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Nos footballeurs émigrés, notre immense et éternelle fierté

par Dahoumane Ali

«Au début le Parc était réservé exclusivement aux Princes mais depuis son arrivée à Paris, Mustapha Dahleb a surclassé tous les châtelains pour devenir le roi incontesté de ce stade mythique. Admirative de son immense talent, l'imposante tour Eiffel se prosternait et se couchait sous ses pieds. Sa grande notoriété lui a valu de décrocher une place dans le petit Larousse. La grande équipe de Saint-Etienne était accrochée aux crampons de Rachid Mekloufi et l'équipe de France lui ouvrait largement les bras mais il a décliné l'offre pour rejoindre la prestigieuse équipe du FLN. Les époques sont différentes mais l'attachement au pays natal est identique, car ces deux prestigieux joueurs ont répondu à l'appel du cœur en rejoignant l'équipe nationale algérienne».

Quand l'équipe nationale de football traverse une mauvaise période, les réseaux sociaux, les mass-médias et la rue s'emparent de l'évènement pour trouver les raisons et décortiquer les causes réelles de ce naufrage.

Rien ne semble épargner le professionnalisme à l'algérienne, la F.A.F et son président, le mauvais choix des entraîneurs et des joueurs et malheureusement certains poussent le bouchon un peu plus loin en accusant nos jeunes joueurs émigrés d'être les seuls responsables de ce désastre.

Les valeureux patriotes, la FAF et…l'enfant gâté

Quand il parlait de la glorieuse équipe du FLN, Ferhat Abbas disait qu'elle avait fait gagner à l'Algérie combattante 10 ans de lutte. Le défunt président du GPRA voulait mettre en valeur le rôle déterminant de cette formidable équipe de football car la guerre d'Algérie était à sa quatrième année et l'armée française employait tous les moyens pour l'éradiquer.

Tous les moyens étaient mis en œuvre pour étouffer la voix de cette jeune révolution. Bombardements, exécutions sommaires et banalisation des centres de torture. Rien n'a été épargné pour faire capituler le peuple algérien. Il fallait faire entendre les cris des combattants algériens aux quatre coins du monde. En avril 1958, le FLN demanda aux footballeurs algériens évoluant en France de quitter l'Hexagone et de rallier Tunis à quelques mois seulement de la Coupe du monde qui se tenait en Suède. Nos joueurs ont répondu favorablement à l'appel et ont abandonné la gloire et l'argent pour rejoindre la capitale tunisienne. Ils ont formé une très grande équipe que seule l'Algérie peut s'enorgueillir d'avoir possédée. Ils ont pris l'engagement d'arrêter leur carrière professionnelle pour faire entendre la voix des Moudjahidine qui se battaient dans les Aurès, le Djurdjura ou dans les montagnes de l'Ouarsenis. Ils ont défendu la cause algérienne à leur manière. Les joueurs de l'équipe du FLN ont joué une centaine de maatchs dans plusieurs pays et continents pour faire connaître au monde entier qu'il y avait un peuple qui se battait pour recouvrer son indépendance. Pour l'histoire, cette merveilleuse équipe était composée dans sa grande majorité de joueurs émigrés.

En parlant de cette période, Mohamed Maouche disait : Nous étions militants, nous étions révolutionnaires. C'étaient nos plus belles années».

Après chaque revers des Fennecs, la FAF et son président sont pointés du doigt. Il est reproché au patron de cette puissante institution footbalistique sa mauvaise gestion. On l'accuse d'avoir fait le mauvais choix concernant les entraîneurs qui se sont succédé à la tête de l'équipe nationale et le manque de matchs de préparation à l'approche des grands rendez-vous footbalistiques. Les commentaires vont bon train et certains pensent que la FAF est surtout soucieuse de préserver l'honorable place qu'elle occupe dans le classement FIFA, comme si ce rang lui permet une qualification d'office à la Coupe du monde. Contrairement aux autres nations, l'Algérie n'a pas mis à profit les dates FI FA et a gâché à chaque fois l'opportunité de se frotter aux autres nations pour une meilleure préparation et surtout pour connaître la valeur réelle des sélectionnés et du groupe. Avec la valse des entraîneurs notre équipe nationale ne connaîtra pas la stabilité capable de lui donner des assises.

Le professionnalisme «à l'algérienne» est également mis à l'index. Un professionnalisme unique en son genre, à l'état embryonnaire, toujours accroché aux mamelles généreuses de l'Etat. Un professionnalisme incapable de former quelques joueurs pour les donner à l'équipe nationale. Un professionnalisme incapable de se procurer sa bouffe et de subvenir à ses besoins. Un professionnalisme qui offre des centaines de millions à des pousse-ballons et dépend uniquement des subventions accordées par l'Etat. Un professionnalisme un peu particulier où on voit une société nationale, en l'occurrence la Sonatrach, offrir d'une manière frisant l'indécence des centaines de milliards à un club de la capitale pour, selon les dires de ses responsables, promouvoir le sport national. Ce professionnalisme à l'algérienne ne fait rien et se comporte comme un gigolo bien entretenu et pouponné grâce à l'argent du contribuable. La fédération n'est même pas capable de mettre une pelouse idéale à la disposition des joueurs. Pour conclure, on dira que le football algérien est à l'image des autres sports, c'est-à-dire à l'abandon. Ni formation, ni infrastructures, ni stades dignes d'un grand pays. Les terrains offrent un piètre spectacle, et les tribunes sont devenues des lieux de violence où viennent se défouler des jeunes en mal de repère. Tous ces facteurs ont poussé les amoureux du football à déserter les stades et tourner le dos à leur sport favori.

La légende vivante, l'académicien et le lutin

Certains analystes mettent les mauvais résultats de l'équipe algérienne sur le dos des joueurs évoluant à l'étranger, les accusant d'être des déchets, des rebuts ou de ne pas trop «mouiller le maillot ». La majorité des nations africaines s'appuient sur leur professionnels établis à l'étranger et l'Algérie ne déroge pas à la règle. A l'exception de quelques joueurs, dont le dernier fut Nabil Fekir, qui ont refusé de rejoindre l'équipe nationale de football, la majorité des joueurs d'origine algérienne évoluant à l'étranger ont toujours répondu favorablement à l'appel de leur pays. L'engouement des émigrés ne date pas d'hier, on a vu les exemples de Natouri et de Oudjani. Ils se sont toujours fait un honneur de porter le maillot vert, maillot d'un pays qu'ils n'ont peut-être jamais vu et où ils n'ont jamais mis les pieds. Nos émigrés ne viennent pas pour l'argent, car ils perçoivent des salaires conséquents dans leurs clubs. C'est l'appel du cœur. L'exemple nous vient de Abdellah Medjadi Liegeon, ex-international qui disait en rejoignant la sélection nationale pour la première fois: «Dès que l'avion s'est posé à l'aéroport, je me suis dit, je suis dans mon pays. C'était peut-être l'un des plus beaux jours de ma vie».

Il faudrait un livre pour raconter l'histoire des hommes qui ont formé la glorieuse équipe du FLN et de leurs exploits mais comme nous ne disposons que d'une page nous avons choisi de parler du joueur qui a parfaitement incarné cette fantastique équipe. C'est l'histoire d'un footballeur pétri de talent qui n'a pas eu peur de renoncer à la gloire et à l'argent pour un pays qui n'existait pas encore mais qui était le sien. C'est aussi l'histoire d'un créateur fabuleux qui a donné ses premières lettres de noblesse à l'A.S Saint Etienne. Il a commencé à taper le ballon dans les rues étroites et les terrains vagues de Sétif avant d'être repéré et recruté par l'A.S Saint Etienne dirigée à cette époque par Jean Snella. Alors qu'il était au summum de la gloire et que l'équipe de France lui tendait les bras, Rachid Mekloufi surprenait tout le monde en rejoignant Tunis pour jouer avec l'équipe du FLN. Il avait une préférence pour le maillot vert, celui de l'équipe nationale et le vert de l'équipe stéphanoise, sa ville adoptive. Il était entré dans la légende en devenant le footballeur qui incarnait parfaitement la jeune révolution algérienne.

Pour parler de ‘'Moumousse'' on doit consulter le dictionnaire, car pour illustrer le mot drible, le petit Larousse avait choisi la photo de Mustapha Dahleb. Ses qualités techniques ont fait du natif de Bejaia le parfait synonyme du mot drible. Il fait également partie de l'histoire du P.S.G. avec ses 85 buts inscrits entre 1974 et 1985, il était le meilleur buteur du club parisien jusqu'à ce qu'un certain Zlatan Ibrahimovic le détrône en 2016. Il a aussi participé à l'écriture de l'histoire du football algérien avec sa participation à la Coupe du monde en Espagne. Le Parc des Princes était son jardin secret et il était le seul à le faire vibrer. Tous les gosses de l'Ile de France n'avaient d'yeux que pour lui. Le meneur de jeu de l'équipe parisienne ne s'était jamais fait prier pour rejoindre les verts.

Enveloppée dans l'épais brouillard de l'Angleterre, Leicester était une ville que peu d'Algériens connaissaient. Mais d'un coup de baguette magique, Riadh Mahrez a réussi à soulever, déplacer et à ramener cette ville jusqu'à notre pays pour en faire le club préféré des Algériens. Après son dernier transfert, beaucoup d'Algériens sont devenus des supporters de Manchester City. Mahrez sait tout faire avec un ballon. Dribler, tirer et donner des passes décisives. La dernière couronne royale ou la distinction de meilleur joueur de la Premier League ne lui ont pas fait perdre la tête et il répond toujours à l'appel du pays de son cœur. Tous les Algériens ressentent une immense fierté en entendant les éloges de la presse internationale concernant ce lutin. Mahrez est aussi un joueur issu de l'émigration. Lui aussi n'a pas choisi de naître et de grandir en France mais ses parents ou grands-parents ont fui l'injustice sociale et la misère qui sévissaient à l'époque coloniale. Prétendre que nos joueurs émigrés sont des déchets, des rebuts ou qu'ils ne mouillent pas assez le maillot est déplacé, car ils se sont fait une place et un nom dans des équipes où la place est très chère et doit se mériter par la sueur et le talent. Ils ont répondu positivement à l'appel du pays de leurs parents même si certains ne l'ont jamais vu. On ne peut pas oublier Antar Yahia, Ziani, Bouguerra et Belhadj et leur exploit réalisé à Oum-Dormane. Eux aussi ont réussi à écrire leurs noms dans l'histoire du football algérien. On continue toujours de défendre nos ‘'zémigrés' même si certains d'entre eux n'ont pas pu résister au chant des sirènes et ont opté pour les bleus. Ils sont Algériens et un Algérien ne peut pas rester insensible à la peine ou à la joie d'un autre Algérien.