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Au fil... des jours - Communication politique : nouvelles du front ! (Suite et fin)

par Belkacem Ahcene-Djaballah

Mardi 21 août 2018 :

Lu pour vous (extrait d'un article de www.politiquematin.fr, qui concerne la vie politique dans la plupart des pays, internet ayant aboli les frontières... célestes) : «...L'Exécutif, les Parlementaires, majorité et opposition, se délectent de tous les modes de «fausse» communication. On les qualifie de «fake news». Le mot «mensonge» ne fait plus partie du vocabulaire. Au- delà des flagorneries d'une presse servile, le «couac» ou le «parler pour ne rien dire» décrédibilisent le propos. Le «dit», le «non-dit», la «langue de bois» comme le «silence» avéré, font redouter la «manipulation» et la «démagogie». Parler d'objectivité devient un «leurre».

Le résultat se traduit par des interprétations contradictoires à l'origine de conflits. La décision «directe» officielle dérange quand elle est mal ou pas du tout expliquée. Les différents mouvements sociaux, salariés, syndicats et patronat, témoignent régulièrement leurs incompréhensions et de leurs mécontentements avec des manifestations, des blocages et des grèves. Face à cela, les comportements du «Pouvoir» favorisant l'indifférence, l'arrogance, le mépris et la suffisance ne sont pas les meilleurs arguments pour convaincre ! Mais, pour beaucoup, l'«image» et la «carte postale» corrigent ces comportements. Au-delà de la presse d'opinion sur laquelle il s'appuie, le Politique doit convaincre et mettre en cause ses adversaires, quitte à tromper l'opinion publique. Les journalistes, les éditorialistes et les nombreux pseudo-experts «politiques», toutes tendances confondues, reprennent en boucle les slogans et complètent le décor au travers d'une analyse sémantique exacerbée des textes sans en maîtriser le sens caché. La notion de discussions en «off» autorise aussi d'autres interprétations.

Les réseaux sociaux, Facebook et Twitter, pour ne citer qu'eux, se chargent d'apporter leurs propres commentaires acérés. Ils complètent un pseudo-débat citoyen en coulisses que les médias, radios, TV et chaînes d'info en continu ne manquent pas de relayer à nouveau pour faire de l'audience.

En conclusion, les moyens de communication font maintenant partie des données. Ils enrichissent ou faussent quelque part le débat. Tous ces ingrédients ne doivent pas empêcher une authentique communication plus orientée sur le fond (le message) et le contenu (les mots pour le dire), même si la forme (la façon de le présenter) a toute son importance. Bien communiquer n'est pas pour autant synonyme de réussite. Mais le plus important pour assurer sa crédibilité demeure la conviction dans les propos et l'honnêteté dans les faits. La confiance et la considération ont toujours été les meilleures alliées... Les politiques assument la totale responsabilité de cette «absence» de réelle communication. Ils préfèrent «communiquer sans agir» ou bien «agir sans communiquer». Mais attention, plus personne n'est ou ne sera dupe. Et c'est le choix du Politique que de s'affranchir ou non de ce mal chronique non maîtrisé qui va finir par s'aggraver...»

Mercredi 22 août 2018 :

Voilà, c'est enfin fait ! l'agence américaine des médias internationaux (USAGM, US. Agency for Global Media ), au nom «plus clair», est née, remplaçant la vieille Broadcasting Board of Gobernors, la BBG. But officiel ! «Donner plus de visibilité alors que peu de personnes connaissent l'agence malgré la notoriété des medias qu'elle englobe... Nous ajustons l'agence de manière à ce qu'elle corresponde au travail que vous faites... et, tout a été fait pour éviter la confusion avec le concept lié à la diplomatie étrangère rattaché à BBG, l'ancienne appellation», a expliqué un responsable aux journalistes de différents médias du gouvernement américain présents au lancement de cette nouvelle appellation. Utilisant la radio, la télévision et les nouveaux médias (Internet, réseaux sociaux et autres), l'Usagm couvre Voice of America avec diffusion en une cinquantaine de langues, notamment vers l'Afrique. L'Europe est couverte par Radio Free Europe, Cuba, par Radio Marti, l'Asie par Radio Free Asia et le Moyen Orient par Alhurra TV et Radio Sawa. Un peuple averti... combien vaut-il ?

Samedi 25 août 2018 :

Décidemment, la communication institutionnelle n'a pas bonne presse ces derniers temps. D'autant que les «affaires» se sont multipliées de manière, pour toutes, assez inattendue et en un temps assez court. Il est vrai que l'été (avec sa chaleur et son humidité), moment de congés et d'endormissement des appareils d'Etat, a toujours facilité les bons et les mauvais «coups»: Tonnes de cocaïne venues d'Amérique latine, interceptées au large d'Oran... «Complicités» multiples de hauts cadres de l'Etat avec un «baron» de l'immobilier et de la viande (et de la drogue ?)... «Changements» (ou «limogeages», c'est selon) au sein de la «grande muette»... et, pour corser le tout, voilà que le pays se retrouve avec une «épidémie de choléra». Panique populaire, mais aussi, me semble-t-il, panique à bord du navire gouvernemental... qui se retrouve plongé brutalement dans un tsunami de rumeurs. Les interrogations sont nombreuses sur les causes de la maladie. On évoque des eaux de puits contaminées, des problèmes d'assainissement, des champs de fruits et légumes irrigués avec des eaux usées, le manque d'hygiène avant, durant et après l'Aid (avec ses millions de moutons vivants à proximité ou au sein des habitations... et, après les égorgements, des villes «crasses de crasse» puant le sang, et de la peau et des abats abandonnés aux chiens, aujourd'hui encore ) … Alors que seules quatre wilayas (Alger, Blida, Tipaza et Bouira) sont concernées, télévisions satellitaires off-shore aidant, c'est presque toute l'Algérie qui se réveille la peur au ventre (sic !), découvrant, en même temps, mais ne le reconnaissant pas et donc rejetant toujours la faute sur le «beylik», ses problèmes de «mauvaise hygiène publique». Dans ce contexte, livrés à eux-mêmes, les responsables locaux de la santé font ce qu'ils peuvent : répondre aux journalistes ; démentir les centaines de rumeurs diffusées à la fois sur les réseaux sociaux, sur les sites de fake news et même dans des médias classiques ; rassurer une population inquiète… Une certaine cacophonie. Sans vraiment convaincre.

Encore une fois, la problématique de la communication institutionnelle, celle quotidienne ou de crise, se retrouve posée... ses mécanismes, bien que codifiés pour certains, oubliés, son organisation retardée ou rejetée... depuis des décennies, non parce qu'elle est estimée inutile ou coûteuse ou difficile à mettre en œuvre, mais, hélas, seulement parce que ceux qui sont – par hasard ou par nécessité - les «décideurs» du moment (en général, des moments qui ne durent pas... bien que cette fois-ci...), certes compétents dans leur domaine, sont d'un égocentrisme exacerbé, n'acceptant d'autres conseils (en communication) que ceux qui vont dans le sens de leur «idée» de la chose publique.... et, attendant, toujours ou presque toujours, le «feu vert» d'un «qui vous savez». Alors que les catastrophes, elles, n'attendent jamais.

Dimanche 26 août 2018:

On apprend à tout âge. Ainsi, il paraît que «le temps des spécialistes n'est pas le temps des médias»... et que le «temps des décisions poltiques n'est pas celui des traitements médiatiques»... Deux petites phrases émises par notre ministre de la Communication, certainement «agacé» par le harcèlement journalistique sur «l'affaire du choléra», au sortir de la cérémonie d'ouverture du 32ème camp des Scouts arabes se tenant à Alger, et assurément exaspéré par certaines pratiques médiatiques «sensationnalistes»... frisant des «interprétations erronées». Bref, de la désinformation pure et simple. En la forme, il n'a pas tort... mais dans le fond, il y a cette grande absence de l'Etat dans l'organisation des médias, tout particulièrement les «nouveaux médias» dont les sites électroniques d'information, les télés off-shore... et les réseaux sociaux... qui travaillent, tous, ou presque tous, en Algérie, dans la liberté et l'opacité la plus complète, faute de textes ou d'application des textes existants.

Il est plus qu'évident que le secteur national de la Communication – en dehors des organes du secteur public qui ont leur histoire, leurs us et coutumes et leurs règles – est actuellemnt t.o.t.a.l.e.m.e.n.t libre, et c'est tant mieux. Ceci ne peut que faciliter son essor ... quantitatif, mais quid de la qualité et du respect des règles minimales – et universellement admises - de l' éthique et de la déontologie journalistiques... puisque n'importe qui fait n'importe quoi, donc n'importe comment. Ce qui arrange, bien sûr, pas mal de gens intéressés par une telle... anarchie ... du moment où, jusqu'ici, ça a (bien) payé. Il y a même de simples citoyens (dont des facebookers et autres youtubeurs et des animateurs de réseaux sociaux ne connaissant rien au journalisme et à ses règles) ) que tout cela arrange, ce qui est le comble, et pourtant. Donc, pourvu que ça dure ! Pour le plus grand bien de la liberté d'expression, et, hélas, pour les plus grands dégâts à la liberté de la presse... et au métier de journaliste.

Mardi 28 août 2018 :

Face à la multiplication des coups durs judiciaires (dossier russe, dossier du silence des maîtresses entretenues avant l'électioon présidentielle) et à la menace d'un «Impeachement», le président américain Donald Trump fait feu de tout bois en attaquant même son ministre de la Justice, lequel se dit prêt à résister aux pressions politiques... Evoquant son éventuelle «destitution», il est allé jusqu'à déclaréer («Fox News») que «les marchés vont s'effondrer». Elémentaire, mon ami... c'est là une règle générale dans tout système économique libéral... et il ne faut pas sortir de Polytech' pour le savoir.

Là n'est pas mon propos. En fait, je lie ceci à une récente émission vue sur une chaîne publique française (Lcp). Thème : «Le pouvoir nuit-il gravement au cerveau ?». Ne lisez pas plus. Selon les spécialistes de la politique (des politologues et des hommes politiques... pas des politiciens «pré-fabriqués») et des neurosciences, O.U.I.

Défauts nouveaux de ceux qui ont eu le pouvoir grâce, pourtant, à une «conquête horizontale» ( la participation de tous) : une gouvernance verticale ; des comportements auto-centrés ; des travers narcissiques ; une tendance à l'isolement (pour Trump, Twitter devenu un canal de communication interpersonelle direct, tous les autres médias étant exclus sauf ceux qui lui garantissent un «droit de parole» quasi-exclusif) ; la fréquentation de «visiteurs du soir» qui deviennent des «conseilleurs» officieux ; le peu d' «empathie» pour les autres ou la disparition progressive de l'empathie qui existait ; tout «devient possible»... d'autant que tous, même vos proches, ont désormais «peur» de vous ; on ne croit plus ou pas à la «chute», un jour... Brr !

Jeudi 30 août 2018 :

Dernièrement (mardi, je crois), un ministre en visite de travail, agacé ou fatigué, les pieds dans la poussière et sous la chaleur, a «perdu son calme» et s'est soudainement mis à rabrouer -devant témoins et les caméras et micros de télévision - un chef d'entreprise (dans l'immobilier promotionnel ) qui, beaucoup plus habitué aux chantiers qu'aux questions ministérielles, essayait, de manière quelque peu confuse, de formuler ses observations, accomppganées d'Inch' Allah, sur les retards enregistrés dans la réalisation de son projet : «Arrêtez ! Arrêtez !... ne répétez pas mille fois ... j'ai compris...». – et d'autres «amabilités» qui ont assez gêné les présents, wali d'Alger en tête. Il fallait voir la «tête» de la victime qui ne s'attendait pas à une telle «sortie». On en a vu de pareilles par le passé... récent.

Une preuve de l'autorité du membre du gouvernement qui, certainement, pour sa part, en voit de toutes les couleurs... le «programme du président» n'étant pas assez respecté et ne souffrant d'aucun retard... mais aussi, une manière de gouverner publiquement qui donne une image extérieure d'une gouvernance plus autoritariste que démocratique, laissant éclater sa colère face à des problèmes qui auraient dû être répertoriés bien avant la visite par les «responsables» locaux... Avec une telle démarche (que l'on a déjà vue, par le passé, chez certains de nos ministres – il y en avait un qui passait son temps, à «relever» publiquement les responsables de structures supposées défaillantes - et autres «responsables de haut niveau» ), le gouvernement se dédouane, et l'opérateur (quand ce n'est pas le citoyen) se retrouve sur le banc des accusés... et «humiliés» en direct. Bref, de la com' «populariste» qui ne trouve de canal de transmission que les médias sensationnalistes toujours à l'affût des «faux-pas». On se souvient du «tais-toi, pauv'con» de Sarkozy... il l'a payé assez cher... d'autant que «les cons, ça court les rues» (J. Gabin) mais... ils votent.

Vendredi 31 août 2018 :

A mon avis, voilà l'opération de communication la plus crédible et la plus efficace du mois, d'autant qu'elle n'a fait l'objet d'aucun communiqué ou opération-choc : La Direction générale de la Sûreté nationale aurait décidé (selon la presse qui s'appuie sur une «source sûre») de récupérer ses nombreux véhicules, dont certains blindés, affectés à des anciens responsables, bien que ces derniers ne soient plus en fonctions depuis de nombreuses années. Une opération de réintégration de moyens de l'Etat... et ce, en usant tous les moyens conférés par la loi pour exécuter la décision. Il y a, aussi, la révision des effectifs appropriés (et des moyens matériels) destinés à la protection des hautes personnalités... effectifs et moyens matériels qui doivent, donc, être redéployés dans le cadre des missions dédiées exclusivemnt au service de la Sûreté nationale.

C'est simple... c‘est clair... c'est délicat... mais c'est efficace... auprès de l'opinion publique qui commençait à désespérer.

Par contre, une ministre, celle de l'Environnement, qui «ramasse les poubelles», faisant ainsi l'ouverture de toutes les chaînes de télévision, ne paraît pas émouvoir le «petit peuple», car pour lui, le rôle d'un ministre n'est pas, n'est plus de se montrer à la télévision, pour convaincre ou rassembler ou mobiliser, comme au «bon vieux temps» de l' «Unique» et du monopole total étatique et gouvernemental sur les médias, lorsqu'on fonctionnait à coups de «campagnes»... ou de textes inadaptés car pour la plupart importés et inapplicables (comme avec un ancien ministre du même secteur) Il s'agit, d'abord et avant tout, d'être un bon manager du secteur... en suivant (et en faisant suivre) de près, et avec vigueur et rigueur, l'application des textes réglementaires existants et Dieu sait qu'il y en a... et, au besoin, en proposer d'autres.