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Archéologie: Siga, capitale du royaume numide de Syphax, 204 av. J.-C.

par Bénali El Hassar

La campagne de fouilles archéologiques à Siga (W. Aïn Témouchent), capitale du royaume numide de Syphax (205 av. J.-C.), a duré deux mois en 1976. Elle avait gagné le succès international d'une exposition qui s'est tenue à Bonn (Allemagne) après deux campagnes de fouilles placées sous le patronage du ministère de la Culture et en collaboration avec les chercheurs du musée de la Rhénanie et de l'institut allemand d'archéologie à Rome (Italie).

Ces fouilles furent rehaussées par l'une des plus grandes expositions jamais organisée sur l'histoire de la Numidie du temps de Syphax et de Massinissa en Allemagne à Bonn, accompagnée de la publications, sous l'égide du Rheinisches Landesmuseum Bonn, en 1985, d'un ouvrage de plus de 600 pages intitulé ‘'Die numider'' et cela, en collaboration de chercheurs d'Alger, Tlemcen, Cherchell, d'Hippone (Annaba)... Les recherches jamais organisées sur ce site sous la direction de Mounir Bouchenaki, archéologue, conservateur en chef, en collaboration avec les services des antiquités et des monuments historiques de Tlemcen, avaient permis au professeur Dr Friedrich Rakob, directeur de l'institut allemand d'archéologie de Rome, d'étudier dans les pierres en éboulis de ce monument parachevant ainsi, un long itinéraire d'études sur les édifices funéraires antiques bâtis avec des matériaux de grand appareil, sur la même ligne en Méditerranée : Yémen, Egypte, Tunisie, enfin l'Algérie où l'existence de tels édifices partagent souvent des similitudes avec le Medracen, le mausolée de Juba.

Ses explorations, à part, pendant près d'une année, lui ont permis de reconfigurer à partir des matériaux antiques recueillis sur place étudiant les motifs et les appendices d'appareillages de chaque pierre; le dessin de ce mausolée fut enfin établi concluant à sa hauteur à près de 15 mètres au-dessus du sol culminant un endroit qui porte le nom de Takembrit dominant Siga situé sur la rive de l'oued Tafna, un des plus grands cours d'eau à l'époque et qui, selon les historiens, pouvait avoir une superficie d'une dizaine hectares où l'on peut observer en surface que peu de ruines. Les deux sondages opérés au cours de la campagne archéologique algéro-allemande furent marquées par la découverte à trois niveaux de pièces à valeur numismatique frappées à l'effigie de Syphax, une tête de statue, des fragments de cuirasses... ainsi que des pièces de monnaie datant de l'époque almohade laissant croire à l'existence de la ville jusqu'au XIIe siècle. Cette exposition unique consacrée pour la première fois à la NumidIe avait réuni des pièces empruntées aussi au musée national des antiquités, du musée du Louvre, du Thé Britich muséem, du musée national du Bardo (Tunisie) Tunisie... et dont l'inauguration au Landesmuseum de Bonn s'est déroulée en présence de M. Abdelhamid Mehri ministre algérien de la Culture, Gensher et Hambrucher respectueusement ministres des Affaires étrangères et de la Culture allemands, Driss Guiga, ancien ministre tunisien de l'Intérieur et ambassadeur de Tunisie en Allemagne.

La photo jointe représente le tombeau royal de Takembrit, là où est probablement inhumé le fils de Syphax du nom de Vermina. Nous noterons que le littoral de la région était historiquement marqué par l'existence sur le même itinéraire d'un chapelet d'établissements, colonies et forts millénaires remontant aux périodes numides jusqu'à la domination romaine : Ouardaniya, Archgoul, Atrasiga (Honaïne), Damous, Camérata... dont on cherche mais en vain encore à percer le silence. Rappelons la proximité de sites historiques par rapport à Siga, voire, entre autres, Archgoul où, plus tard, s'établit également une cité devenue capitale, au VIIIe siècle, d'un royaume éphémère des Soulaymaniyines avec comme limite à l'ouest la Moulouya (Malva) qui a toujours séparé les deux Mauritanies tingitane et césarienne 205 av. J.-C. De cette cité idrisside connue pour son débarcadère en activité jusqu'au temps de l'émir Abdelkader et d'où il achemina ses armes pendant sa résistance, il ne reste plus les quelques traces dont des éléments exhumés, voire notamment des catapultes et d'autres débris qui n'ont pu être étudiés, malheureusement utilisés comme remblais à des terrassements de routes, notamment.

Le mausolée de Siga offre, aujourd'hui, l'aspect d'un amas gigantesque de pierres taillées, les unes à leur place primitive et les autres éparpillées autour de fondations d'une forme octogonale. Certains historiens relèvent que ce sanctuaire abritait plutôt les cendres de leur fils Vermina succédant à son père le roi Syphax. Les historiens notent la mort en 203 av. J.-C., en captivité à Rome, de ce roi de la grande tribu berbère Massaesyles et que son épouse, Sophonisbe, fille du roi carthaginois Hasdrubal a fini sa vie en s'immolant à Cirta. Le mariage de Sophonisbe fille du général Hasdrubal avait pour but, certes, de sceller une alliance forte entre Carthaginois et Numides. Le récit historique de cette reine au destin tragique raconté par les historiens de l'antique Rome (Tite-Live, Pline, Antonin ...) inspira l'instant des grands écrivains et dramaturges de la renaissance française tels Corneille, Voltaire ainsi que de nombreux peintres classiques, voire Syphax invitant le roi carthaginois Hasdrubal et Scipion le général romain en course disputant leur domination sur la mer Méditerranée en vue de mettre fin aux guerres puniques (264 à 146 av. J.-C.).

C'est là un des évènements les plus importants de l'histoire de Siga. Après la défaite de son père et de son mari, Sophonisbe se retrouvera aux mains de Massinissa son premier prétendant allié des Romains qui s'emparèrent de Cirta... Notons que les premières découvertes de Siga remontent à peu avant l'indépendance du pays lorsqu'en 1956, Villeumot, universitaire à Oran, au cours d'une excursion y découvrit des pierres funéraires portant le signe attribué au culte de la déesse Tanit mises au jour fortuitement, transportées au musée d'Oran.

 En dégageant des décombres gisant sur le terrain, le bloc à l'entrée du mausolée fut ainsi dégagé. Les archéologues ont ainsi visité pour la première fois l'espace sépulcral, à voûtes, dont rien n'exclut la profanation au cours long du passé de cette vieille capitale massaesyle. L'étude du passé numide est d'une grande importance éclairant à plus d'un titre le livre ouvert traçant notre histoire. Les responsables au niveau du ministère de la Culture avaient préparé les conditions de création sur le site de cette vieille capitale berbère resté vierge garantissant de nouvelles recherches en faveur aussi de l'ouverture d'un chantier-école.

La recherche est en reste encore dans ce domaine, voire les richesses inestimables que recèle notre pays et qui attendent leur réhabilitation. L'intérêt d'un tel effort a essentiellement pour objectif de mettre le pays en accord avec son histoire, éclairant nos connaissances sur toutes ses strates mémorielles invariablement plus dirigées, pendant l'occupation française sur la colonisation romaine. Le conservateur en chef des antiquités Mounir Bouchenaki insistait lors de la campagne de fouilles à ce que l'investigation ne soit surtout portée que du côté de la période romaine. Nous concluons citant ce professeur de la génération des premiers archéologues et spécialistes algériens avec Saïd Dahmani, Abderrahmane Khelifa, Fatima Kadra et tant d'autres encore, qui écrivait dans la préface du livre ‘'Die Numidia'' (Bonn, 1979) à propos de l'écriture de l'histoire : ''Cette nécessité est d'autant plus grande que l'histoire de l'Algérie a toujours été vue sous un certain angle qui ne rendait pas compte de la réalité. On a donc parlé d'une décolonisation de l'histoire, mais ce qu'il faut bien saisir, c'est que cette ‘'décolonisation'' ne doit pas porter uniquement sur la période moderne et contemporaine... en faveur d'une recherche archéologique programmée tenant compte à la fois de la nécessité d'une réécriture de l'histoire nationale et du nécessaire sauvetage des vestiges‘'.