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Rattrapage les samedi et mardi : polémique actuelle

par Abderrahim Ghezouti*

Il y a, actuellement, une polémique autour de la question des cours de rattrapage pour les élèves en difficulté scolaire, les samedi et mardi, à l'école. Nous sommes toujours à la recherche de fausses solutions pour de vrais problèmes.

Certes, ces cours, une fois la faisabilité étudiée et mise au point, seront bénéfiques pour les élèves, car je doute que des enseignants, déjà saturés par le nombre d'heures et d'élèves puissent se porter volontaires pour assurer, bénévolement, ces cours, aussi nécessaires soient-ils. Mais, en réalité le problème est plus coriace et plus profond qu'on ne le croit. Si on doit guérir une maladie il faut en éliminer l'origine pas seulement les symptômes ! Or notre école est atteinte de plusieurs maladies:

1- L'insuffisance de la maîtrise de pédagogie pratique et c'est là où le bât blesse. Cette incompétence fait que les élèves remplissent des cahiers de ‘Maoueds El Hafida' qui les abrutissent et les fatiguent par le ‘par-coeurisme'. L'enseignant étant lui même formé et convaincu de cette pédagogie de l'abrutissement.

Peut-on faire une étude la-dessus ? Combien de temps passe l'enfant entre le copiage et l'apprentissage par cœur, au détriment de l'exercice proprement dit et du développement de ses capacités de raisonnement ?

2- Trop de matières, parfois inutiles mais impossibles à éliminer ; les lobbys étant là pour les imposer.

3 -Livres surchargés de centaines d'exercices impossibles à résoudre, parfois faux ou confus.

5- On doit comprendre qu'à l'école primaire l'essentiel de l'apprentissage doit développer les compétences suivantes : savoir parler, lire, écrire et compter .

Le reste, tout le reste doit se faire par des dialogues sur des situations réelles du matériel didactique adéquat, des visites sur sites, des observations, des échanges, etc. selon les spécificités de chaque discipline .

Ce n'est pas en apprenant des pages d'éducation qu'on devient bien éduqué, mais en discutant sur des faits réels extraits du milieu de l'enfant et bien choisis, jusqu'à obtenir de l'élève lui-même la conduite à suivre, donc la conclusion logique.

Education religieuse ou morale universelle. Quant à lui faire apprendre et réciter par cœur ce qu'a fait Amar ou Zaid, ça rentre d'un côté et ressort de l'autre !

Pour ou contre le soutien des samedi et mardi ?

Pour le moment nos enfants n'ont pas le temps de faire leurs lourds devoirs et les centaines d'exercices, à la maison ni d'apprendre les multitudes de leçons à réciter en classe.

Ils sont déjà saturés, n'en rajoutons pas ! Le problème est ailleurs ! Quant aux élèves en difficulté scolaire, la solution se fait séance tenante. On ne passe pas d'une notion à une autre sans avoir bien assis la première. Encore faut-il savoir faire une évaluation immédiate pour chaque étape! Si on applique cette pédagogie, dès la première année, les déperditions seront très réduites. Par conséquent le nombre d'enfants en difficulté scolaire très restreint, voire réduit à néant, sauf cas spécifiques. Enfin, combien de nos enseignants savent-ils déceler et remédier une dyscalculie ou une dyslexie ?

Je me suis rendu compte, lors de mon exercice que nous avons créé beaucoup de ces cas, sans nous en apercevoir; faute de ne pas en avoir parlé au cours de notre formation. Les formateurs étant, eux-mêmes, limités à consulter le Net et à faire du copié-collé pour leurs exposés théoriques.

Consultez l'actuel livre de mathématiques de 2ème A.M, il y a plus de 50 exercices pour une leçon! Quand l'élève aura-t-il le temps de les résoudre ? Jamais ! Par contre la leçon est éparse, floue et répétitive. Consultez le 2ème livre de la même classe, plus ancien, les choses sont claires, les exercices efficaces, restreints et progressifs dans la difficulté ! Il est temps de revoir nos méthodologies et de les adapter au temps.

Le concepteur de chaque livre ne voit qu'un seul but: remplir au maximum ! Aucune fonctionnalité.

Et puis à plus de trente élèves par classe, toute pédagogie est difficile d'autant que le matériel didactique, aussi simple soit-il, fait défaut, surtout au primaire où il est quasi-absent.

Une catastrophe qui fait que l'enseignement est purement théorique et surtout démotivant pour l'enfant.

Nous sommes pratiquement restés au Moyen-Age avec tableaux, livres multiples et cahiers à remplir à partir du tableau. Où est, donc, cette école scientifique dont on se nargue, lorsque pour la moindre petite réparation le directeur de l'école primaire doit faire la mendicité ou parfois la courbette au maire de la ville ou du village qui, dans certains cas, est ignare! Le matériel didactique, pourrait-il seulement en connaître la nécessité et le préférer aux réceptions d'apparat! aux méchouis parfois ! J'en ai vus !

L'Algérie est-elle assez pauvre pour laisser l'Ecole primaire à la merci de l'APC et ne pas lui accorder un petit budget au même titre que pour les CEM et les lycées ?

Pourquoi ces deux poids et deux mesures au sein d'une même institution en l'occurrence l' Education nationale. Cet état de fait a diminué de la valeur de l'Ecole primaire, terme souvent usité à titre péjoratif par ces mêmes responsables, alors que le primaire est la base de décollage car si on rate le primaire le reste de la scolarité est raté, rattrapage ou pas !

Dans un pays développé, toutes les disciplines sont réunies dans un seul et unique livre dont le volume et le poids ne dépassent pas celui de notre livre de maths ou de lecture, en 5ème année (ex 6°).

Le maître laisse, chaque soir, sur le bureau du directeur la liste du matériel pédagogique dont il a besoin pour ses leçons d'étude du milieu, de géographie et d'histoire ! Qu'en est-il chez nous ?

L'efficacité pédagogique étant le seul but, le cartable est allégé de tout superflu et le dos de l'enfant moins sollicité. Si seulement nous avions su bien étudier et copier puis nous inspirer de ce qui est efficace, on aurait fait comme cet immense pays devenu une grande puissance mondiale grâce à la copie qui une fois faite, est étudiée puis adaptée aux situations. Mais c'est aussi une question de gros sous !

Faute de savoir faire, d'art dans la pédagogie de l'éveil nous faisons du remplissage.

*Retraité de l'Education nationale.