Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Transaction du siècle: Un solde de tout compte de la cause palestinienne

par G. O.

«La population palestinienne doit avoir vocation à faire office de barrière humaine sunnite, dans les zones de déploiement démographique chiite, dans le centre de l'Irak et au Liban».

C'est ce que Abdel Bari Atwane, directeur du site ‘Araï Al-Yom' écrivait le 4 novembre 2019 sur la toile de Madaniya que dirige René Naba, sous le titre «La transaction du siècle : solder au propre et au figuré l'affaire palestinienne». Il détaille ce qu'il qualifie de «solde de tout compte» ou de «bradage» de la Cause palestinienne par l'administration de Donald Trump avec une supervision minutieuse de Benyamin Netanyahu. «La transaction du siècle alloue un budget de 50 milliards de dollars pour la réinsertion et la réhabilitation des Palestiniens dans les pays arabes. Sur les 50 milliards, 27 milliards sont affectés spécifiquement aux 15,5 millions de Palestiniens, soit pour chaque Palestinien 2.750 dollars, une somme échelonnée sur 10 ans, soit par an une obole de 275 dollars pour un Palestinien (...)». Le plan élaboré par Jared Kushner, gendre de Trump et élément actif des lobbys juifs prévoit, écrit-il, «à titre symbolique, d'autoriser 40.000 Palestiniens à faire valoir leur droit au retour et de transférer 150.000 Palestiniens sunnites de Cisjordanie vers la région d'Al Anbar, dans le centre de l'Irak, afin de briser la continuité démographique chiite reliant l'Iran à la Syrie» (...). «Le même plan prévoit une subvention économique de 6 milliards de dollars au Liban en contrepartie de l'octroi de la nationalité libanaise aux 500.000 réfugiés palestiniens présents dans ce pays, mais sans égalité de droit». «La subvention ne serait pas versée en une seule fois, mais s'étalerait sur plusieurs années (...)». «Toutefois l'insertion des réfugiés palestiniens dans le tissu social libanais, dans leur zone de déploiement, dans les camps de Sabra-Chatila, au sud-est de Beyrouth, dans les camps du Sud-Liban, le camp de Ain el Héloué (banlieue de Saida), ainsi que dans le camp de Myeh Myeh et de Rachidyeh, (banlieue de Tyr), devrait constituer un barrage humain naturel sunnite- un «cordon de sécurité» – sur les voies de ravitaillement stratégique du Hezbollah depuis Beyrouth- Sud vers la région frontalière libano-israélienne».

«Nous avions décidé d'abattre Saddam Hussein»

L'auteur écrit que «la transaction du siècle ne concerne pas que les Palestiniens.» Mais, affirme-t-il «c'est une reconfiguration géostratégique de la zone, dans un sens qui pérennise l'hégémonie israélo-américaine. Le plan américain vise à instaurer une Union Economique Régionale, incluant Israël, qui se substituerait à la Ligue Arabe, en une version améliorée du projet sarkozyste mort-né de l'Union Pour la Méditerranée». Selon le schéma américain qu'il rapporte, «Israël devrait, au final, s'emparer de 60% de la Cisjordanie, les 40% seront intégrés à une confédération jordano-palestinienne, préludant à la proclamation de l'état de Palestine sur le territoire de la Jordanie, qui sera en fait «la patrie de substitution» des Palestiniens». Atwan rappelle qu'il avait participé à Londres, en 2003, à un colloque auquel avait pris part Richard Perle, sous-secrétaire à la défense sous l'administration George Bush junior, adjoint de Donald Rumsfeld et un des principaux architectes de la guerre d'Irak. A la fin du colloque, Richard Perle l'a pris en aparté pour lui dire : «tout ce que vous avez dit sur l'Irak est vrai. Je vous confirme que les Etats-Unis savaient pertinemment que l'Irak ne disposait pas d'armes de destruction massive, mais nous avions décidé d'abattre Saddam Hussein et d'anéantir toute possibilité pour l'Irak de reconstituer sa puissance balistique(...). Toutefois, l'Iran s'est, lui, doté d'un potentiel militaire qui a neutralisé la supériorité israélo-américaine dans la zone par sa riposte polyvalente (Hezbollah libanais, Hamas palestinien), auxquels s'ajoutent désormais les Houthistes au Yémen et la milice chiite irakienne d'Al Hached Al Chaabi, sans compter la propre puissance de feu iranienne qui est redoutable».