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Pétrodollars : pétrole, don de Dieu ; dollar, ruse de Satan

par A. Boumezrag*

«Le coran a été révélé aux hommes comme guide de conscience, comme règle de morale et comme critérium du bien et du mal».

Au cours d'une entrevue privée avec un monarque musulman à la fin des années soixante-dix, un diplomate américain aurait dit : «C'est Dieu qui a mis du pétrole dans votre sous-sol, ce sont nos machines qui l'extraient, ce sont nos firmes qui l'exploitent, quel est votre mérite ?». Le souverain musulman aurait souri ; et le diplomate de poursuivre : «c'est de l'usage que vous ferez de vos revenus pétroliers, que vous seriez jugés par Dieu, par votre peuple : Si vous en faîtes un bon usage, vous seriez béni par Dieu et votre jeunesse vous en sera reconnaissante, par contre si vous les dilapidez, Dieu vous maudira et les générations futures déterreront et retireront vos os pour les brûler sur la place publique».

Le boom pétrolier qu'a connu l'Algérie illustre parfaitement la cohabitation entre la permanence d'une misère morale endémique et l'existence de ressources financières abondantes. Le prix élevé du pétrole a structurellement pour effet pervers de perpétuer à l'infini le système mis en place. A cause du pétrole et du gaz, l'Amérique a perdu tout sens moral. Par la grâce du pétrole et du gaz, l'Algérie ne pense plus, elle dépense. Et elle dépense sans compter. Elle n'a point besoin d'économistes ; ce sont des trouble-fêtes ; elle préfère avoir affaire à de joyeux lurons ; Elle éprouve un désir viscéral d'amuser la galerie.

D'ailleurs, la population n'en demande pas tant. L'argent coule à flots. Et que vive l'industrie de la rente ! Une industrie qui n'a pas besoin ni de stratégie, ni de séminaires, ni de discours, ne rencontrant ni de problèmes d'approvisionnement, ni de problèmes de débouchés. Elle tourne à plein rendement. Elle peut s'en passer de tout gouvernement et de tout parlement. Elle fonctionne toute seule et n'a de comptes à rendre à personne même pas à elle-même. Elle se passe royalement du travail productif et de l'intelligence créatrice des Algériens. Une industrie qui berce d'illusions les uns, ceux du haut et nourrit le désespoir des autres, ceux du bas.

Enfin une industrie qui fonctionne de, par et pour l'étranger. Une rente que se disputent ou se partagent fiscalement les Etats consommateurs de pétrole afin de financer à bas prix leur démocratie envoûtante et les pays producteurs dans le but de pérenniser les régimes politiques obsolètes en place avec des coûts exorbitants. Evidemment la plus grande part revenant aux puissants locaux ou étrangers. Les uns soutenant évidemment les autres et réciproquement. Une société qui ne se pense pas est une société qui se meurt lentement mais sûrement. La vie d'une nation cesse dit-on quand les rêves se transforment en regrets. En 1962, l'Algérie avait des rêves mais n'avait pas de moyens, cinquante ans après, elle a les moyens mais n'a plus de rêves. Le pétrole a fait des institutions, pâles copies de celles de nos illustres maîtres à penser occidentaux, des coquilles vides pléthoriques et budgétivores, sans impact sur la société, destinées à camoufler la réalité au regard de l'étranger, mais personne n'est dupe.

Le monde aujourd'hui ne croit plus au père Noël. A la moindre baisse du prix du baril du pétrole, elles s'écroulent comme un château de cartes. Elles ne servent que de devanture au regard de l'opinion internationale. Les exportations hors hydrocarbures sont insignifiantes. Pourtant seul le travail peut s'opposer au pétrole. Or, il est marginal. Il représente moins de 2 % des exportations depuis plusieurs décennies. N'est-ce pas le signe évident de l'échec des politiques économiques dites publiques qui n'ont de publics que les fonds, menées à tambour battant par les élites qui se sont succédé et qui aujourd'hui se sont converties dans l'opposition ou dans l'islamisme.

La démocratie est une vue de l'esprit dans une économie rentière dominée par un Etat de non-droit. Toute opposition politique qui s'appuie sur les forces laborieuses est vouée à l'échec. Le poids de l'inertie est prépondérant, les forces vives sont faibles. Le travail a perdu ses lettres de noblesse. Il s'incline devant le dictat du pétrole. Pourtant, «le pétrole est l'excrément du diable, il corrompt les pays et pervertit les décisions économiques», vérité vieille de cinquante ans mais encore vivace de nos jours. Dans les années 70, Lacheraf, sociologue et homme politique prédisait déjà «il arrivera un jour où l'Algérien ne saura même pas tenir un balai», ce jour est malheureusement arrivé, nos rues sont sales et nos villes un dépotoir. Les importations sauvages détruisent la production locale déjà vacillante et dénaturent les rapports marchands. C'est l'accès aux pétrodollars qui garantit la fortune. L'argent facile fascine. Sur un autre registre, qui a intérêt à se passer de la poule aux œufs d'or ?

Evidemment personne. Une baisse prolongée croissante du prix des hydrocarbures, des réserves ou des débouchés, serait-elle salvatrice ou mortelle pour le pays ? De quoi vivaient les autochtones avant la découverte du pétrole en 1956 par les Français ? La vérité est comme une femme : nue, elle nous fait peur, elle révèle notre impuissance ; habillée, elle nous rassure, elle cache nos défauts. Nous fuyons la vérité et nous nous refugions dans le mensonge Nous avons les gouvernants que nous méritons. Ils sont notre reflet, nous sommes leur produit. «On nous traite comme nous voulons être traités ; nous haïssons la vérité, on nous la cache ; nous voulons être flattés, on nous flatte ; nous aimons à être trompés, on nous trompe». La pensée est de Blaise Pascal. On dit ce que l'on ne fait pas et on fait ce que l'on ne dit pas». L'Etat-nation est un marché de dupe passé entre un pouvoir et une nation, à savoir pain contre liberté, sécurité contre obéissance, l'ordre contre l'anarchie, la reconnaissance externe contre la légitimité interne.

Le concept de l'Etat providence est un subterfuge commode faisant croire à la population que la providence se trouve au sommet de l'Etat et non dans le sous-sol saharien. Un des critères qui permet de déterminer immédiatement si une nation appartient ou non au Tiers-monde, c'est la corruption. Partout où les représentants de l'Etat, fonctionnaires ou politiques, du haut en bas de la hiérarchie, sont corrompus et où cette pratique est quasiment officielle, nous sommes bien dans un pays du Tiers- monde. L'appartenance d'un peuple au Tiers-monde tient avant toute chose à son système politique. Le monde arabe est dominé par les pouvoirs autoritaires ou totalitaires, par des castes politiques qui manipulent les mots et les institutions. C'est pourquoi plus personne ne croit à présent au développement, chacun constate quotidiennement la corruption du pouvoir politique.

Les gouvernements ont délibérément choisi la croissance économique à partir de l'accumulation des revenus pétroliers et gaziers plutôt que sur le développement fondé sur la formation et l'emploi des hommes., l'Etat algérien a procédé à une vaste salarisation dont l'effet social global est la dépendance dans laquelle se trouve une part importante de la population active par rapport aux revenus distribués par l'Etat provenant des recettes d'exportation des hydrocarbures pour fidéliser une clientèle de plus en plus nombreuse et exigeante.

Les gisements des hydrocarbures sont la propriété de l'Etat et non de la nation. Qui tient l'armée tient l'Etat et qui tient l'Etat tient la rente donc la bourse, par conséquent le peuple. L'essentiel du jeu économique et sociopolitique consiste donc à capturer une part toujours plus importante de cette rente et à déterminer les groupes qui vont en bénéficier. Il donne à l'Etat les moyens d'une redistribution clientéliste. Il affranchit l'Etat de toute dépendance fiscale vis-à-vis de la population et permet à l'élite dirigeante de se dispenser de tout besoin de légitimation populaire. Elle dispose des capacités de retournement extraordinaire, étouffant toute velléité de contestation de la société.

Le pétrole sera le moteur de la corruption dans les affaires et le carburant des violences sociales. Il a l'art de faire la guerre et d'initier la paix. Il est à la fois le feu et l'eau. Il agit tantôt en pyromane, tantôt en pompier. Il est une chose et son contraire ; la richesse et la pauvreté, les deux sont des illusions. Et comme pour toute illusion, il y a un manipulateur. L'argent corrompt et le fusil dissuade. L'armée demeure la colonne vertébrale de l'Etat. Il n'y a point d'Etat en dehors de l'armée et point d'économie en dehors des hydrocarbures. «Quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes sous forme d'un clou». Nous n'apportons pas de solutions à nos problèmes, nous en créons d'autres. «Tout clou qui dépasse interpelle le marteau». Nous nous entêtons à reproduire à l'infini les schémas de pensée qui ont fait la preuve de leur inefficacité.

Albert Einstein nous a pourtant appris qu' «un problème créé ne peut être résolu en réfléchissant de la même manière qu'il a été créé». Nous refaisons à l'infini les mêmes erreurs, L'autorité et la responsabilité forment un couple séparé. Elles font chambre à part. Celui qui décide n'est pas responsable et celui qui est responsable ne décide pas. Nous sommes nos propres fossoyeurs. Pour sortir du trou dans lequel nous nous enfonçons, chaque jour davantage, nous devons commencer par s'arrêter de creuser car la solution se trouve sur terre ferme et non au fond d'un trou. Pour ce faire, il suffit de relever la tête, se tenir droit, et se regarder les yeux dans les yeux, en toute humilité, sans peur et sans reproche. Il faut s'armer de science et avoir foi en Dieu. La science est la clé de nos problèmes, la religion notre but ultime de notre éphémère existence. Nous sommes habités par des démons. Pour les chasser, nous faisons appel à des charlatans d'un autre âge venus d'ailleurs. Nous devons cesser d'être des marteaux pour devenir des cerveaux.

Les cerveaux débattent, les marteaux s'entrechoquent. Si notre tête est ronde comme la terre et non pas linéaire comme le marteau, c'est pour nous permettre de changer de direction. Alors, à quoi bon la lumière du soleil si on garde les yeux fermés ? Le pétrole nous enivre, le gaz nous pollue, l'argent facile nous aveugle.

C'est un argent sale. Un argent qui tue, qui corrompt, qui pourrit, qui détruit y compris les consciences. En dehors du pétrole et du gaz, on ne sait point gouverner. Ce sont les pétrodollars qui dirigent le pays et lui donnent sa substance et sa stabilité. Les gouvernants arabes ne sont là que comme garniture pour rendre le «gâteau» appétissant. A la faveur d'une embellie financière inattendue, le président de la République déchu a fait le pari de relancer la croissance économique du pays par la dépense publique sans analyse préalable et sans vision stratégique, sachant qu'en cas d'échec, c'est le peuple algérien qui en assumera la responsabilité avec pertes et fracas.

Ce pari s'est traduit dans les faits par l'injection de mille milliards de dollars cash soit plus de deux cent mille milliards de dinars, l'équivalent de la construction de l'économie européenne après la Seconde Guerre mondiale. Avec le plan de relance décidé par le gouvernement, le pays connaît son printemps des grands travaux. Il vit au rythme des vastes chantiers routiers, autoroutiers, ferroviaires, portuaires, aéroportuaires, immobiliers et hydrauliques. C'est l'essor du BTPH. L'abeille vient d'entrer dans le masque du BTPH.

La recherche effrénée du gain facile a pris le dessus sur les exigences professionnelles dans un domaine aussi délicat que le secteur du BTPH. La quantité a été privilégiée à la qualité, le lancement précipité des travaux à la maturité suffisante des projets, l'appel à l'extérieur sur la mobilisation interne, la fourniture importée sur la fourniture des produits locaux. La couverture des déficits programmés par la fréquence des avenants au contrat principal.

L'activité du BTPH a été dopée par l'augmentation des dépenses d'équipements de l'Etat sans contrôle ni à priori ni à postériori. Ces programmes constituent des plans de charge supplémentaires sans commune mesure avec leurs moyens matériels, organisationnels et humains. Evidement quand la demande publique est supérieure à l'offre locale, les prix augmentent artificiellement, faisant bénéficier aux entreprises privées ou publiques une rente de situation masquant les défaillances et les perversions de gestion.

C'est la manne pétrolière et gazière qui a permis le paiement «cash» des grands travaux routiers, autoroutiers, ferroviaires, hydrauliques, habitat, etc. Bousculant l'orthodoxie budgétaire admise (amortissement sur une trentaine d'années des infrastructures de base et leur financement par des emprunts à long terme dont les coûts et les délais sont contrôlés par les organismes bailleurs de fonds et non par les gouvernements bénéficiaires de ces fonds), livrés en fin de parcours avec des coûts, des délais, et une qualité en deçà des normes communément admises avec un impact sur la société et sur l'économie insignifiant pour ne pas dire nul (faible croissance économique, taux élevé de chômage, inflation galopante, hausse vertigineuse des importations, dépendance accrue vis-à-vis de l'extérieur et la liste est longue…) Cette intégration à l'économie mondiale sans analyse préalable et sans stratégie réfléchie a poussé l'ensemble de l'économie nationale à l'importation et l'agriculture en particulier à être incapable de reproduire la force de travail de l'homme en Algérie.

C'est ainsi que l'Algérie s'est installée depuis de longues années dans une position inconfortable d'un pays déficitaire et gros importateur pas nécessairement bon importateur, de produits alimentaires dont l'éventail est très large et concerne pratiquement un nombre important de produits : sucre, lait, légumes secs et notamment les céréales, produits stratégiques entrant dans la consommation courante et quotidienne de la quasi-totalité de la population quel que soit le modèle alimentaire considéré (urbain ou rural). Cette dépendance alimentaire dont les trois chocs pétroliers de 1972, 1979 et 2010 ont grandement relevé le niveau et l'importance s'est aggravée avec l'effondrement du prix du baril de pétrole et du dollar en 1986 et en 2013 d'où le recours de nouveau soit à l'endettement soit à la planche à billets.

Le décalage de plus en plus important entre le niveau de production agricole qui stagne, pour ne pas dire qui régresse et un niveau de consommation qui croît à une allure exceptionnelle (taux démographique élevé, urbanisation sauvage accélérée, salarisation importante, hausse de revenu monétaire moyen, etc.) pose des problèmes de plus en plus épineux. Au cours des cinq dernières décennies, la population a connu des mutations puissantes qui ont fait basculer le pays à une majorité urbaine de plus en plus jeune et de plus en plus improductive pour ne pas dire parasitaire, sources de toutes les dérives et de tous les dangers.

L'approvisionnement des villes et des campagnes est devenu problématique pour le gouvernement algérien. En effet, si les populations ne sont pas nourries, des émeutes éclatent et les risques d'être renversés augmentent. A cela s'ajoute le problème de disposer en permanence du cash dans les caisses de l'Etat pour maintenir en place la bureaucratie civile et militaire et procurer au passage quelques produits de luxe aux élites qui constituent la base politique.

L'adoption en totalité ou en partie du modèle occidental de consommation encouragé par les organisations internationales sous la pression des sociétés multinationales agro-alimentaires notamment s'est traduite par un effondrement spectaculaire de l'agriculture d'autosuffisance en tant que base de subsistance des couches les plus pauvres de la population.

En effet, les entrepreneurs occidentaux de l'agro-alimentaire n'ont pas pour objectifs de procurer des emplois, ni de satisfaire les besoins de la société considérée dans son ensemble mais de faire des profits. Leur problème en vérité sous des couverts «humanitaires» est de savoir si un système entièrement fondé sur les profits sera en mesure de procurer un minimum d'alimentation aux populations locales du moins pour prévenir tout bouleversement violent susceptible de mettre en péril les intérêts des firmes occidentales. Il ne faut pas oublier non plus que d'un point de vue capitaliste, les êtres humains se divisent en deux groupes : ceux qui peuvent payer et ceux qui ne le peuvent pas.

Les Occidentaux appellent les premiers les consommateurs. Les dirigeants algériens préconisent et appliquent l'ouverture et l'intégration de l'Algérie fût-elle en position dominée à l'économie mondiale. Cette confiance aveugle sans planification stratégique dans les forces du marché non seulement national mais surtout international dans on attend naïvement l'impulsion qui permette la croissance interne.

L'objectif est de vendre le maximum d'hydrocarbures pour faire face au financement des importations et des services indispensables à la pérennité du système actuel. Il s'agit d'un schéma de croissance fondé sur les seules exportations des hydrocarbures. Les traits dominants de ce type de stratégie sont la référence à la demande mondiale plutôt qu'aux besoins internes pour choisir ce que l'on va produire et donc aussi la référence aux critères de compétitivité internationale pour pouvoir répondre à cette demande. Si elle n'est pas rentable sur le marché international, une production doit être abandonnée quelle que soit son utilité interne.

La contrepartie de cette orientation vers l'exportation, c'est l'accès à la devise étrangère, le dollar pour les uns et l'euro pour les autres et donc leur dépendance à leur égard. Une remarque au passage, c'est que pour ce projet de société, on ne prend pas la peine ni de consulter les plus démunis ni de les faire participer.

Peut-être pour ne pas courir le risque que ces démunis exigent une transformation fondamentale des échelles de valeurs donc de revenus et de la répartition du pouvoir. Toujours est-il que cette approche se fonde sur l'idée de conflit et non d'harmonie. Les élites au pouvoir n'abandonneront pas leurs privilèges sans se défendre et empêcheront en même temps tout processus de transfert substantiel des hauts revenus vers les bas revenus.

Par conséquent, il n'est certainement pas légitime d'invoquer ou de prétendre aux normes universelles de rationalité et d'organisation pour justifier ou pérenniser des intérêts et des privilèges. On a trop tendance à raisonner comme si les politiques de développement conçues et mises en œuvre par les élites au pouvoir profitaient toujours à l'ensemble de la population. C'est une erreur monumentale. Les pays développés soutiennent la production, les pays rentiers soutiennent les importations c'est-à-dire financent la dépendance du pays aux variations des prix vers la hausse sur les marchés internationaux rendant vulnérables leurs populations. L'Algérie est le seul pays au monde à négliger ses paysans, ses artisans, ses travailleurs qualifiés, ses fonctionnaires honnêtes, ses penseurs libres, ses créateurs, alors qu'aujourd'hui en Europe, aux Etats-Unis, le revenu des paysans est protégé et subventionné et la terre prend de la valeur.

La revalorisation de la terre serait un moyen de redonner à l'Algérien le goût du travail et non l'envie de fuir le pays ou de mettre sa vie en péril dans des embarcations de fortune. Des «barques en bois» sans boussole et sans gouvernail à l'instar de l'économie qui navigue sans plan stratégique et sans capitaines d'industries (de vrais capitaines et une vraie industrie et non des hommes d'affaires et des usines tournevis».

A défaut d'une économie réelle pourquoi ne pas opter pour une économie virtuelle ? Tout est disponible sur un écran, il suffit d'un clic. Les bons chiffres apparaissent. Nous sommes sur un nuage. Avec le plein de kérosène et un ciel dégagé, l'avion Algérie poursuit son vol dans une ambiance bon enfant. Le pilotage automatique est actionné. Soudain des perturbations atmosphériques font tanguer l'avion. Il faut reprendre le manche. C'est à ce moment-là que les passagers se demandent s'il y a un pilote dans l'avion ? L'avion a décollé avec un pilote civil, qui va se charger de l'atterrissage ? Un message de la tour de contrôle s'affiche sur les écrans, «vous êtes en infraction avec la loi, un militaire ne doit pas piloter un avion civil». Se trouvant à court de carburant et à basse altitude, l'avion se met à planer tous moteurs éteints. La catastrophe est inévitable. Ni les passagers ni l'équipage ne seront épargnés. Que faire ? Militaires et civils sont dans le même vaisseau. Leur sort est lié. Les passagers ne peuvent jeter l'équipage par-dessus bord ; l'équipage ne peut pas se débarrasser des passagers à bord. Sommes-nous en présence d'un consensus social pour un suicide collectif ? Le suicide est la dernière issue d'une crise morale. On ne meurt pas d'une overdose de pouvoir et de richesse, on finit par perdre tout contrôle de soi-même.

L'estime de soi et le respect de l'autre sont devenus des denrées rares même dans les familles les plus traditionnelles polluées par une pseudo modernité où l'individu s'affirme par sa fortune et non par sa personnalité, par des apparences et non par des contenus. Qui accroit son avoir appauvrit son être. Un être que l'islam a mis sur un piédestal et que l'Etat providence a réduit à un tube digestif explosif (violence aveugle) ou puant (corruption généralisée). Dans cet égarement manifeste, l'islam dans sa pratique quotidienne est-il une révélation divine ou un produit marchand ? Une conduite à tenir ou un masque à porter ? Un syndicat de fonctionnaires ou un fonds de commerce ? Un «blanchisseur» de l'argent sale ou un ticket d'accès au paradis ? «Dieu ne change pas le sort d'une communauté, si elle ne change ce qu'elle a en soi».

*Docteur