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A propos de transition démocratique

par Nouredine Djellouli

Un procès en sorcellerie est intenté contre le Dr Mokri Président du MSP à l'origine de l'initiative pour la construction d'un large consensus pour une transition démocratique garantie par l'ANP.

Les remous, les contre-vérités et le tapage médiatique autour de cette initiative m'interpellent au plus profond de mes convictions intimes et je considère de mon devoir d'exprimer mon point de vue personnel sans engager la responsabilité du parti dans lequel je milite : «Talaïe el Houriate»

Au tout début, je salue l'initiative du Dr Mokri, qu'elle aboutisse ou qu'elle échoue, le débat est lancé et il n'est pas près de s'arrêter.

Pourquoi veut-on diaboliser l'initiative ? Selon Ould Abbès l'armée s'occupe de ses missions constitutionnelles, pas de politique !!! Rien de plus vrai pour ses missions constitutionnelles, sauf que l'armée dans tous ses actes, ses faits, ses gestes, fait de la politique dans l'intérêt général et c'est tant mieux.

- Lorsque les éléments de l'ANP combattent inlassablement le terrorisme n'est-ce pas un acte éminemment politique ?

- Lorsque les éléments de l'ANP ouvrent des voies de passages à des automobilistes et leurs familles bloquées par la neige à Azzazga, Sétif, Tlemcen…, n'est-ce pas un acte éminemment politique ?

- Lorsque les éléments de l'ANP et les différents services de sécurité combattent souvent avec succès le grand banditisme, la corruption, les narcotrafiquants, n'est-ce pas un acte éminemment politique ?

- En tentant de banaliser la politique, de lui coller une connotation péjorative, les tenants de l'immobilisme, de l'enferment et de la sclérose veulent retarder voire empêcher l'évolution inéluctable de notre société vers plus de démocratie, plus de libertés : n'est-ce pas pour ces idéaux que ce sont sacrifiés nos valeureux martyrs ?

La politique recouvre une panoplie de valeurs : le don de soin, le sens du service public, l'art du possible. Une probité morale et intellectuelle approuvée.

On entretient volontairement une confusion entre politique et partisans : oui l'ANP n'est pas partisane et elle l'a montré avec éclat et grandeur, lorsqu'elle s'est retirée du comité central du parti du FLN après l'adoption de la Constitution de février 1989 consacrant le multipartisme en Algérie.

L'ANP est une institution de l'Etat au service de la Nation tout entière.

Lorsque le Dr Mokri parle de transition démocratique sous garantie de l'armée, il ne dit pas intervention de l'armée. Lorsque les éléments du consensus seraient réunis y compris avec les représentants du pouvoir actuel, la feuille de route dégagée, approuvée qui garantira son application, qui veillera à la préservation du consensus, qui arbitrera les éventuels couacs qui risquent de surgir ici et là? Est-ce la haute autorité indépendante des élections? Est-ce le Conseil supérieur de la magistrature ? Est-ce le Conseil constitutionnel ?

Ne s'agit-il pas à ce stade avancé de la transition de veiller à prévenir des troubles provoqués par les tenants de la prédation, de l'immobilisme et de l'enfermement.

* Comment à ce stade avancé de la transition, maintenir la stabilité et la sécurité des citoyens : y-a-t-il une institution autre que l'ANP qui détient ces prérogatives ?

J'ai encore en mémoire l'une des récentes déclarations du chef d'Etat major M. Gaid Salah en parlant de ligne rouge à ne pas franchir : l'intégrité territoriale, l'unité nationale, les richesses du pays. Tiens, tiens les richesses naturelles elles ne sont pourtant pas mentionnées dans les missions constitutionnelles de l'ANP, pourquoi en parle-t-il ? Parce qu'effectivement il ne peut y avoir d'intégrité territoriale, il ne peut y avoir d'unité nationale, il ne peut y avoir de stabilité si les vautours et les prédateurs qui tentent de faire main basse sur nos richesses parviennent à leurs fins et dilapident le peu de ressources qui permettent encore aujourd'hui à l'Algérie de rester debout. Donc la défense et la préservation de nos richesses et un acte éminemment politique. Et cela est du ressort de l'ANP et des tous les patriotes de ce pays.

Je ne terminerai pas cette contribution au débat sans dire que je n'ignore pas que toutes ces élucubrations et ces réserves contre l'initiative de M. Mokri sont évidemment liées au 5e mandat. Oui M. Abderrahmane Benlayat ! Un 5ème mandat présidentiel consécutif dans le cas où Bouteflika le sollicite.

Je n'ai ni agréé ni apprécié l'initiative de quelques chefs de parti et de personnalités, au demeurant courageuses et respectables, demandant au président Bouteflika de ne pas se représenter en avril 2019. Il peut légalement concourir autant de fois que sa santé le lui permet.

L'initiative de Dr Mokri ne consiste pas à empêcher M. Bouteflika d'être candidat et encore moins si sa candidature s'inscrit dans le cadre de cette transition démocratique compte tenu de la grave crise économique, compte tenu de la grande défiance de la population vis-à-vis de ce système et surtout compte tenu du déficit en légitimité de nos institutions élues.

* Qui garantira la transparence du scrutin ? Qui veillera à mettre tous les candidats à l'élection présidentielle d'avril 2019 sur un même pied d'égalité que le candidat du pouvoir ?