de nier l'existence de la société humaine détourne l'attention de la manière dont les gestionnaires financiers ont pris le contrôle de l'économie et des gouvernements. L'imposition des fantasmes libertaires dictés par les Strausso-khazars de Wall Street N.Y et la City de Londres, à Margaret Thatcher et Ronald Reagan, démontrent 4 décennies après, leur grande responsabilité de la désindustrialisation de leurs économies.

13- La déréglementation du secteur financier ne le libérera pas de la paperasserie et ne peut lui permettre de répercuter les économies faites sur ces clients.

Les banques privées, les propriétaires et les institutions financières facturent autant que le marché supportera. La réduction de leur paperasserie et des coûts de mise conformité qui y sont liés empêche l'Etat de prévenir la fraude, ce qui permet d'extraire une partie croissante de la rente financière prédatrice. Le gouvernement chinois de Deng Xiaoping a prohibé la déréglementation du secteur financier, qui reste à nos jours contrôlée à 100 % par l'Etat chinois.

14- C'est très rare que les marchés reviennent à l'équilibre une fois que l'instabilité perturbe l'équilibre. Les cycles économiques ne peuvent être régulés que par le recours à une réglementation gouvernementale ou à une intervention « extérieure » au marché et non par les soi-disant stabilisateurs automatiques de l'économie de la théorie économique néoclassique.             

Les marchés ont tendance à se polariser entre créanciers et débiteurs, et, entre propriétaires et utilisateurs d'infrastructures publiques de base privatisées. Avec les intérêts composés le volume de la dette croît plus rapidement que les tendances de l'économie réelle en matière de production, de revenus et donc de capacité à payer les dettes. Les familles, les entreprises et même les Etats sont obligés de vendre leurs actifs pour payer les créanciers, jusqu'à ce que la propriété et les revenus qu'elle génère soient tellement concentrés que l'économie s'effondre ou soit conquise de l'extérieur, ou encore qu'elle connaisse une révolution de l'intérieur.

Le grand défi consiste à libérer les Etats du contrôle exercé par les intérêts des rentiers.

Cela nécessite des principes économiques fondés sur la réalité pour guider la politique fiscale et réglementaire.

Transformer l'économie en oligarchie est le prix à payer si on ne parvient pas à contrer les sophismes des prédateurs financiers qui promettent que leurs gains sont ceux de l'économie dans son ensemble, et non pas seulement la résultante d'un transfert des paiements de l'économie vers eux-mêmes.

15- Tout l'enseignement de la science économique actuelle repose sur un faux narratif et postulat à savoir que grâce à la main invisible du marché les économies tendent à revenir à la stabilité et à une distribution de plus en plus juste et équitable des revenus et des richesses (les chiffres d'Oxfam prouvent le contraire, que la concentration du capital et des richesses tend à se polariser de plus en plus sur les 1% voir les 0,1% les plus riches). Les modèles de polarisation ou d'austérité n'ont pas de résolution mathématique simpliste, et ne relèvent donc pas du champ de la science économique proprement dite.

Si l'Etat n'impose pas de nouveaux garde-fous, dans un proche avenir, le secteur financier et immobilier cherche à contrôler les programmes d'enseignement et les medias de masse afin de décourager toute réforme qui ralentirait sa monopolisation des richesses et du pouvoir politique. Cela doit être accompli en changeant le sens du vocabulaire économique et en éliminant l'étude de l'histoire économique. L'antidote à cette propagande économique est d'expliquer pourquoi les économies ont tendance à devenir plus instables et plus polarisées en raison de leur propre dynamique interne (« endogène ») – surtout via la dynamique du crédit et de la dette et la non imposition de la rente économique non gagnée.

16- Le secteur public n'est pas un poids mort, et l'action de l'Etat ne représente pas une charge inutile. On en déduit que les dépenses publiques devraient être non limitées et portées jusqu'au seuil des règles prudentielles visant à ne pas enclencher la déflation par les dettes (loi empirique d'Irvan Fischer 1933).

Beaucoup oublient que l'investissement dans les infrastructures publiques est un facteur de production. Son rôle est de faire baisser le coût de la vie et des affaires dans l'économie, en fournissant des transports, des communications, de l'électricité et du gaz, des carburants pour automobiles, des soins de santé et d'autres services au prix coûtant, sur une base subventionnée ou gratuite.

L'investissement public dans ces monopoles naturels les maintient hors de portée des acteurs de la privatisation, des prédateurs extracteurs de rentes et des financiers.

A suivre

*Docteur en Physique - DEA en Economie