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Sécurité: L'expertise de l'OTAN pour surveiller les frontières algériennes

par Ghania Oukazi

L'Algérie s'imprègne depuis près d'une année de l'expertise de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) pour mettre au point un projet «novateur» à même d'assurer une surveillance et une sécurisation optimales à ses frontières.

C'est sous le titre : «l'OTAN lance son premier projet de coopération scientifique avec l'Algérie» qu'un programme a été lancé à cet effet le 26 octobre 2017. En juillet dernier un récapitulatif a été distribué aux médias dont les représentants ont été reçus au siège de l'Alliance à Bruxelles parallèlement à la tenue du sommet des chefs des Etats membres qui s'est tenu le 11 et 12 du même mois. «Pour la première fois le programme OTAN pour la science au service de la paix et la sécurité (SPS) finance un projet pluriannuel de recherche menée en collaboration avec l'Algérie» lit-on sur le site consacré à l'ensemble des activités SPS menées par la division Sécurité de l'OTAN avec «les communautés scientifiques» de 69 pays. «Cette nouvelle activité vise à mettre au point un système de détection novateur à l'appui de la lutte contre le terrorisme au travers d'une coopération pratique associant les partenaires clés», est-il noté. Des experts algériens de l'Ecole militaire polytechnique des chercheurs-universitaires de l'Université Savoie Mont-Blanc de France et d'autres de l'Institut Royal de Technologies KTH de Suède ont été rassemblés au siège de l'OTAN à Bruxelles pour «travailler ensemble à la conception et à la mise au point d'un système de détection et d'imagerie terahertz» C'est un nouveau dispositif qui «permettra de détecter des objets dangereux ou des explosifs et il aidera à protéger des lieux vulnérables contre les menaces terroristes comme des aéroports, des gares, des infrastructures critiques et des bâtiments officiels»

Plus encore, «le programme OTAN pour la science au service de la paix et la sécurité (SPS) a aussi permis d'appuyer les activités de formation dans des domaines comme la non-prolifération, la sécurité énergétique, la sécurité des frontières, la sécurité environnementale, la lutte contre les EEI, les procédures de radioprotection, la cyber-défense et la détection des mines», est-il souligné dans le rapport. «L'OTAN a proposé à l'Algérie -à sa demande- un projet SPS pour la surveillance de ses frontières», ont précisé des responsables à Bruxelles.

Une technologie de pointe pour la sécurité des frontières

«La gamme de fréquences terahertz est un domaine scientifique qui a connu des progrès technologiques rapides et qui fait l'objet d'un intérêt croissant en raison des possibilités d'application dans de nombreux domaines comme la sécurité, l'imagerie, la détection, l'inspection de produits, la spectroscopie chimique, l'astronomie, les télécommunications, la caractérisation des matériaux et la médecine», avait déclaré le professeur Jean-Louis Coutaz de l'Université Savoie Mont-Blanc qui dirige ce projet de recherche.

«La réunion du 26 octobre 2017 a donné le coup d'envoi du projet qui renforcera les liens entre l'OTAN, la France et deux pays partenaires de l'OTAN – l'Algérie et la Suède – grâce à la coopération pratique», relève-t-on sur la fiche de présentation. Il est souligné qu' «en proposant des solutions à la pointe de la technologie pour la lutte contre le terrorisme, ce projet SPS contribue aussi à l'action menée plus largement par l'OTAN pour projeter la stabilité au-delà des frontières de l'Alliance»

Les experts de l'Alliance estiment que «ce projet constitue en outre un élément important de la collaboration entre l'OTAN et ses partenaires du Sud». Le professeur Fredrik Laurell de l'Institut suédois KTH avait dit pour sa part lors du lancement du projet qu'«en établissant des réseaux d'experts entre le Nord et le Sud, cette activité aidera à mettre en place des compétences scientifiques et des technologies à l'appui de la lutte contre les menaces émergentes».

Le document de l'OTAN nous apprend que «le nouveau système doit être installé à l'École militaire polytechnique de Bordj El-Bahri en Algérie». À terme, ce dispositif expérimental servira de base à des activités de recherche scientifique dans ce domaine en Algérie. Mme Deniz Beten, conseillère senior SPS et coopération avec les partenaires, avait alors affirmé que «ce projet SPS fournira à l'Algérie sa toute première capacité d'imagerie terahertz». Il permettra de mener des travaux de recherche scientifique dans ce domaine et de former une génération de jeunes scientifiques algériens.

La science contre «les menaces émergentes»

Selon Mohamed Lazoul, de l'École militaire polytechnique qui est co-directeur du projet, «le système améliorera les capacités de notre institution s'agissant de cette technologie de pointe et permettra un important échange d'expertise et de savoir-faire dans le domaine de la détection par imagerie terahertz qui constituera une technologie clé à l'appui de la lutte contre le terrorisme au cours des années à venir». Les experts militaires algériens travailleront sur ce projet «pendant trois ans» jusqu'à ce qu'ils mettent au point -avec l'aide des Français et des Suédois- «un système de détection d'informations adéquates pour un meilleur contrôle des frontières (trafics illicites, contrebande, terrorisme)» L'école polytechnique militaire de Bordj El-Bahri a déjà reçu les équipements nécessaires à cet effet en attendant que les experts militaires s'imprègnent parfaitement des techniques de leur manipulation». «Nous allons achever ce projet dans un an et demi», est-il assuré au niveau de la division sécurité et activités SPS de l'OTAN»

Les Etats membres de l'Alliance assurent qu'ils vont élargir les outils de leur coopération avec les pays du Sud. «Nous allons lancer une initiative de défense pour la Tunisie et la Jordanie ; nous allons finaliser tous nos programmes pour les pays du Sud», soutiennent leurs représentants en soulignant que «nous sommes une plate-forme des sciences publiques ; nous avons trois groupes d'évaluation scientifique composés de 32 experts. La revue des pairs permet le choix des projets, la formation d'experts civils et militaires(…)» La section sécurité (activités SPS) s'est déjà engagée aux côtés de la Mauritanie «dans un projet phare dans la région prévoyant la formation de personnels dans la gestion des crises, financé par des dons du Canada et de la France». La Tunisie a un projet pour «le renforcement des capacités de défense et des capacités de sécurité(…) avec de nouvelles mesures d'assistance et de formation (à la demande des autorités) pour la cyber-défense la lutte contre les engins explosifs improvisés et la transparence dans la gestion des ressources». La Jordanie a aussi d'importants projets avec l'OTAN avec en prime un programme pour «la détection de bombes artisanales» et l'Egypte pour «les mines anti-personnel». Il est avancé à propos d'un éventuel financement du G5 la force militaire pour le Sahel qu' «il n'y a pas de consensus sur cette question entre les pays membres de l'OTAN». L'Alliance reconnaît qu'elle finance plus de projets aux pays du Dialogue Méditerranée «parce qu'ils leur sont utiles» et bien moins à ceux de l'Initiative de coopération d'Istanbul «parce qu'ils sont riches». L'Organisation ne cache pas sa satisfaction d'être «partout dans le Sud même si beaucoup y sont hostiles». Avec la précision qu'«on n'est pas en train de militariser ces pays, mais de les aider à développer leurs capacités de défense».