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A l'heure de la 3ème vague

par Bouchikhi Nouredine

Les images et scènes de panique qui envahissent les réseaux sociaux montrant des citoyens désespérés en quête d'oxygène sont le reflet d'une absence d'anticipation et de clairvoyance des responsables de la gestion de la pandémie et les conséquences de l'état de déni d'une large frange de la population alors qu'on était bien averti de ce scénario prévisible car déjà vécu dans certains pays d'Amérique latine, en Inde et pas très loin de chez nous en Tunisie; le variant ‘Delta' que certains pensaient naïvement qu'il respectera les frontières et nous épargnera est un virus hautement contagieux sa vitesse de propagation dépasse rapidement les capacités logistiques classiques. Sa virulence ne manquera sûrement pas de faire des victimes et au lieu de s'atermoyer sur notre sort autant en tirer les leçons qui pourront sauver d'autres vies humaines en ayant à l'esprit que ce virus a plus d'un tour dans sa poche et pourrait survivre avec nous encore longtemps.

Mais à chaque malheur quelque chose est bon, c'est ainsi que la population, longtemps dans l'attente et l'appréhension pour se faire vacciner a fini par envahir les centres de santé et autres points de vaccination et n'hésite plus, dès les premières heures du jour, à pointer dans des files indescriptibles devant les structures sanitaires, les informations parvenant des hôpitaux qui ne sont guère réjouissantes ainsi que les campagnes médiatiques d'incitation ont fini par convaincre les plus récalcitrants mais cette situation a créé une autre réalité car l'envers de la médaille et comme cela a été pressenti par les professionnels du terrain, l'inadéquation entre l'offre quantitativement insuffisante des vaccins et la demande citoyenne de plus en plus insistante et nombreuse risquera de créer une pénurie avec toutes ses corollaires négatifs ; scènes de cohue, passe-droits et révolte car jusqu'alors l'insuffisance en quantité de vaccins a été occultée par le rejet d'une grande partie de la population de se faire vacciner pour des raisons aussi diverses les unes que les autres ; certains ont cédé aux théories complotistes comme c'est le cas dans d'autres pays , d'autres par manque de confiance dans des vaccins non reconnus par les instances scientifiques européennes et enfin d'autres par peur des éventuels effets secondaires largement médiatisés aux dépens des bénéfices de la protection vaccinale. Dans ce monde devenu un grand village, le citoyen algérien à l'instar des autres peuples est au fait de tout ce qui concerne la pandémie et ne réagit pas uniformément à tout ce qu'on peut lui proposer.

Dans la stratégie vaccinale on a été peut-être trop hâtif en besogne en proposant la vaccination à tout venant avant que les quantités minimales ne soient disponibles comme cela a été le cas dans les autres pays, beaucoup mieux nantis en vaccins qui ont choisi d'abord par cibler certaines catégories pour éviter d'arriver à cette situation quasi incontrôlable ; notre politique ne peut être tributaire que de nos moyens, il sera donc difficile de juguler cette pression et même en supposant obtenir les vaccins en quantité suffisante rien n'a été fait pour réguler ces flux de plus en plus nombreux. La plateforme électronique de prise de rendez-vous est devenue rapidement obsolète et les structures et personnels médicaux et paramédicaux risqueront de lâcher prise en reléguant au second plan, par la force des choses, la prise en charge des autres activités de soins et de diagnostics.

La situation exige que tout le monde puisse avoir un rôle à jouer, il faudrait externaliser au plus vite l'acte vaccinal en dehors des structures de santé pour soulager le personnel et lui permettre d'accomplir ses tâches envers les autres malades surtout chroniques qui risqueront de payer chèrement les conséquences de cet afflux interminable et qui risque de perdurer ; la décision d'impliquer les pharmaciens va dans le bon sens mais il fallait d'abord solliciter les cabinets libéraux qui comme d'habitude sont laissés sur le carreau faute de poids dans les centres de décision contrairement aux pharmaciens.

Dans un cabinet le médecin veillera plus facilement et efficacement au respect des règles de distanciation et pourra imposer un planning qui, hélas, est chose irréalisable dans les structures publiques comme en témoignent les assauts quotidiens des polycliniques et centres de santé qui, submergés, sont loin d'assurer les conditions de prévention adéquates.

Les centres médicaux sociaux affiliés aux différentes entreprises et administrations pourront contribuer efficacement, les agents de la Protection civile et même au besoin les moyens de la médecine militaire seront salutaires en venant en renfort en érigeant par exemple des camps de toile et en mobilisant les effectifs nécessaires pour pouvoir espérer rattraper le retard. Des pays ont même fait appel aux retraités du personnel médical et paramédical contre intéressement pour ratisser large.

L'autre problématique qui occupe le devant de la scène est celle de la disponibilité de l'oxygène; les responsables concernés n'ont pas été en mesure de voir le coup venir et c'est vraiment dommage pour un produit aussi vital et qui n'exige pas de gros investissements et c'est l'occasion d'organiser, une fois pour toutes, la filière ‘Oxygène' dont la disponibilité est variable d'une ville à l'autre, les plus petites sont les plus lésées en fonction de l'existence ou pas de dépôts ou d'unités de conditionnement et cela pourrait, peut-être, attirer l'attention des pouvoirs publics sur le problème crucial auquel sont confrontés déjà et depuis longtemps les insuffisants respiratoires chroniques qui se débattent dans la quasi indifférence. La gestion de l'approvisionnement en oxygène médical destiné aux malades doit être du ressort de structures publiques ou privées dépendantes ou sous la tutelle des Caisses d'assurance maladies par l'établissement de conventions avec des petites entreprises qui mettent à disposition des malades assurés, le matériel et le consommable nécessaires à la prise en charge de ces pathologies handicapantes et chroniques. Il est indécent de laisser le malade et sa famille livrés à eux-même en trimbalant des bouteilles lourdes qu'il va falloir remplir, transporter et pour certains les traîner d'étage en étage et cela aussi longtemps que le malade vivra sans compter le coût engendré supporté injustement par le malade ou sa famille. C'est la même situation vécue par les malades souffrant d'apnées du sommeil qui devront s'équiper chèrement (les CEPAP reviennent entre 100.000 et 200.000 DA) et à leurs frais ; ils doivent aussi supporter tous les coûts des consommables (masque et tuyauterie 6.000 à 8.000 Da tous les 6 mois) ainsi que l'entretien et les réparations alors qu'il faudrait confier cela à des prestataires qui pourront louer ce matériel et l'entretenir à la charge des Caisses de sécurité sociale pour les assurés et des organismes sociaux pour les démunis ; cela devra s'appliquer aussi pour les extracteurs d'oxygène que les malades sont obligés d'acquérir au fort prix, à leurs dépens et à tout autre matériel nécessaire au confort du malade, les lits médicalisés les moyens de levage, les seringues et pompes électriques très utiles pour les malades cancéreux ou en fin de vie qui sont obligés avec leurs familles de supporter inutilement de grandes souffrances physiques et morales.

La décision prise d'autoriser les particuliers à acquérir exceptionnellement ces appareils à titre individuel ne sera pas d'une grande utilité ; avec la fermeture des frontières, elle ne pourra profiter qu'à une minorité capable de prendre en charge le coût de son acheminement et qui dispose de surcroît de quelqu'un qui puisse leur expédier le fameux concentrateur.

Le fait de persister à soumettre les Associations à but non lucratif à des autorisations alors qu'elles sont le seul espoir pour les démunis de pouvoir acquérir un extracteur est complètement incompréhensible et inappropriée au vu des circonstances actuelles et il serait plus judicieux de laisser ces Associations activer loin de ces entraves bureaucratiques et du climat de suspicion qui les affecte chaque fois qu'elles établissent des liens avec des Associations étrangères dont beaucoup sont le fait de notre communauté établie à l'étranger et qui trouvent toutes les difficultés à venir en aide ou à monter des projets humanitaires dans leur pays d'origine. Des associations se sont même proposées de construire des structures sanitaires dont l'objectif est strictement humaniste mais se sont cassé les dents devant tant d'obstacles insurmontables. Une fois ces entraves levées les Associations locales pourront bénéficier de dons de leurs semblables de part le monde et soulager ainsi beaucoup de malades.

Ces appareils ainsi que d'autres à usage personnel doivent aussi être exemptés de la TVA et autres taxes et cela pour de bon et non ponctuellement car ce n'est pas de gaité de cœur qu'une personne s'en procurera. Nombre d'Associations à l'étranger sont disponibles pour fournir des médicaments ou des appareils même s'ils sont d'occasion pourvu qu'ils soient en parfait état de marche, malheureusement ils ne sont pas autorisés à l'importation car la Douane en vertu d'une réglementation rigide et irréaliste et en plus des autres autorisations : santé, commerce et autres exige une facture et que l'appareil soit neuf, une aberration qui empêche beaucoup de s'en procurer gracieusement, sachant que ces appareils sont tous munis de filtres renouvelables et ne sont donc d'aucune menace pour la santé de leurs usagers. Ils ne sont pas non plus produits localement et ne peuvent donc concurrencer une production nationale qu'il va falloir protéger, bien qu'une certaine quantité insuffisante pour répondre à la forte demande est montée en joint-venture avec des entreprises étrangères mais leur prix reste au-dessus des moyens de la majorité.

Toute réglementation ou politique a pour finalité de simplifier la vie au citoyen affaibli par la maladie et le besoin, quitte à faire des entorses ou à l'adaptation permanente des lois en fonction de la réalité du terrain.