Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Le coronavirus n'est pas une parenthèse dans nos vies, que nenni !

par Sabrina Gahar*

Nous entendons ça et là des voix qui s'élèvent pour dire, voire affirmer convaincues, que ces pénibles et mauvais moments sont une parenthèse dans nos vies, dans notre vie et que demain, après victoire, on reprendra les mêmes et on recommencera. Que nenni !!!

Le coronavirus est l'ultime alerte, un avertissement avant l'apocalypse et surtout des questions de fond auxquelles nous sommes obligés de répondre et un espace/temps de réflexion profonde.

Le Covid-19 a dévoilé l'extrême légèreté de l'être humain, sa fragilité, sa totale vulnérabilité et son immaturité. Deux mois, à peine, peut être un peu plus, ont suffi à abattre les masques, des uns et des autres, à mettre en exergue l'absurdité de beaucoup de nos agissements et à pointer du doigt notre déshumanité criarde.

Nous pouvons citer, à l'emporte-pièce, notre économie Ubérisée, notre Consumérisme bête et méchant, notre égoïsme frivole, nos courses effrénées à dessein d'un confort illusoire et futile, nos privilèges puérils, nos convictions stériles, nos guerres injustes exceptées celles mises en branle et engagées pour se défendre et défendre son droit à la vie, à la dignité et à un peu de rêve.

Le Covid-19 nous met face à nous-mêmes. Ayons le courage de nous voir tels que nous sommes en vrai, en l'absence des habituels paramètres déformants : maquillages outranciers, lumières, strass, paillettes, louanges, dithyrambes, encensements creux et vains, postes, statuts sociaux, rôles et la liste est encore très longue et accrochons-nous à la seule et unique vérité : nous sommes obligés, pour le salut de la Terre et de l'Humanité toute entière, de nous unir et changer radicalement notre vision du monde.

Le Covid-19 nous oblige, nous n'avons pas le choix, voyez- vous, à être humbles et à faire acte de modestie, de la vraie et nous délester de notre condescendance, de notre abominable orgueil, de notre affreuse vanité et de notre disgracieuse fatuité.

Nous sommes, dès à présent, astreints à déconstruire nos certitudes et nos vérités que nous croyions à tort pérennes, et de nous en reconstruire d'autres plus humaines dont l'Homme avec un grand H et la nature/écologie seront le départ et l'arrivée et à répondre à tous nos questionnements existentiels et à en tirer profit de tout le processus réflexif.

Le Covid-19 a ébranlé nos convictions, semé le doute dans nos croyances, désarticulé la structure de nos priorités et disloqué violemment des certitudes de tous bords ; sociale, sociétale, culturelle, cultuelle, économique et même psychologique…

Voyons ses impacts/conséquences :

Ses impacts, à ne pas en douter, sont à la fois importants et multiples : impact sanitaire au premier chef (pandémie : plus de 200.000 morts à la date du 26 avril 2020, perturbation du cycle sommeil/veille), social ( confinement, quarantaine, distanciation sociale, etc.), économique (choc entre l'offre et la demande, arrêt total ou partiel de nombreuses entreprises, pénurie sur les biens essentiels, etc.), politique (annulation de rendez-vous électoral, de séances de légifération, etc.), financier (chute des marchés financiers, etc.), psychologique (confinement, effets psychiques sur la consommation, mode de sociabilité et annulation de nombreux événements citoyens : sportifs, culturels, cultuels, etc.) éducatif (fermeture des établissements scolaires, tous cycles confondus) et «environnemental» (effet positif : réapparition de la faune en ville, baisse des émissions de CO2, etc.) Le Fonds monétaire international a réévalué les perspectives de croissance pour 2020 et 2021 et déclaré que nous étions entrés en récession, une récession aussi grave, voire plus grave que celle de 2009. (Il renomme la crise du 15 avril 2020 le grand confinement : Great Lockdown).

«L'ampleur de la crise exige une réponse à sa mesure : il faut intervenir à grande échelle, de manière coordonnée et globale, les ripostes nationales et internationales devant être guidées par l'Organisation mondiale de la Santé.» (OMS).

Ces ripostes doivent aussi être multilatérales, les pays devant faire preuve de solidarité envers les communautés et les nations les plus vulnérables. «Responsabilité partagée et solidarité mondiale sont les mots d'ordre face à l'impact de la Covid-19. Ceci est sans équivoque». (OMS).

Actions à mener en urgence :

1. Sanitaire :

«1.1: Une action sanitaire immédiate et coordonnée, afin d'empêcher la transmission du virus et de mettre fin à la pandémie.

1.2: Une action qui multiplie les capacités sanitaires en matière de dépistage, de traçage, de quarantaine et de traitement, tout en garantissant la sécurité du personnel qui assure les premiers secours et en prenant des mesures pour limiter les mouvements et les contacts.

1.3: Une action qui offre un accès universel au traitement et au vaccin, lorsqu'ils seront prêts.

1.4: Il faut absolument que les pays développés aident immédiatement les pays moins développés à renforcer leurs systèmes de santé et leur capacité de riposter pour arrêter la transmission.

1.5. Sinon, nous serons pris dans un cauchemar : la maladie se propagera dans les pays du Sud comme un feu de forêt, elle fera des millions de morts et risquera de réapparaître là où elle avait disparu.» (OMS)

2. Psychologique :

Prendre en charge les plus vulnérables psychologiquement grâce notamment à un accompagnement et un suivi effectifs et continus.

3. Economique & Sociale :

Il est impératif d'élaborer dès à présent des politiques budgétaires permettant d'accorder des ressources aux travailleurs et aux ménages, d'offrir une assurance chômage, d'améliorer la protection sociale et de renforcer l'aide aux entreprises pour éviter les faillites et les pertes d'emplois massives. Le mouvement associatif est appelé à se joindre à ces actions afin d'une coordination efficacité et d'une optimisation des résultats.

4. Educatif et scientifique :

Revoir au premier chef le rôle dévolu jusqu'à présent à l'Université algérienne et les différentes missions dont on l'a «lesté». Il est, au demeurant, très instructif de constater le peu de réactivité de nos différentes facultés et spécialités car habituées à n'agir que suite aux ordres et injonctions de la tutelle, pas avant. Cette imperfection dans son fonctionnement doit être revue et corrigée, au plus tôt, afin d'éviter à l'Algérie d'être à l'avenir, prise au dépourvu et d'éviter à ses chercheurs un trop long moment de tâtonnement improductif. La gestion du Covid-19 a mis à nu la relation paradoxale qui existe entre l'Administration centrale et l'Université. Il faut dorénavant, lui accorder beaucoup plus de liberté d'actions, de réactions et de responsabilité.

Il faut juste savoir que :Tant que demeurera la primauté de l'administratif sur le pédagogique, tant qu'on n'a pas réhabilité la place de l'enseignant dans la gestion de l'Université, elle ne pourra générer que de modestes voire de médiocres résultats. Et l'Algérie en pâtira pour très longtemps encore.

*Université Alger 2, Membre du CNDH et de l'OPPE, Vice-présidente de la FOREM, présidente de l'ODE (l'Observatoire algérien des droits de l'enfant), Membre de l'ARIC (Association pour la Recherche en Inter Culturalité.)