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74ème édition du festival de Cannes- LE MASQUE ET LES PALMES (7/7) : MASSILIA DZ SYSTEM

par De Notre Envoyé Spécial À Cannes : Tewfik Hakem

De plus en plus prisée par les productions cinématographiques, la ville de Marseille fait partie des stars de ce 74ème Festival de Cannes.

Voir sur grand écran Matt Damon se faire dérouiller par une bande de jeunes arabes des quartiers chauds de Marseille, et ne rien pouvoir faire pour lui. Meskine. Parions que cette scène violente, jouissive de justesse, va devenir culte, car ce n'est pas tous les jours qu'on voit une star américaine (même sur le déclin) se faire casser la gueule par des arabes anonymes, généralement c'est l'inverse qu'on nous sert.

«Stillwater», le titre du film dont il est question, est le nom d'un bled paumé de l'Oklahoma du personnage principal, Bill Baker. Ce bouseux qui travaille sur des plates formes de pétrole quand il n'est pas en taule n'aurait jamais mis les pieds dans la cité phocéenne si sa fille ne purgeait pas une longue peine de prison aux Baumettes pour l'assassinat de son amante, une certaine Souad. Mais comme sa fille clame son innocence, son père tente de retrouver un certain Akim, potentiellement le véritable meurtrier. Tout en menant à bien sa petite entreprise de thriller, Tom McCarthy filme Marseille comme personne ne l'a fait avant lui. Il n'évite pas les clichés, bien au contraire, il fonce dedans pour mieux les défoncer, et les restituer au réel : Marseille et ses calanques, Marseille et sa pétanque, L'OM et le vélodrome, la Canebière et le Vieux- Port, partout où sa caméra se ballade, le cinéaste américain filme Marseille telle qu'elle est aujourd'hui, c'est à dire une extension aussi excitante que flippante de la ville d'Oran en terre d'Europe. Tom McCarthy porte un regard inédit, tendre et souvent perspicace sur les gens de Marseille. Stillwater donc, avec Matt Damon tellement crédible en redneck, et Camille Cottin qui fait bien le job. Et plein de purs marseillais arabes dans les seconds rôles, les meilleurs du film.

LA BONNE MERE ARABE DE MARSEILLE

Les arabes des Quartiers nord de Marseille passent au premier-plan dans un autre film vu à Cannes et tourné aux Oliviers, le quartier réputé le plus dangereux de France, de Navarre et d'Europe. Les Oliviers et ses barres d'immeubles défoncées qui nous rappellent que la misère au soleil ça peut être pire qu'ailleurs contrairement à ce que dit la chanson. «Bonne mère», le second film réalisé par Hafsia Herzi, l'actrice révélée par Abdelatiif Kéchiche, rend autant hommage au quartier populaire où elle née, à sa ville, et surtout à sa mère. La vraie «Bonne mère» du film est la mama arabe, la mère courage qui se lève tôt pour aller faire le ménage à l'aéroport, et se couche tard après s'être occupé avec amour de ses enfants et petits enfants. Pour la première fois à l'écran, la non- professionnelle, Halima Benhamed, est tout simplement exceptionnelle dans le rôle de la daronne sacrificielle . «Dans les quartiers nord de Marseille il y a beaucoup de mères seules, de mères isolées et j'avais envie de rendre hommage à ces femmes» a confié à l'AFP Hafsia Herzi, la réalisatrice aujourd'hui âgée de 34 ans, a été élevée par une mère laissée seule avec quatre enfants.

«Marseille est une cité à l'image rebelle, le Baltimore français», résume dans un article du quotidien Le Monde, Sabrina Roubache, productrice de la série Marseille sur Netflix. «Les autorisations sont bien plus simples à obtenir qu'à Paris», note de son côté Cédric Jimenez, le réalisateur du troisième film marseillais projeté à Cannes «BAC Nord».

La ville de Marseille (gérée par une coalition de gauche) et la région PACA (dirigée par la droite) ont tout fait pour faciliter les tournages. Aujourd'hui la deuxième ville de France talonne Paris en nombre de tournages de films et de séries. Détail amusant, à l'origine de ce boum économique marseillais la saga soap «Plus belle la vie». Le succès de cette série télé a permit à la Cité phocéenne de développer tous les métiers du cinéma.

A commencer par celui de la sécurité.