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Football national - Argent à flots, SSPA et parrainage: Des paradoxes à profusion

par Adjal Lahouari

Tous les spécialistes sont d'accord sur la situation paradoxale du football algérien. De façon générale, et en dépit de quelques fulgurances ça et là, le niveau de toutes les compétitions laisse beaucoup à désirer. Depuis belle lurette, l'équipe nationale est composée par des joueurs nés et formés à l'étranger et principalement en France.

Après avoir brillé lors du mondial 2014, l'EN est rentrée dans les rangs, dégringolant au classement FIFA de façon continue, à la grande déception de ses millions de fans. Le championnat de Ligue 1, qui vient de débuter, recèle les signes avant-coureurs d'un parcours de faible envergure, les présumés grosses cylindrées ayant du retard à l'allumage, à tel point que les co-leaders actuels ne sont autres que des promus. Si le MOB est un ancien pensionnaire de l'élite, l'ASAM évoluait en DNA il y a deux années seulement ! Comment donc expliquer cette situation pour le moins bizarre et inquiétante ? Certes, on associe bien volontiers la performance à la puissance financière. Là encore, il existe des paradoxes qui défient la logique. En effet, même les clubs les mieux nantis en moyens financiers sont à la peine, à l'image du MCA, MCO, CSC, JSK, USMA, sans oublier le grand CRB en décrépitude en ce début de saison ? Et, au vu des évènements et des tensions qui se déroulent, ce n'est pas demain la veille que le calme reviendra. Ces derniers temps, des entraineurs et des responsables ont été limogés et… ont repris du service quelques jours après ! Mêmes les observateurs les plus perspicaces n'arrivent pas à suivre la cadence de ces évènements pour le moins surprenants. Pour ce qui est de l'argent, il y en a beaucoup, mais d'où vient-il ? Comment fonctionnent ces supposés clubs professionnels en réalité largement endettés ? De nombreuses questions que même les spécialistes en finances seraient incapables d'y répondre.

D'où vient l'argent du football ?

Sans la manne pharamineuse octroyée par les pouvoirs publics, la majorité de ces associations seraient incapables de survivre. Survivre, tel est le leitmotiv de ces clubs pourtant censés, de par leur statut, générer les moyens suffisants pour leur autofinancement. Les plus « chanceux » sont soutenus par des entreprises étatiques ou privées.

S'y ajoutent le sponsoring des firmes et marques inondant le marché économique national. Le rôle des présidents et SSPA ? Ce n'est certainement pas pour apporter un soutien financier ! L'exemple le plus récent et celui de ces clubs, supposés professionnels et soi-disant structurés administrativement, qui n'ont pas pu régler leurs dettes et ce, en dépit de leur statut de sociétés sportives, ce qui veut dire qu'en l'absence d'argent, c'est la faillite assurée.

Ce n'est que grâce à l'argent des droits TV (Etat) et la mobilisation des supporters que le pire a été évité, mais jusqu'à quand ? Qui peut aujourd'hui gérer un club sans l'argent des contribuables ? Personne ! Et ce n'est certainement pas de sa propre poche qu'il le fera…

Le rôle de la SSPA et du Conseil d'administration

A présent, il est grand temps de se demander quel est le rôle des sociétés sportives et conseils d'administration ? Là encore, c'est la disparité qui règne.

Certains clubs bénéficient des largesses de leurs présidents possédant de gros moyens financiers, mais qui espèrent souvent avoir des retombées positives en fin de parcours. Cependant, et le cas d'un club de l'Ouest vient de le démontrer récemment, même cette « générosité » a des limites, ces présidents s'apercevant du danger de ce véritable gouffre financier. Quelques-uns d'entre eux estiment que la manne accordée par les pouvoirs publics n'est pas équitablement dispatchée, étant intimement convaincus que certains clubs sont chouchoutés, alors que d'autres sont ignorés et tirent le diable par la queue.

On en vient à ces conseils d'administration, quel est leur rôle exact ? On a l'impression que leur influence se limite à celle de « contrôleurs » souvent laxistes, alors qu'ils sont censés apporter une contribution efficace dans le fonctionnement des clubs, où le boulot ne manque pas, bien au contraire. Mais finalement, est-ce que l'Etat (subventions wilaya et APC) est obligé de financier un club professionnel ? Officiellement, c'est le CSA (Club sportif amateur) qui bénéficie de cette subvention, mais officieusement c'est la SSPA qui en tire profit et ce, en l'absence d'une véritable structure de contrôle de gestion financière des clubs.

Masse salariale,hébergement et transport: Qui paye quoi ?

Tout le monde sait que les charges des clubs sont énormes. Outre l'infrastructure dont ils ne sont pas propriétaires, (un véritable boulet qu'ils trainent à longueur de saison), les clubs doivent assurer les salaires des joueurs et des staffs technique et médical et du personnel, souvent pléthorique. Or, l'inflation galopante des gros salaires grève au départ le budget des clubs. L'autre paradoxe, et non des moindres, c'est que les salaires consentis sont inversement proportionnels au niveau des joueurs, certainement les seuls et grands bénéficiaires de cette organisation bancale.     

A une certaine période, la Ligue a pensé à un plafonnement des salaires, ce qui aurait été déjà une première bonne mesure. Mais c'était sans compter sur la réaction des joueurs, peu enclins à ce qu'on touche à leur « poule aux œufs d'or ». Il est certain que l'aisance financière des joueurs actuels doit donner beaucoup de migraine et de regrets aux anciens qui n'ont pas la chance de leurs successeurs en matière de rétribution et de primes.

Aussi, et à juste titre, les experts de ce secteur très sensible affirment que les joueurs sont largement surpayés compte tenu de ce qu'ils démontrent sur le terrain. Ils sont donc parmi les grands responsables de la crise financière qui taraude la plupart des clubs. D'ailleurs, à chaque fin de saison, la CRL est tenue de sanctionner les clubs pour manquement à leurs obligations, et ils sont nombreux.

Les dirigeants, sous prétexte qu'ils aiment leurs clubs, sont pris dans une spirale permanente. Dès la fin des diverses compétitions pourtant, ils partent à la recherche des « meilleurs », cette appréciation étant tout à fait relative comme on le constate sur nos stades. Dans cette course, ils sont victimes consentantes des agents ou présumés tels, car le milieu du football est envahi par cette faune qui fait son beurre au détriment du football et des amoureux du football, qui passent aux guichets pour s'acquitter de tarifs peu en rapport avec la « qualité » du spectacle.

Il est vrai que ces gens savent que « lorsqu'on aime, on ne compte pas ». En vérité, ce sont tout simplement de beaux parleurs ayant un carnet d'adresses et de numéros de téléphone bien fourni. Et pourtant, tout au long des saisons, tous les dirigeants en place se plaignent de la modicité des moyens financiers disponibles et crient sur tous les toits que leurs clubs sont frappés par la crise.

Alors, comment font-ils pour verser de très gros salaires aux joueurs en dinars, tandis que certains d'entre eux s'acquittent facilement de leurs obligations en devises lorsqu'il d'agit d'entraineurs étrangers ? En outre, ils s'arrangent toujours pour trouver des séparations à l'amiable avec les techniciens limogés.

En réalité, ils versent certainement à ces derniers des « compensations » sonnantes et trébuchantes pour éviter de fâcheux conflits avec la FAF et la FIFA. A cela, il faut ajouter l'argent de l'hébergement, des stages et du transport. D'où vient donc cet argent ? On comprend mieux pourquoi les dirigeants des clubs se sont toujours élevés contre la création d'une structure de contrôle comme cela existe dans tous les pays. Si cette direction venait à voir le jour, pas mal d'anomalies apparaitraient au grand jour, laissant voir l'autre face de l'iceberg.

Parrainage: de l'argent jeté par les fenêtres

Les anciens se souviennent de la réforme initiée par le gouvernement en 1977, une réforme qui, étudiée et appliquée à la lettre, a donné ses fruits avec la fameuse équipe nationale des coupes du monde 1982 et 1986. Les entreprises étatiques, même avec un personnel exécutant parfois assez limité dans ce domaine, avaient offert le cadre idéal pour l'épanouissement des joueurs et des clubs.

Certes, les idéalistes avaient reproché le changement des sigles si chers à leurs yeux. Après le désengagement des dites entreprises, les clubs ont retrouvé leurs sigles originels et les dirigeants leurs mauvaises habitudes, celle de la surenchère et la course à la « vedette ». Certains clubs de différents paliers ont reproché aux responsables de la Sonatrach d'avoir « ciblé » les clubs bénéficiaires. Si certains choix sont justifiés parce que traditionnels comme celui du MCA, en revanche, d'autres destinations sont discutables et ont soulevé les protestations de clubs s'estimant lésés. Ces derniers, déçus, pensent tout simplement que c'est de l'argent jeté par la fenêtre. Ce n'est pas faux finalement, si l'on prend en considération les résultats enregistrés.

Quid de l'autofinancement ?

Cependant, il est inadmissible que les clubs se contentent d'élire d'éternels assistés. S'ils sont en manque d'idées et d'initiative, ils n'ont qu'à s'inspirer de ce qui se fait ailleurs pour retrouver d'autres sources de financement. Il y a certainement des projets à élaborer pour assurer au moins une partie de l'autofinancement.

Le projet élaboré par Hadj Hasnaoui Okacha pour assurer le fonctionnement de l'USMBA en est un, parce que réellement réalisable avec la mise en vente des cartes d'adhérents, un peu ce qui se fait dans le football espagnol.

Avec le concours de leurs socios, les clubs de ce pays sont en train d'emboiter le pas à leurs riches homologues anglais, certainement les mieux organisés de par le monde, ce qui explique leur puissance financière qui leur permet d'attirer les meilleurs joueurs, quitte à ce que leur équipe nationale souffre quelque peu de cette invasion.

Mais, sachant fort bien que l'habitude étant une seconde nature, on doute fort que nos dirigeants acceptent de laisser tranquille la vache à traire. Ce serait un suicide programmé. Pour le moment, et sauf apparition d'une nouvelle philosophie, c'est un statu quo qui mènera, tôt ou tard, le football algérien dans l'impasse d'où il lui sera difficile de sortir. Est-ce faire preuve de pessimisme ? L'avenir nous renseignera sur ce sujet.