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Ain Temouchent: Promotion immobilière et dégâts collatéraux

par Saïd Mouas

La brusque frénésie qui s'est emparée du secteur de l'immobilier privé, durant le règne de l'ancien wali commence à dévoiler ses funestes traces.

Des assiettes de terrain à haute valeur foncière, situées au cœur du périmètre urbain, ont été cédées à des promoteurs, alors que les besoins en équipements publics sont nombreux. Le droit de préemption de l'Etat mis sous l'éteignoir, la curée a profité, davantage, aux copains et coquins hypothéquant, ainsi, toute possibilité de faire du chef- lieu de wilaya, jadis réputé pour sa coquette architecture, un espace de vie structuré, cohérent et convivial.

Deux malheureux exemples sont venus, récemment, nous renvoyer à cette triste réalité. Il s'agit, d'abord, de la fermeture, qui perdure, d'une des voies de la pénétrante reliant l'axe Oran-Temouchent en raison de l'affaissement de la chaussée, à hauteur du chantier d'un projet de construction immobilière. Les travaux de terrassement effectués, en contre-bas de la bordure de la route, et au plus près d'un dénivelé de presque 10 m, ont largement entamé le corps de la chaussée devenue impraticable. La situation ne semble pas s'améliorer malgré les mises en demeure de la wilaya. Le second effondrement a eu lieu, il y a une quinzaine de jours, sur la route menant à Chaabat El Leham, à la zone industrielle et au POS sud-est. Toujours en lisière d'un chantier privé destiné à la promotion immobilière, dite à haut standing et donnant sur un important carrefour. Mêmes causes, mêmes effets : l'excavatrice du poclain a trop plongé, dans les entrailles de la route qui s'est enfoncée, sur toute sa largeur, obligeant de ce fait, les automobilistes à contourner à contre-sens la voie proche, débouchant sur le rond-point de la Sonelgaz.

Là aussi, la restauration du tronçon, sérieusement, endommagé risque de prendre du temps. D'autres cas où des bavures peuvent surgir, nous ont été cités par les professionnels du secteur. Études bâclées, suivi complaisant des travaux, POS triturés selon le bon-vouloir des chefs, non-respect des servitudes et des prospects (hauteur des bâtisses par rapport à la nature des terrains et à la mitoyenneté). Autant de facteurs qui ont contribué à la décrépitude du cadre urbain et à l'apparition du phénomène de saturation et de promiscuité des lieux de vie. Une forte densité urbaine dont l'impact sur la circulation, les transports, l'hygiène publique et les liens sociaux peut s'avérer, extrêmement, problématique. L'imprévoyance et la fuite des responsabilités – après nous le déluge ? - ont provoqué des dégâts parfois irréparables.

Après le séisme de 1999, Ain Temouchent a, dit-on, subi un autre cataclysme entre le départ de M. Bouderbali et l'arrivée salutaire de Mme Ouinez. Tous les indicateurs de développement, inhérents à cette période de gestion ponctuée d'un intérim stérilisant, le confirment. Malgré les moyens financiers existants. Ni les élus ni la société civile n'ont tenté de mettre le holà à ce lent pourrissement qui a laissé des stigmates.

Aujourd'hui, et d'aucuns l'auront constaté, les choses évoluent nettement vers une meilleure prise en charge des problèmes que rencontrent les citoyens.

Difficile de remettre en question des projets déjà avancés, en dépit de leur caractère inopportun et leur emplacement inapproprié. Mais il faut que cela cesse car le béton a trop pris sur l'espace vital et le territoire censé appartenir à la communauté.