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Nouvelle-Calédonie : au référendum, le «non» à l'indépendance l'emporte

par Pierre Morville

Loin : la Nouvelle-Calédonie est un territoire français depuis 1853, située à plus de 16.000 kilomètres de l'Hexagone.

La Nouvelle-Calédonie ? Loin, très loin : un ensemble d'îles et d'archipels d'Océanie, situés en mer de Corail et dans l'océan Pacifique Sud. Au bout de la Terre…

Proche, très proche : dimanche, la population devait répondre dans un référendum par « Oui » ou par « Non », à la question : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? ». Au résultat, le « non à l'indépendance » l'a emporté ce dimanche en Nouvelle-Calédonie avec 56,4% des voix contre 43,6% pour le « oui » lors d'un « référendum d'autodétermination historique », a indiqué le Haut-commissariat. Le score du non se situe cependant est en-dessous de ce que prévoyaient les sondages qui ont eu lieu lors de la campagne électorale. La participation a été massive, avec 80,63% de votants.

Ce vote intervient trente ans après de vifs et meurtriers affrontements, sur un principe référendaire scellé par les Accords de Paris, le 26 juin 1988 (et complétés par l'Accord de Nouméa, le 5 mai 1998). Il reste de cet apaisement la célèbre poignée de main entre Jacques Lafleur, le dirigeant des «caldoches », la population d'origine française et Jean-Marie Tjibaou, le leader des Kanaks, la population historiquement d'origine de la Nouvelle Calédonie. Celle-ci considère, visiblement majoritairement, continuer à subir une situation de colonialisme.

Mais les Kanaks sont aujourd'hui minoritaires en Nouvelle-Calédonie : sur les 275 000 habitants de l'ile, la communauté kanak ne représente que 39% de la population calédonienne. Les « Européens » quelques 80 000 personnes recouvrent en réalité des groupes distincts entre la vieille immigration d'origine française, les « Caldoches » arrivés dès 1853, des vagues d'immigration plus récentes « les « Zoreilles » ou « Métros », plutôt arrivés lors de la seconde partie du XXème siècle, des Pieds noirs partis de l'Algérie devenue indépendante, des populations de l'Océan pacifique (originaire de Wallis et Futuna, Tahiti, Vanuatu…) mais aussi des communautés (plus de 8000 personnes au total), vietnamienne, indonésienne, chinoise, indienne…

Une terre multiculturelle et multi-ethnique

La Nouvelle-Calédonie est donc une terre multiculturelle mais qui reste française et sous l'autorité de l'Etat français, même si son statut actuel, par les Accords de Nouméa, lui confère déjà une très large autonomie : elle dispose ainsi depuis longtemps de signes identitaires qui lui sont propres, aux côtés des emblèmes nationaux français (avec entre autres, un hymne, une devise et une graphie spécifique des billets de banque…).

Reste la question d'une indépendance totale. Une large majorité des électeurs kanaks y semblent toujours fortement attachée. Les autres communautés, beaucoup moins, voire y sont franchement hostiles, notamment dans la population caldoche, mais pas seulement.

Mais d'autres raisons expliquent la complexité du choix des électeurs.

Une grande partie de l'administration de l'île (notamment les questions de sécurité, l'Éducation…) est assumée par des fonctionnaires français, qui très souvent n'ont pas participé au scrutin n'ayant pas l'ancienneté nécessaire de présence en Nouvelle-Calédonie. L'ancienneté de la présence sur le sol calédonien était l'une des nombreuses conditions exigées par les différents accords pour donner au citoyen, un droit de vote. Des exigences dont les contraintes particulières restent une curiosité dans les traditions fondamentales de la République française, qui reposent sur le principe : « un citoyen, quel qu'il soit, un droit de vote ».

Complexité de l'indépendance

L'économie calédonienne dépend sensiblement des dotations de l'Hexagone. Les transferts de l'Etat en Nouvelle-Calédonie étaient ainsi de 155,8 milliards en 2013. Les transferts se poursuivent à même échelle et contribuent en moyenne à hauteur de 15% au PIB de la Nouvelle-Calédonie, c'est-à-dire 15% de l'ensemble des richesses disponibles annuellement en Nouvelle-Calédonie.

La Nouvelle-Calédonie possède certes une grande richesse, le Nickel : l'archipel détient 20% des réserves mondiales de ce minerai. Mais cette richesse dont plusieurs usines sont déjà la propriété des collectivités territoriales à majorité kanak, ne suffira pas à elle seule à garantir la pérennité et le développement des revenus des Calédoniens.

Enfin, l'indépendance qui signifie par application, le contrôle certes mais aussi l'autonomie des revenus économiques, a connu un mauvais exemple régional : les Îles Samoa. Les Samoa occidentales, sous contrôle de la Nouvelle-Zélande, obtinrent leur indépendance le 1er janvier 1965 à la suite d'un référendum. Depuis, malgré de bons résultats agricoles et un secteur touristique en constant développement, Samoa et le seul pays du Pacifique à avoir été classé par l'ONU dans la catégorie des pays les moins avancés, cette situation lui permet de recevoir de l'aide internationale (52 millions ainsi en 1992, soit 41 % du PNB). Mais les importations de pétrole engouffrent 99 % des revenus des exportations.

Simple ajout personnel et nostalgique : journaliste un an en Nouvelle-Calédonie (un séjour professionnel après les conflits principaux, mais lorsque les tensions intercommunautaires restaient très sensibles), je vous le dit tout net : c'est une île merveilleuse et tous ses habitants sont formidables !

Autre élection, américaine celle-là

On votait mardi aux Etats-Unis pour les élections « Midterm », élections à mi-mandat du Président, deux après l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Cela se déroulait comme la tradition le veut, un mardi. Une drôle de date, en pleine semaine. Une tradition du calendrier électoral qui remonte à 170 ans.

Pour les résultats de ces différents votes concernant les représentants à la Chambre des députés, une partie des sénateurs, des gouverneurs, sans oublier des scrutins, voire des référendums locaux. Beaucoup d'enjeux qui échappent largement aux observateurs étrangers : entre autres, dans vingt États, les électeurs devaient se prononcer sur des mesures concernant le redécoupage des circonscriptions, les conditions de vote, l'accès aux urnes, le financement des campagnes électorales et l'éthique. Dans cinq États, ils se prononçaient sur la légalisation de la marijuana à des fins médicales ou récréatives. Dans six États, ils votaient sur des mesures fiscales. Dans cinq États, ils votaient sur l'expansion de Medicaid (assurance-maladie pour les individus et familles à faibles revenu et ressources) ou le financement de son expansion. Et il y avait d'autres échéances locales…

Pour le bilan général, on peut dire que le résultat fut mitigé, tout en donnant un petit avantage à l'opposition démocrate qui a repris le contrôle d'une des deux instances parlementaires mais pas la plus puissante. Le Sénat reste en effet la chambre la plus stratégique pour la gouvernance des États-Unis.

Les républicains gardent en effet le contrôle de ce Sénat. Ils pourraient même y accentuer légèrement leur majorité. Les démocrates de leur côté, s'emparent de la majorité à la Chambre des représentants, mais avec une avance relativement courte. Ils en feront certainement un lieu de bagarres législatives avec le gouvernement de Donald Trump.

Malgré le recul de ses troupes, ce dernier a réagi à sa manière, toujours formidablement content de lui : le président américain s'en est ainsi félicité sur Twitter saluant un « immense succès ce soir. Merci à tous ! » Une affirmation très optimiste malgré la perte de sa majorité dans la Chambre des représentants. Mais il est vrai que Donald Trump a pu lors de la campagne électorale, faire valoir de bons résultats économiques : le cycle de croissance affiche un PIB à 3,5 % sur le dernier trimestre. Le taux de chômage est sous la barre des 4 %. Près de quatre entreprises américaines sur dix n'arrivent pas à recruter. La méthode ? Baisses d'impôts et incitations fiscales pour les entreprises. « Au total, 1 000 milliards d'avantages. Avec des gains de 5 000 milliards de dollars, Wall Street et les bourses américaines se sont envolé », note Le Télégramme qui poursuit néanmoins : «la politique du président américain ne fait qu'accentuer la fragmentation planétaire. Signe des temps, la volatilité a gagné les marchés tandis que la banque centrale (FED) risque d'accélérer la hausse des taux programmée. Économie et marché peuvent s'entraîner l'une l'autre dans une spirale descendante. Une stagflation mondiale (croissance anémique et faible inflation) n'est alors pas à exclure, accentuant les menaces populistes à l'œuvre partout dans le monde».

Côté démocrate, on a vu néanmoins apparaître de nouvelles figures : le Texas, bastion traditionnel des Républicains et terre très conservatrice, a failli ainsi passer aux mains des Démocrates. In fine, le sénateur Ted Cruz, candidat à la présidentielle en 2016, a résisté et gagné de très peu face au jeune candidat démocrate Beto O'Rourke.

Autre nouveauté, l'élection de candidates : elles étaient 256 à postuler leur entrée à la Chambre des représentant(e)s. 92 au moins ont été élues dont la plus jeune et l'une des plus brillantes fut certainement la démocrate Alexandria Ocasio-Cortez. Cette élue new-yorkaise de 29 ans, située à la gauche du Parti démocrate, s'est dotée d'une envergure nationale, surtout à l'heure où, lors de ces élections, les femmes, les jeunes et les minorités nationales se sont visiblement davantage mobilisées pour ces élections de «Midterm» que d'habitude.