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Un déficit de 580 milliards de dinars: «Situation catastrophique» à la Caisse de retraite

par Yazid Alilat

La Caisse nationale de retraite (CNR) traîne un déficit de 580 milliards de dinars, a affirmé jeudi à Sidi Bel-Abbès le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale, Mourad Zemali, estimant que la CNR «vit une situation catastrophique».

Il a expliqué qu'au moment où le montant des pensions a atteint 1.200 milliards de DA, le déficit a bondi de son côté à 580 milliards de DA, et donc qu'il ne saurait être question, pour le gouvernement de revenir en arrière. Dès lors, ‘'il est «inconcevable de revenir au système de retraite à moins de 60 ans», a-t-il précisé dans un point de presse en marge d'une visite de travail et d'inspection de structures relevant de son ministère dans la wilaya. Selon le ministre, le tiers des retraités sont âgés de moins de 60 ans, et donc les pensions affectées à cette catégorie de retraités équivalent au montant du déficit de la CNR. Pour lui, si le système de la retraite proportionnelle ou la retraite en dessous des 60 ans n'avait pas été appliqué, la CNR n'aurait pas accusé ce déficit. Rien que dans la wilaya de Sidi Bel-Abbès, il y a, a indiqué le ministre, 7.600 retraités dont 50% ont moins de 60 ans et leur moyenne d'âge se situe entre 52 et 53 ans, ‘'ce qui est anormal». Au mois de juillet dernier, Slimane Mellouka, DG de la CNR, avait estimé que ‘'la situation s'est effectivement dégradée à partir des années 2014-2015 pour atteindre un niveau important en 2016, 2017 et 2018''. Le DG de la CNR a rappelé qu'il y a eu ‘'de nombreuses dispositions légales pour pallier ce déficit par des apports des autres caisses, et plus récemment en 2018 par un apport de l'Etat assez important (500 mds de DA, NDLR), qui s'ajoute à un apport régulier de 15% des dépenses''. ‘'Il se pourrait que cet apport soit reconduit si l'Etat prendra cette décision dans la loi de finances 2019», a-t-il ajouté. La loi de finances 2018 avait dégagé au profit de la CNR une enveloppe globale de 500 milliards de dinars afin d'éponger son déficit, alors que l'avant-projet de loi de finances 2019 prévoit le recours au Fonds de réserves de retraites avec une contribution de 83,3 mds de dinars contre 85 mds de DA en 2018, en baisse cependant de près de deux mds de dinars. C'est au lendemain de la tripartite de juin 2016 que le gouvernement, dirigé alors par Abdelmalek Sellal, avait mis fin aux régimes de retraite proportionnelle et anticipée, qui ont bénéficié aux enseignants et personnels de l'éducation nationale surtout, mais qui ont mis à genoux la CNR, dont le budget avait fondu avec la baisse des cotisants, passant à deux cotisants pour un retraité quand la norme est de 5 cotisants pour un retraité. Au lendemain de cette annonce, les syndicats autonomes se sont rebiffés, rejetant cette mesure du gouvernement. Ils comptent revenir à la charge dès ce mois de septembre avec la création de la Fédération nationale des syndicats autonomes.

En attendant la liste des métiers pénibles

Le ministre du Travail a par ailleurs expliqué à Sidi Bel-Abbès que des mesures de lutte et de contrôle de l'informel, les non-déclarations et des mesures de réduction de ce déficit ont été prises, alors qu'une réflexion est actuellement en cours sur la réforme du système de retraite. Cette réforme ne peut être cependant «une opération à réaliser de façon directe, mais à moyen et long terme», a-t-il averti. Par ailleurs, le ministre est revenu également sur le prochain code du travail, objet de discorde avec les syndicats autonomes. Il a déclaré ainsi que son ministère œuvre à mettre en place un code du travail ‘'intégré qui sert l'économie nationale et préserve les droits des travailleurs et des employeurs». Estimant que «la précipitation dans cette œuvre n'est pas utile», il a expliqué que le code du travail ne concerne pas uniquement le gouvernement, et il doit ‘'y avoir un consensus des employeurs, des syndicats des travailleurs et du gouvernement». ‘'C'est ce à quoi nous œuvrons actuellement», a-t-il dit, avant de relever que l'Algérie n'a pas de vide juridique dans ce domaine, et possède un arsenal juridique, qui a permis la mise en place d'une pluralité qui comprend 101 associations syndicales, 65 associations des travailleurs et 36 autres concernant les employeurs. Pour le ministre du Travail, ‘'la question qui se pose actuellement est de réfléchir sur la manière d'adapter les lois actuelles au développement que connaît actuellement le monde du travail avec l'avènement» des TIC et l'économie numérique. Sur le débat actuel portant sur une éventuelle reconversion du FCE (Forum des chefs d'entreprises) en une instance syndicale, M. Zemali a expliqué que «cette association est en contact avec nous et nous leur avons expliqué les lois. Les choses se déroulent de manière normale et quiconque respecte les lois est protégé par la Constitution». Quant à l'établissement de la liste des travaux pénibles, un dossier qui a provoqué une grande polémique entre l'UGTA et les syndicats autonomes pour l'application de la retraite anticipée dans certains corps de métiers dits pénibles, M. Zemali a indiqué qu'un comité technique composé d'experts y travaille pour déterminer les modalités de classement des travaux pénibles. «Une fois ce travail achevé, les différents partenaires sociaux et les instances concernées seront consultés à ce sujet», a-t-il ajouté.