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Alger et Madrid font le point: Harraga, terrorisme et gaz au menu

par Yazid Alilat

  Le dossier des ‘harraga' algériens, le terrorisme, le gaz, les relations avec l'UE, l'émigration clandestine des Subsahariens, ainsi que le dossier pendant du règlement définitif de la question du Sahara Occidental, ont été les grands thèmes des discussions, ce week-end à Alger, du ministre espagnol des Affaires étrangères, le Catalan Josep Borrel Fontelles, avec le chef de la diplomatie algérienne. La présence du ministre espagnol, également en charge de l'UE et de la Coopération, intervient, à un moment de grande pression sur l'Espagne et Bruxelles, exercée par des tentatives d'entrée quasi quotidiennes de dizaines de milliers de migrants sur le continent européen, par mer ou par voie terrestre, avec beaucoup de drames en mer. Pressées par les ONG des droits de l'Homme ou des organisations comme ‘Médecins sans frontière', ou ‘Oxfam' de trouver des solutions humanitaires et à long terme, au problème migratoire, en particulier celui en provenance de pays maghrébins et d'Afrique subsaharienne, les autorités européennes en général, et espagnoles en particulier, tentent, seulement, d'endiguer le phénomène. Soit de refouler les migrants, soit les confiner dans des centres de transit, dans de très mauvaises conditions de prise en charge, avant leur refoulement. Le «satisfécit» des autorités espagnoles par rapport aux efforts de l'Algérie pour lutter contre l'émigration clandestine ou le terrorisme a été clairement souligné par le chef de la diplomatie de Madrid. Pour lui, «l'Algérie est un pôle de stabilité» dans la région, avant de saluer le rôle «responsable» qu'elle joue au niveau régional. «Nous sommes des pays amis. Nous partageons une stratégie commune devant les problèmes communs. Le rôle responsable que vous jouez, au niveau régional, nous soulage. Dans cette région du monde, secouée par beaucoup de problèmes, l'Algérie est un pôle de stabilité», a affirmé le chef de la diplomatie espagnole, au terme de son entretien avec le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel.

Le ministre espagnol a expliqué que les deux pays sont liés par une coopération «très utile et très performante» touchant tous les sujets «sensibles», mettant en avant «la vivacité et la profondeur» des discussions sur «toutes les affaires», qui lient les deux pays. Il a indiqué, à la presse, que les discussions avec son homologue Abdelkader Messahel ont porté, également, sur «les rapports euro-méditerranéens et la réunion qui se tiendra bientôt à Barcelone, ainsi que la situation en Libye». Il s'agit là autant de «sujets vifs qui ont trouvé une position commune, positive et amicale», a-t-il ajouté. D'autre part, le ministre espagnol a rappelé que les deux pays «sont des voisins et des amis, et ont les mêmes intérêts géostratégiques et économiques», avant de souligner que Madrid «est disponible pour élargir, diversifier et approfondir ses relations avec l'Algérie». M. Borrel a invité son homologue algérien pour une visite en Espagne afin de «continuer de travailler et avancer ensemble dans cet esprit de voisinage, et traiter des petits problèmes que connaît, encore, la région», a-t-il noté.

Quant au chef de la diplomatie algérienne, il a mis en avant «l'excellence» des relations bilatérales entre Alger et Madrid, estimant que les deux pays sont dans une dynamique créée par la 7ème session du Comité de haut niveau, au cours duquel de «grandes décisions» ont été prises et qui sont en phase de mise en œuvre pour «renforcer le partenariat au bénéfice mutuel des deux pays». Selon M. Messahel, ce partenariat porte sur les Energies renouvelables, l'Industrie, l'Agriculture et l'Energie. Le ministre algérien a, également, rappelé dans le domaine énergétique que les deux pays avaient renouvelé les contrats de fourniture de gaz jusqu'à 2030, en faveur de l'Espagne. Au plan régional, les deux pays sont confrontés aux mêmes problèmes de la migration, au sujet desquels «nous avons échangé nos approches et nous devons dialoguer et poser les bonnes questions pour avoir de bonnes réponses», a-t-il dit. La lutte antiterroriste et la coordination entre les services de sécurité des deux pays a été, également, au menu de cette visite de travail du ministre des affaires étrangères espagnol, en Algérie. Selon le ministre algérien, ce dossier a été largement évoqué, à la lumière des mécanismes existants entre les deux pays, en matière de coopération contre le terrorisme, et pour les renforcer davantage et être «vigilants dans une zone de grande turbulence». Sur le plan régional, «la situation en Libye et au Sahel a été, par ailleurs, abordée lors de nos discussions», a indiqué M. Messahel, qui a rappelé la position algérienne sur ces dossiers, celle d'une solution politique aux conflits régionaux. La mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, dans le règlement de la question du Sahara Occidental, inscrite à l'agenda des Nations unies, a été d'autre part expliquée par M. Messahel durant ses entretiens avec son homologue espagnol.

Cet ancien président du Parlement espagnol (2004) avait accepté, en juin dernier, le poste de ministre des Affaires étrangères dans le nouveau gouvernement socialiste de Pedro Sanchez. Economiste et ingénieur, ancien ministre des Travaux publics également, il avait travaillé dans le secteur pétrolier, au sein du groupe espagnol Cepsa.