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Les pseudo-démocrates : peut-on jamais leur faire confiance ?

par Bouchikhi Nourredine

  A chaque horizon électoral les démocrates «made in Algeria» commencent à s'affoler car ils frémissent à l'idée que la sentence des urnes ne leur soit pas favorable, impuissants à convaincre la majorité des Algériens de leurs thèses et incapables de gagner, sur le terrain du débat, des idées, ils s'engouffrent dans la facilité par la diabolisation de tout courant qui n'accepte pas d'être berné par leurs postulats idéologiques.

Se répartissant les rôles et mettant à profit la facilité avec laquelle ils accèdent aux médias qui leur offrent leurs tribunes tant qu'ils font la promotion et la sous-traitance de leurs idées conformes à leur modèle de société. Ils n'hésitent pas à distiller leur extrémisme enrobé de modernisme à chaque occasion présentée.

c'est ainsi que dans une diatribe contre une pratique religieuse séculaire de la majorité du peuple algérien et prenant comme prétexte l'intonation de la Fatiha, à l'occasion de l'inauguration de «la conférence nationale dite de la société civile» M. Kamel Daoud, car c'est bien de lui qu'il s'agit ( Le Quotidien d'Oran du 18 juin 2019) et comme c'est devenu la règle, aime bien faire parler de lui en utilisant son arme habituelle et sa clef de sésame pour se maintenir à la ‘une' des médias d'Outre-mer, celle de pourfendre toute référence à l'Islam et à l'arabité en Algérie arborant le kit préféré des authentiques anti-Islam mais qui n'osent jamais s'assumer dès lors qu'ils s'adressent à leurs concitoyens armés d'un leurre qui ne trompe pas, ils préfèrent un terme beaucoup plus présentable et incisif celui «d'islamistes» qu'ils n'hésitent pas sciemment à utiliser pour entretenir l'amalgame à mettre toute personne, puisant ses principes et sa vision de la société de son héritage historique et culturel légitime ( il existe bien des partis chrétiens-démocrates) dans la catégorie «d'islamiste» même si ce courant englobe des visions qui peuvent être diamétralement opposées. Il met à profit sa notoriété acquise et médiatisée surtout au prix de renoncement et haine envers la croyance de la majorité du peuple ; il reprend alors le relais de ses consorts pour tenter de peser sur les choix que peut prendre le pouvoir en place et non ceux du peuple qu'ils considèrent comme incapable confiné dans un statut de minorité perpétuelle en s'adjugeant le rôle de victime potentielle tout en brandissant le spectre du danger imminent ;

Une stratégie bien rodée et déjà éprouvée par le passé avec les conséquences dramatiques qu'a enduré le peuple.

Monsieur Kamel Daoud s'autoproclame en porte-parole, victime mais incitateur en même temps d'un «nous» qu'il veut différent, hautain, au-dessus du reste des Algériens ; je cite «c'est la question…que faire des islamistes ? Que veulent-ils faire de NOUS ? Que veut faire Gaid des Algériens et que vont-ils faire de lui ?

En accusant tous ceux qui ne sont pas de son avis «d'islamistes» ayant du sang sur les mains faisant sûrement référence aux années de braise, il disculpe de fait tous les autres complices commanditaires qu'ils soient, exécutants ou doctrinaires surtout beaucoup plus dangereux.

Et si simplement en inversait les rôles en utilisant ses propres arguments, ses propres phrases sans être dans le plagiat ; la réflexion prendra alors une autre tournure ; qu'on en juge !

Dans ce jeu de mots il suffit de remplacer «néo-islamistes par pseudo-démocrates :

«On aime croire que les pseudo-démocrates sont disqualifiés par les urnes. On aime le croire, on aime l'espérer et c'est peut-être possible de voir cette «famille» qui a du sang sur les mains, elle aussi accepter la pluralité, accepter de ne plus «être le Dieu à la place du Dieu» de ne pas détenir la vérité et d'accepter le jeu de la démocratie et des différences. Voir les pseudo-démocrates comprendre qu'une guerre civile ne profite à personne et qu'un seul pays peut suffire à abriter nos différences et nos croyances. Ce n'est pas évident ni acquis. Cette conférence qu'il faut consolider, encourager, y participer et aider est un acte de courage et de responsabilité. Mais elle ne doit pas servir de scène et de mise en scène à ceux qui déjà se placent en détendeurs de la vérité et propriétaires de l'orthodoxie démocratique absolue.»

Sur la même longueur d'onde des promoteurs de l'islam dit «français» il évoque un islam «algérien» qui prétend le protéger par une laïcité bien taillée, inquisitoire comme celle à laquelle il s'identifie.

«Les pseudo-démocrates et pas les autres n'ont pas tiré leçon des soulèvements des autres pays non-dits mais bien arabes.»

Versant toujours dans l'amalgame et l'opacité en confondant, sournoisement mais délibérément, tous les courants de la pensée islamique qu'il réduit aux années 90 ; il se place même en objecteur de conscience pour juger des habits (sont mieux habillés) chose qu'il ne pourra jamais en faire autant pour décrire par exemple les Indiens d'Amazonie ou les Pygmées du Kenya qui cachent à peine leur intimité sans que personne ne leur dénie ce mode vestimentaire.

Mais pour lui mieux habillé cela veut dire certainement être dans la peau d'un occidental, sa civilisation modèle et sa référence favorite.

«Les pseudo-démocrates ont un discours d'étape mieux adapté aux stratégies des conquêtes ; certains d'entre eux ont opté pour la ruse : attaquer toute possibilité de leadership alternatif au leur, investir les réseaux sociaux, travailler sous la ligne d'horizon de surveillance du nouveau régime. Ils attendent, il faut s'en méfier et arrêter avec le déni que nous fabriquent les procès en extrémisme et ennemis de la démocratie, islamistes fanatiques et rétrogrades. On parle là d'un courant idéologique et non politique.»

«Ce qu'il y a de gênant dans l'animosité à ce rite à l'ouverture de cette conférence est ce signe qui résume beaucoup de choses : il confesse une impasse à venir. Tant que certains croient que leur «démocratie tronquée dont ils sont les seuls à détenir le secret de la définition » passe avant et malgré le choix du peuple et du pays et qu'ils sont l'incarnation de cet arbitrage de droit presque divin ; nous sommes face à un danger immense. Cette pseudo démocratie exclusive révisée et révisionniste, à la marge des crashs électoraux subis ou redoutés, laisse entrevoir des ruses de guerre, des manœuvres d'accaparement des mouvements de «syndicats» colorés à cette idéologie et qui ne sont pas le signe de bonne foi».

«Cela nous piège comme depuis des décennies car si les pseudo-démocrates ne comprennent pas qu'un pays n'est pas une exclusivité idéologique ou une annexe de l'Occident, ils vont se servir du régime pour l'utiliser»

«La question se pose aussi que vont-ils- faire ou pensent-ils- faire de nous ? Ce «nous» qui englobe dans l'abus et l'approximation peut être la famille de ceux qui rêvent d'une Algérie de pluralités de lois respectées, de droit, de droit de confession et de croyance pour chacun. Ces pseudo-démocrates vont-ils nous rouler, encore une fois, et se servir de l'élan du peuple pour nous tromper à l'heure du deal avec le régime, nous tuer et nous terroriser comme autrefois et souvent ? Pourquoi les pseudo-démocrates n'arrivent-ils pas à descendre de leur ciel pour accepter de vivre avec tous sur une même terre ?»

« Ont-ils jamais accepté de considérer leurs croyances comme des choix personnels et pas comme des tribunaux d'inquisition ? Faut-il faire confiance à eux pour qui la fabrication de l'extrémiste, du terroriste sert de moteur à fabriquer leur hégémonie ? Sont-ils solubles en démocratie réelle»

Pour lui il y a le «nous» et «les islamistes» ! Pas de place à d'autres avis, d'autres réflexions !

Et il ne peut résister à se démasquer, à démasquer sa vision et sa stratégie en évoquant la Turquie dont la démocratie n'est pas reconnue car elle a marginalisé par les urnes et à plusieurs reprises ses autres adeptes de la laïcité fanatique imposée des décennies durant sans pouvoir convaincre et qu'une fois envahie par le désespoir ,on a pas hésité à la remettre en selle par la force des canons avec la bénédiction, la complicité et le silence acquiescent des chantres de la démocratie ! Si ce n'était la vigilance d'un peuple prêt à se sacrifier pour ses choix et sa liberté. Ils ne peuvent tolérer que le jeu démocratique ramène au pouvoir même s'il en faut «les islamistes» terme générique qui rien qu'à le citer rend coupable de tous les maux, même si les règles de la démocratie sont respectées dans le détail.

Enfin sa conception provocante et simpliste qui réduit la Fatiha à un rite destiné à conclure un mariage est une proclamation à un clivage définitif avec tous ceux et celles qui ne peuvent s'identifier et se soumettre sans sourcilier à ses thèses. «Comment aboutir à faire passer l'idée de l'acceptation, dans la tête de gens qui se prennent pour les messies de la démocratie ? très difficile, et là je ne peux répliquer dans son style avec une phrase inutile au débat mais qui pourrait être prise pour une offense frisant le blasphème par beaucoup de ses compatriotes en affirmant que «même Dieu ne sait pas» des termes sujets à créer la polémique qu'il vénère tant car par essence Dieu dans toutes les croyances et philosophies est censé savoir tout.

Conclusion ? Les pseudo-démocrates sont toujours là, ils guettent la moindre brèche, ils sont opportunistes, la faiblesse du régime et son déficit de crédibilité, les réseaux tissés, les associations tonitruantes, les soutiens externes, l'orthodoxie pseudo démocratique harcelante tout cela leur donne espoir dans un avenir qu'ils veulent être le leur sans les autres et malgré eux.

«Ils persistent à croire qu'ils sont la «solution» et que les autres sont le problème. Ils adoptent cette détestable posture d'incarnation de la vérité qui transcende tout, parlent aux Algériens du haut de leur statut, violentent les faits et l'exactitude, diffament et osent, même aujourd'hui, s'accaparer l'histoire de la guerre de Libération et l'asservir, ils osent même, aujourd'hui, estomper toute référence au courant de Abdelhamid ben Badis et à travers lui de l'Islam et occulter son rôle dans le façonnage d'une génération de révolutionnaires.»

«Mauvais augure. Car si cette question ne se règle pas dans l'immédiat» (manière de contourner tous les mécanismes de libre choix du peuple qui ne dispose pas encore, en dehors de la rue, de mécanismes d'expression libre et démocratique pour tracer sa destinée, tout en pressant le pouvoir à assouvir leurs vœux). La pérennité du régime est alors exhibée en épouvantail, un régime bien qu'ils le fustigent à l'occasion tentent de lui soutirer des concessions chaque fois qu'il est aux aguets, à l'abri des regards non consentants à leur vision.

La Fatiha c'est au peuple d'en décider, et ce n'est pas une entorse aux règles démocratiques ; que dire alors que l'emblème officiel d'une des plus grandes démocraties à savoir les états-Unis est fièrement estampillé sur leur monnaie «in God we trust» qui peut être traduite par «en Dieu nous croyons», c'est le choix des Américains et personne n'oserait leur dénier ce choix sous n'importe quel prétexte ! Le peuple algérien n'est pas moins enclin à en manifester le sien et ça pourrait bien être la Fatiha.