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Présidentielle : Le général Ali Ghediri et les garanties qui manquent (Suite et fin)

par Omar Mazri*

Pour l'instant nous n'avons pas d'engagement solennel de respecter le résultat des élections. Nous n'avons pas une vision philosophique, mais réaliste et partagée, sur l'État. Avec qui faire la rupture et contre qui débattre. Il n'y a rien de consistant, de cohérent, de sensé à part le cynisme et la méchanceté de ceux qui se sont imposés tuteurs des Algériens...

Pour le débat il est trop tard, par contre si on veut aller vers une élection sans grand enjeu civilisationnel ou stratégique, mais honnête et respectable, en tant que processus « formel », il nous faut des garanties. Il nous faut admettre que le processus électoral n'est pas la démocratie et que la démocratie n'est pas la liberté. Un jour ou l'autre nous devons les débattre sereinement, non plus sous la perspective de l'État-nation, hérité de la modernité française ou américaine qui arrive à son échéance historique et à sa décadence sur le plan civilisationnel. Ni dans celle de l'État islamique qui n'existe que dans le fantasmes de ceux qui pensent que « la solution islamique » peut faire l'économie d'une culture politique et d'une gouvernance scientifique. Dans les conditions actuelles de rente, d'arbitraire et d'inculture politique un tel débat finirait par le ridicule ou par la violence. Pour débattre, on ne vient pas avec l'idée d'éradiquer l'autre, d'imposer des solutions du passé des autres ou de s'accaparer un butin de guerre, mais communiquer, partager, tenter de convaincre avec empathie et responsabilité sur la vision qu'on a de l'avenir. Il y a un minimum procédurier à respecter faute de plate-forme démocratique : présenter, donc, plusieurs garanties pour garantir la sécurité, la stabilité et la viabilité du processus qui semble non seulement improvisé, mais confus voire vicié et vicieux : L'engagement formel par l'ensemble des corps constitués que l'expérience de 1991 ne sera pas reconduite et qu'il faut accepter et collaborer avec le président élu. Le candidat élu n'est pas autorité de droit divin, mais homme faible qui peut être révoqué par le peuple dans certaines conditions à définir juridiquement lorsqu'il met en péril l'existence de l'Algérie, sa souveraineté et sa cohésion sociale. L'engagement formel par l'ensemble des candidats d'accepter le résultat des urnes. Si l'abstention dépasse un seuil intolérable alors le résultat devra être invalidé et les élections refaites dans un délai acceptable. L'engagement formel par l'ensemble des corps constitués de servir l'État dans la forme institutionnelle qu'il a actuellement ou dans celle qu'il aura plus tard et non de servir des hommes, des clans, des rentes...

L'engagement formel par l'ensemble des corps constitués de laisser voter leurs personnels en public. La mise en place d'une commission électorale indépendante et souveraine. La liberté de parole, d'écriture et de rassemblement des Algériens libres de débattre, de s'organiser et d'exprimer leur soutien, sans crainte, pour leur vie et leur sécurité. L'interdiction de la violence, sous toutes ses formes. Toute forme d'éradication politique ou idéologique doit être interdite et punissable par la loi. Donner le temps aux candidats de former leurs états-majors, de débattre, de lever leur financement dans la transparence. L'État devra rembourser les dépenses de campagne au prorata des résultats. Aucune personnalité morale ne doit financer les candidats. Les dons relèvent des personnes physiques et doivent être plafonnés par la loi et sous le contrôle d'un organisme transparent.

Donner le temps aux candidats d'éditer leurs journaux ou de constituer une presse alternative. Mettre fin aux rentes de publicité des médias actuels et mettre en place un comité indépendant d'éthique et de contrôle de l'information pour que chaque candidat ait le temps de parole équitable sans exclusivité ou exclusive.

Permettre aux Algériens poursuivis pour motifs politiques de rentrer en Algérie et de s'engager activement dans la vie politique.

Trouver un autre mécanisme de validation des candidatures, car l'administration et la rente omniprésentes vont invalider les candidats ou falsifier les parrainages. L'administration et les réseaux de rentes sont suffisamment établis et structurés pour rendre impossible la collecte des 60 mille voix.

Faire endosser aux corps sécuritaires et aux préfets de police la responsabilité du maintien de l'ordre pour éviter les dépassements et les intimidations. Les réseaux de l'argent noir peuvent entrer en contact avec la délinquance de toute nature et engager des épreuves de force contre ce qui reste de l'État ou contre les candidats. L'expérience égyptienne de la Baltajiya et du non-droit ne doit pas être sous-estimée en termes de violences et de nuisance.

Toutes les garanties doivent être données sous formes de lois, de décrets et d'arrêtés et relever de la Justice sous l'autorité d'un haut magistrat dont la nomination doit être transparente et à qui on donne les moyens d'exercice et les protections pour sa sécurité.

Dans un délai court convenu et sous les mêmes garanties l'élection présidentielle devra être élargie à toutes les représentations populaires, en commençant par les échelons locaux. Les nouvelles élections effectuées doivent permettre la révision constitutionnelle qui ne doit pas être une affaire d'experts de droits dont la charge est de donner une forme juridique, mais une affaire de peuple qui donnera le contenu. Sur ce temps, de deux ou trois ans, les assises républicaines et démocratiques, pour relancer l'Algérie, devraient être réunies c'est-à-dire un cadre pour donner un contenu, une forme, des mécanismes et des garanties tant pour la définition de la République que de la Démocratie. C'est un travail de titans qui exige la responsabilité, la liberté, la solidarité. Dans ce cadre apaisé alors les grandes questions d'identité peuvent être élaborées ainsi que la forme de gouvernance la plus adaptée à notre culture, à notre histoire et à notre vision de l'avenir. C'est ce cadre qui servira l'apaisement, par sa portée pédagogique et par sa dimension démocratique. Nul ne devrait être exclu et c'est le consensus qui doit primer sinon il faut faire des référendums ou recourir à la justice séparée de l'Exécutif. Le président nommé devrait alors relancer sa propre candidature en compétition avec d'autres pour couronner le recadrage institutionnel et engager les grandes réformes sociales, éducatives, juridiques, économiques, la séparation des pouvoirs, ainsi que la révision des traités internationaux etc. Chacun devrait sentir que l'Algérie lui appartient et qu'il a la responsabilité de s'engager à la servir ainsi que la légitimité de s'approprier des biens, des statuts et des compétences. Il faut souligner que la véritable légitimité qui résiste au temps et aux crises est celle de la reconnaissance sociale de la compétence. La compétence ne peut s'exprimer et se faire valoir que dans la transparence et la compétition équitable. Le contraire de la rente c'est le travail et la justice.

Les corps intermédiaires ne doivent pas interférer dans la campagne électorale, leur vocation est de défendre les intérêts sociaux et professionnels des corporations et non de désigner le personnel politique. Plus tard, les Algériens doivent rompre avec toute forme de monopole pour promouvoir le principe de libre adhésion ou de contrat dont les fondements sont la liberté et la justice. La vocation de l'État et d'apporter les garanties à la liberté et à la justice ainsi que de réprimer toute atteinte à la liberté et à la justice.

Interdire et réprimer toute forme d'ingérence étrangère... Sur le plan social et économique, la rente et le monopole sont les poumons du système algérien. La vraie politique c'est de s'engager à mettre fin à la rente, de mettre fin à l'effondrement du dinar et à l'absence de productivité du travail et d'efficacité économique et financière. Pour commencer, il faut déjà arrêter la planche à billets qui sert à financer la rente et octroyer des marchés aux rentiers. Sur ce terrain est ce que le futur président, en supposant qu'il est honnête et militant de la Cause nationale, est capable de décider de la fiscalité, de la planche à billets, de nommer les cadres supérieurs, de nommer le directeur général de la Douane…

Où sont les garanties de laisser l'élu ou le désigné de finir son mandat. L'expérience de Boudiaf n'est pas loin. Il avait naïvement l'intention de redresser l'Algérie, mais pour le système c'était le dernier personnage que le destin a offert pour cultiver la rente historique du premier novembre. Il a été effacé de notre mémoire. Le général Ali Ghediri est un retraité de l'armée, il est libre de disposer de son temps et de disposer de sa vision pour continuer à servir l'Algérie. Il devrait exiger un minimum de garanties sinon un maximum de solidarité de ses pairs devenus civils ou toujours en activité. Le soutien des militaires actifs ou en retraite pose, cependant, le problème du risque de division de l'Armée et des implications négatives de l'Armée dans ce qui n'est ni sa vocation ni son rôle. L'idéal serait que l'Armée exprime son refus de s'impliquer dans les processus électoraux. Le peuple doit exercer sa souveraineté sans tutelle et dans le cadre du multipartisme. Cela ne veut pas dire que l”ANP n'a aucune mission politique. Sa mission devrait être transparente et constitutionnelle sans être partisane. Construire une doctrine de défense nationale, une économie de résistance nationale civile et militaire ainsi qu'une stratégie de sécurité nationale est une tâche éminemment politique et exigeant une grande expertise. Le soutien des pairs signifie une protection contre les menées subversives venant de l'intérieur du système. Il ne nous importe pas de savoir ou de distinguer les statuts des hommes, mais leur programme et leur désir.

Je n'aurais pas l'indélicatesse de donner un conseil, mais il devrait aller au-delà de l'intention et ne pas chercher les appuis des puissants ou des riches pour mener campagne, mais partir en campagne comme un militaire qui livre bataille en allant chercher renfort et soutien auprès des Algériens sans dents et sans grades. C'est le peuple qui doit décider en premier de son devenir. «Malheur à ceux qui nous portent secours, nous serons leur tentation» aimait dire Malek Bennabi lorsqu'il méditait la tragédie de l'Algérie. En effet, il aurait fallu plus d'un an de préparation pour apporter le minimum de garanties sinon nous sommes dans la stratégie du fait accompli, c'est-à-dire du choix entre nous et le chaos. Les diables sont experts en matière de chaos.

*Auteur et écrivain

Biographie

Livres parus:

La République et le voile : Symboles et inversions

Aimer : la voie coranique

Les dix commandements US et le dilemme arabe

Béni soit-il ?

Révolution arabe : mythe ou mystique ?

Gaza : La bataille du Forqane

Islamophobie : Deus Machina

Coûts de production : méthodologie d'analyse

L'art pédagogique : Etre et Faire.

Scénario de création des coopératives

En cours d'édition :

Abel et Caïn : Coran, mobile du crime et psychologie de l'assassin.

Territoires de civilisation ou Etat islamique ?