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Résidents: Une grève qui ne réside nulle part

par Dr Mohammed Mostefa Senouci *

  Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien écrire ne serait-ce que pour émettre des idées, serait dormir éveillé. De tout temps, pour disserter, vrai et sincère, il faut que cela sorte des « tripes » ! C'est à ce prix que les meilleures expressions, les plus juteuses et les plus intelligentes diffusent sur le papier et que le stylo se laisse bercer par des idées novatrices … à chaque nouveau problème, il est judicieux de trouver des solutions adaptées dans le temps, dans l'espace et répondant à la conception du moment. Éviter au plus de mettre un t- shirt l'hiver et se vêtir d'une fourrure en juillet !

Avoir du discernement, c'est éviter de jeter les vieilles recettes, parce qu'elles sont anciennes et endosser les nouvelles recettes parce qu'elles sont les primeurs sur le marché… pour les premières elles pourront être avariées mais pour les secondes elles peuvent êtres acides et agaçantes !

En son temps, je me suis senti concerné par la reforme hospitalières et quand j'ai constaté que mon silence pouvait nuire à la fécondité de ma pensée, sur le sujet, j'ai repris la main. J'ai pris sur moi d'en parler et de mon propre chef parce que médecin, j'étais en droit de prendre mes responsabilités sur le sujet et d'émettre mes idées sur ma spécialité, la réanimation médicale. En son temps, j'ai eu beaucoup de satisfaction à partager mes idées avec autrui via ‘Le quotidien d'Oran' et la revue ‘Santé Maghreb' …

Ce qui me préoccupe présentement c'est cette grève de résidents, qui, me semble-il, ne réside nulle part ! Si ce n'est le manque de « responsabilités féconde ». Ni les résidents puisque c'est d'eux qu'il s'agit, ni la tutelle en l'occurrence le ministère de la Santé ni l'Enseignement supérieur auquel sont affiliés ces étudiants en formation post-universitaire, ni le ministère de la Défense nationale gérant de leur service civil et ou militaire tous ne semblent, tout au plus, détenteurs de la clé salvatrice de ce problème. Me sentant plus proche de mes confrères résidents j'ai émis, en ce mois de Ramadhan, tout récemment donc, le souhait d'être écouté en ma qualité d'ancien maître-assistant, en réanimation médicale, à la retraite et ayant vécu des « générations de crises ». J'ai proposé l'apaisement, un tant soi peu. Surseoir à la grève pour sensibiliser et donc faire comprendre à notre Algérie entière puisqu'il s'agit de la santé, le pourquoi de ces revendications et à quoi vous aspirez conclure pour vous et pour la santé en Algérie. Pour que la tutelle ait accès à ce qu'elle ne voit pas, à ce stade, il y a sûrement des dysfonctionnements; une santé clé en main ça n'existe nulle part. Les équipements de dernière génération ne peuvent, sans le concours du génie humain, donner le diagnostic estampé et encore moins la thérapeutique idoine. Pour être un bon médecin, il faut aimer l'humain et être sensible à ses souffrances. Mais pour en disposer de talentueux médecins il faut leur témoigner une confiance et une considération qui ne peuvent que renforcer et forger la disponibilité, à toute épreuve dont ils font preuve… Pour parfaire son épopée médico-chirurgicale, le vrai médecin se doit d'être tout ouïe pour son malade, bien qu'amoindri, le malade disposera d'un rempart et d'un précieux soutien contre l'état pathologique… il est confiant.

A cette enseigne, nos médecins et apprenants disposeront d'un maximum de compréhension et de considération. C'est une note d'estime témoignée par tout l'environnement social. Nous devrions vénérer le médecin pas pour booster son ego ; mais pour qu'il s'occupe, à satiété, de l'humain malade et pour lui rendre hommage pour son savoir-faire devant la maladie et pour le patient. C'est à ce prix que nos hôpitaux seront un havre de quiétude et de sérénité mais aussi de performance. L'homme a vraiment besoin de l'humanisme de son environnement et plus, quand il est rongé par la maladie. J'ai vu sous nos cieux d'autres gens taper et ensanglanter des médecins, au moment où il aurait fallu s'asseoir autour d'une table et décoder le secret d'un puzzle et les ingrédients d'une telle mésentente, voire de dysfonctionnement.

Serait-elle la crise du siècle pour perdurer autant de mois : huit mois ! Pourrions-nous se résoudre au fait que toute l'Algérie et toutes potentialités confondues n'arrivent pas à concevoir une sortie de crise, sinon que par des propositions extrêmes. Serions- nous en-deçà de toute faculté de discernement au point de verrouiller le portail, alors qu'il est déjà fermé et de l'avis de tout le monde !

Il nous arrive, en médecine, devant la complexité d'un état pathologique, d'être à cours d'idées pour étayer un diagnostic et asseoir une thérapeutique efficace. Que fait-on ? Et ça tous les professionnels de la santé vous le diront: étudier le cas dans ses moindres détails, consulter la littérature médico-chirurgicale, prendre avis des autres services de santé autochtones ou et étrangers pour en savoir plus sur le cas pathologique et ou thérapeutique. Dans notre cas présent, il y a une multitude de pays qui ont vécu des crises et des dysfonctionnements dans le département Santé dont nous pourrions en faire l'étude et bénéficier de leur expérience et élaborer une solution qui sied à notre environnement de santé… tant le sujet est sensible. Pratiquement toute porte a sa clé de fermeture et d'ouverture présentement soyons pragmatique pour utiliser, au plus vite, la clé d'ouverture !

* Réanimation médicale polyvalente. Oran.