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Algérie-France: Des échanges commerciaux insignifiants

par Abderrahmane Mebtoul

Selon la Banque mondiale, en 2019, le volume mondial total d'exportations de biens et de services était de 24.795 milliards de dollars et le volume mondial total d'importations de biens et de services était de 24. 312 milliards de dollars, soit au total 49.107 milliards de dollars.

Au sein de cette structure mondiale en perpétuelle évolution quel est le poids des échanges entre l'Algérie et la France ?

1.-. Pour le classement des 15 pays les plus riches du monde, par ordre décroissant, entre 2019/2020, nous avons: 15 Indonésie : 1.170 milliards de dollars; 14. Brésil: 1.430 milliards de dollars; 13. Espagne: 1.450 milliards de dollars ; 12. Australie: 1.480 milliards de dollars; 11. Russie: 1.580 milliards de dollars; 10. Corée du Sud: 1.670 milliards de dollars ; 9. Canada: 1.760 milliards de dollars; 8. Italie: 2.110 milliards de dollars; 7. Inde : 2.830 milliards de dollars; 6. Royaume-Uni: 2.860 milliards de dollars; 5. France: 2.920 milliards de dollars (la structure du PIB français pour 2019 fait ressortir 1,7% pour le secteur primaire employant 2,6% le secteur manufacturier 19,3% employant 16,5% et les services dont les banques 78,9% employant 80,9%) ; 4. Allemagne: 4.320 milliards de dollars; 3. Japon : 5.100 milliards de dollars; 2. Chine: 14.490 milliards de dollars; 1. États-Unis: 21.920 milliards de dollars. Concernant la balance commerciale de la France, pour une population au 01er janvier 2021 estimée à 66.732 538 habitants (Métropole et Outre-mer) en 2019, les exportations ont été de 508 milliards d'euros de biens soit au cours moyen de l'époque (1,15 dollar 1 euro) 584 milliards de dollars et 251 milliards d'euros de services; soit 288 milliards de dollars, et les importations ont été de 567 milliards de biens soit 652 milliards de dollars et 229 milliards d'euros de services, 263 milliards de dollars avec un déficit commercial en biens de 59 milliards d'euros, soit 68 milliards de dollars. Nous avons un excédent des services de 21,8 milliards d'euros, 25 milliards de dollars mais avec une importante facture énergétique autour de 45 milliards d'euros en 2019, soit 52 milliards de dollars.

Les principaux clients de la France sont: UEBL, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Pays-Bas, Etats-Unis, Algérie, Chine, Suisse et les fournisseurs: Espagne, Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Royaume-Uni, Suisse, Pologne, Brésil, Etats-Unis, les 10 premiers partenaires économiques, concentrent les deux-tiers des échanges, 8 sont des pays européens, auxquels s'ajoutent la Chine et les Etats-Unis. Au cours des dernières années, ce classement a assez peu évolué, avec toutefois le retrait de la Russie du groupe des 10 premiers partenaires commerciaux de la France et l'entrée de la Pologne L'Allemagne distance largement les autres partenaires, avec plus de 14% des échanges, contre un poids compris entre 7 et 8% pour la Chine, l'Italie, les États-Unis, l'Espagne et la Belgique, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suisse et la Pologne représentant entre 4,8 et 2.2%.

Selon la Banque de France, les réserves et autres avoirs en devises s'élèvent, à la fin du mois d'août 2021, à 254 milliards de dollars.

Pour l'Algérie, les réserves de change, selon la Banque d'Algérie, 48 milliards de dollars, selon le plan d'action du gouvernement, au 31/12/2021 et à fin mai 2021 à 44 milliards de dollars.

2.-. Pour le classement selon le FMI, des pays les plus riches d'Afrique, nous avons par ordre décroissant: 10e Angola avec un produit intérieur brut estimé à 68,07 milliards de dollars ; 9e Côte d'Ivoire avec un produit intérieur brut estimé à 71,10 milliards de dollars; 8e Ghana avec un produit intérieur brut estimé à 71,95 milliards de dollars; 7e Ethiopie avec un produit intérieur brut estimé à 91,51 milliards de dollars; 6e Kenya avec un produit intérieur brut estimé à 105,68 milliards de dollars ; 5e Maroc avec un produit intérieur brut estimé à 123,78 milliards de dollars; 4e Algérie avec un produit intérieur brut estimé à 155,31 milliards de dollars ; 3e Afrique du Sud avec un produit intérieur brut estimé à 317,19 milliards de dollars; 2e Egypte avec un produit intérieur brut estimé à 374,89 milliards de dollars; 1er Nigéria avec un produit intérieur brut estimé à 466,88 milliards de dollars.

Pour la balance commerciale, de l'Algérie, avec une population au 01 janvier 2021 de 44 millions d'habitants, qui n'inclut pas les services, (sorties de devises entre 10/11 milliards de dollars par an entre 2010/2019), le document le plus pertinent étant la balance de paiement, le Commerce extérieur des marchandises a enregistré, au cours de l'année 2019, des importations de 42 milliards USD et une valeur des exportations d'environ 36 milliards de dollars, les hydrocarbures ayant représenté l'essentiel des exportations durant cette période avec une part de 92,80 % de la valeur globale, marqués par une baisse de l'ordre de 14,48 % par rapport à l'année 2018, pendant que les exportations hors hydrocarbures restent toujours marginales, avec seulement 7,20 % de la valeur globale des exportations, soit l'équivalent de 2,58 milliards USD, en enregistrant ainsi une baisse de 11,80 % mais dont les dérivées d'hydrocarbures et les produits semi-bruts représentent plus de 75%.

Pour les principaux fournisseurs, en ce qui concerne la répartition des importations par partenaire commercial, les 5 premiers fournisseurs de l'Algérie représentent 50,33 % des importations globales.

La Chine, étant le principal fournisseur durant l'année 2019, a contribué à hauteur de 18,25% des importations de l'Algérie, suivie par la France, l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne avec des parts respectives de 10,20%, 8,13%, 6,99% et de 6,76%. Les 5 premiers clients de l'Algérie représentent près de 50,85 % des exportations algériennes, A ce titre, la France est le principal client de Algérie avec une part de 14,11 %, suivie de l'Italie, l'Espagne, la Grande-Bretagne et la Turquie avec des parts respectives de 12,90%, 11,15%, 6,42% et de 6,27%.

La répartition des échanges commerciaux (import et export) de l'Algérie par zone géographique au cours de l'année 2019, montre clairement que l'essentiel de ces échanges reste toujours polarisé sur les partenaires traditionnels. En effet, les pays d'Europe enregistrent une part de 58,14 % de la valeur globale des échanges commerciaux, les pays d'Asie viennent en seconde position des flux commerciaux avec une part de 23,92%.

-3.Quelle conclusion tirer, sur le plan strictement commercial, les lois économiques étant insensibles aux slogans politiques? Les échanges commerciaux entre l'Algérie et la France demeurent figés dans leur structure et sont dérisoires comparés aux exportations et importations des deux pays.

La France, dans bon nombre d'affaires en Algérie, est devancée par l'Espagne, l'Italie et la Chine qui prennent des parts de marché, de plus en plus importantes. Les échanges entre l'Algérie et la France se limitent essentiellement aux hydrocarbures pour la partie algérienne, aux services, notamment bancaires, l'agroalimentaire, les produits pharmaceutiques et les produits issus de l'industrie automobile pour la partie française.

Dans la pratique des affaires il n'existe pas de sentiments, les entrepreneurs algériens ou étrangers étant mus par la seule logique du profit, le rôle de l'Etat régulateur, stratégique en économie de marché à vocation sociale, étant de concilier les coûts sociaux et les coûts privés et chaque pays dont l'Algérie doit défendre ses intérêts propres. Mais la mise en œuvre d'affaires saines, comme l'image d'un pays, ne repose plus comme par le passé, sur des relations personnalisées entre chefs d'États ou ministres, mais doit être la résultante de réseaux décentralisés, favorisés notamment par l'implication de la société civile, d'ONG et d'entreprises dynamiques innovatrices. C'est que l'on assiste au niveau mondial à l'évolution d'une accumulation passée se fondant sur une vision purement matérielle, caractérisée par des organisations hiérarchiques rigides, à un nouveau mode d'accumulation fondé sur la maîtrise des connaissances, des nouvelles technologiques et des organisations souples en réseaux comme une toile d'araignée à travers le monde, avec des chaînes mondiales segmentées de production où l'investissement, en avantages comparatifs, se réalisant au sein de sous-segments de ces chaînes.

En 2019, pour la France, les exportations en biens et services totalisent 759 milliards de dollars et les importations 793 milliards de dollars soit au total 1.555 milliards de dollars, soit divisés par 49.107 milliards de dollars, 3,16% au sein du flux des échanges mondiaux. L'Algérie a importé 42 milliards de dollars et exporté 36 milliards de dollars soit au total 78 milliards de dollars.

Les exportations vers la France de l'Algérie ont représenté en 2019, 5,07 milliards de dollars et les importations 4,6 milliards de dollars soit environ 10,5 milliards de dollars. L'Algérie représente dans les échanges français globalement 11 milliards de dollars divisé par 1.555, soit 0,70%, ce taux étant encore plus bas entre 2020/2021 et au sein du flux des échanges mondiaux avec les hydrocarbures, 78 milliards de dollars divisés par 49.107 milliards de dollars, le taux est de 0,016%.

Cependant, la diaspora est importante dans l'Hexagone, où en 2019, selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), en écartant les immigrés clandestins – difficiles à dénombrer par nature, la France abrite au minimum 2,6 millions d' Algériens dont 846.400 immigrés algériens résidant sur le territoire français et l'Institut national d'études démographiques (INED) estimait à 1.207.000 le nombre d'enfants d'immigrés algériens résidant en France. Cette émigration, constituée d'importantes compétences avec l'exode de cerveaux, souvent formés sur le budget algérien, donc une fuite indirecte de capitaux, contribue au PIB français. Les relations entre l'Algérie et la France renvoient surtout au devoir de mémoire, à laquelle l'Algérie attache une importance capitale et face aux terrorismes, notamment au Sahel, à des enjeux géostratégiques dans la région, les relations économiques étant, pour l'instant, insignifiantes, au regard des flux économiques mondiaux, ce qui influe très marginalement sur les équilibres fondamentaux macro-économiques et macro -sociaux des deux pays.

Dr - Professeur des Universités, expert international