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Trump, n'est pas satisfait de l'accord de l'OPEP

par Reghis Rabah *

Pourquoi Trump s'adresse-t-il à l'Arabie Saoudite pour faire baisser les prix du baril, alors qu'il pouvait le faire chez les producteurs du schiste américains ou simplement jouer sur le stock américain des principales compagnies qui y opèrent. Il faut préciser, d'emblée, que lui-même est sous pression de son lectorat qui commence à s'agacer d'une augmentation brusque des prix à la pompe d'essence américaine.

En effet, plusieurs analystes économiques avertissent les Américains qu'ils devront s'y faire: les prix de l'essence aux États-Unis pourraient grimper jusqu'à 3 dollars le gallon (3,78541 litres). Selon les experts, ces augmentations sont le résultat des menaces de sanctions du président américain, Donald Trump, vis-à-vis de l'Iran. La crainte de nouvelles sanctions a fait bondir le prix du baril de pétrole. À 2,81 dollars le gallon, c'est le tarif le plus élevé aux Etats-Unis, depuis 2014. Et le Service d'information du prix de l'essence prévoit que ces prix vont continuer d'augmenter, au cours du mois de juillet. Donc la détermination de Trump de se retirer de l'Acord nucléaire iranien s'ajoute donc aux augmentations saisonnières habituelles. Cette augmentation concerne surtout l'essence du type ‘regular' soit l'équivalent de l'essence sans plomb 96. Pour les autres qualités, il faudra ajouter 10 à 30 cents par gallon. On constate, en général, que l'essence est beaucoup moins chère aux USA qu'en France (environ 500 euros pour 6.000 kilomètres). Pour 1 litre en France, on a, environ, 4 litres aux USA. Pourtant, le président américain Donald Trump déploie toute son énergie à exercer, la plus forte pression possible sur l'Iran et le Venezuela, cibles privilégiées de ses attaques verbales et économiques. Multipliant les sanctions pour faire plier ces deux pays, le locataire de la Maison-Blanche a fait savoir le 30 juin que le roi Salmane d'Arabie Saoudite avait accepté sa demande d'augmenter la production de pétrole. Dans un Twitt, il a écrit : «Je viens de parler avec le roi Salmane d'Arabie Saoudite et lui ai expliqué que, en raison des tensions et dysfonctionnements en Iran et au Venezuela, je demande que l'Arabie Saoudite augmente la production de pétrole, peut-être de 2 millions de barils, pour combler la différence. Les prix sont trop hauts ! Il est d'accord.». Cela pourrait ne pas lui convenir car les tractations entre les membres de l'OPEP ont fait autrement. En effet, les menace sur le royaume ont commencé, dès le 20 juin au soir, lorsque le ministre du pétrole d'Abou Dhabi, Souhail Al Marzoui reçoit pour le dîner le secrétaire général de l'OPEP, le Nigérian M. Berkindo qui avait une autre chose en tête que ce somptueux dîner. Ayant compris la situation, sa préoccupation était donc ailleurs et touche probablement l'éclatement de l'OPEP si le ministre du pétrole de l'Arabie Saoudite venait à exprimer publiquement l'idée du président américain. Il fallait, absolument, l'empêcher de s'exprimer jusqu' à ce qu'il ait un accord consensuel entre l'ensemble des membres même le chef de fil des non OPEP, la Russie. L'ensemble des membres connaissent bien l'influence de Donald Trump sur le jeune prince saoudien, en dépit de leur ferme intention de plaider pour un baril élevé de 90 dollars contre 75 aujourd'hui. Mais, pour satisfaire Donald Trump et soutenir ses sanctions contre l'Iran, le ministre du Pétrole, Khalid Al-Falih, s'est soudainement, mis à défendre une hausse de la production de 1 million de barils par jour. Comment faire accepter ce revirement à un cartel qui se réjouit, chaque jour, d'avoir fait remonter les prix. Au lendemain matin, le ministre du royaume était visiblement gêné de rendre compte, minute par minute, au président américain, allant jusqu'à le prier d'accepter un deal qui part du principe que l'Arabie Saoudite se préoccupe de ses clients et ne laissera pas les prix monter trop haut, tout en maintenant la cohésion des membres de l'organisation dont il est, de facto, le chef de file. En définitive Donald Trump n'était pas à Vienne mais les NTIC ont fait comme s'il y était,effectivement.

1- La bonne volonté du jeune prince ne suffit pas

Le réchauffement des relations entre l'Arabie Saoudite et Israël est acté. Le prince héritier Mohammed Ben Salmane a estimé, en avril dernier, auprès du mensuel américain ‘The Atlantic' que les Israéliens, tout comme les Palestiniens, ont le droit de vivre «en paix sur leur propre territoire». «Nous devons avoir un accord pour assurer la stabilité pour tous», a-t-il ajouté, dans l'interview réalisée, avant les récentes tensions dans la bande de Gaza. Ces déclarations ont accentué les tensions entre le royaume et de nombreux pays engagés dans le conflit avec l'Etat hébreux. Sa démarche dans sa globalité se heurte à des troubles même à l'intérieur du royaume. Ainsi, un prince saoudien Khaled Ben Farhane, a lancé un appel à la sédition, en vue d'évincer l'équipe dirigeante saoudienne, le tandem constitué par le Roi Salmane et son fils, le prince héritier Mohamad Ben Salmane, dont le mode de gouvernement a suscité des remous, dans la classe dirigeante, avec l'incarcération arbitraire de près de 80 princes et de près de 120 hommes affaires saoudiens et la connivence extrême avec l'Administration républicaine de Donald Trump, l'homme du «Muslim Ban» Khaled Ben Farhane a invité le prince Ahmad, frère du Roi Salmane et héritier en titre dans l'ordre de succession, selon la loi de primogéniture et le prince Moukren, fils du défunt roi Abdallah et ancien chef de la Garde nationale de procéder à un «coup d'état» contre le tandem au pouvoir.

2-Les ambitions géostratégiques prennent le dessus sur l'économique dans le royaume

Les tendances actuelles du marché de l'Energie ne sont pas bonnes pour l'Arabie Saoudite. Pour commencer, l'Agence internationale de l'Energie a publié, récemment, des projections qui indiquent que les Etats-Unis pourraient bien rafler au géant pétrolier du Golfe, la première place de producteur de la première énergie mondiale, à l'horizon 2020. Mi-mai 2017, cette même agence a révélé que l'Amérique du Nord, grâce au développement rapide de son industrie pétrolière de nouvelle génération, devrait dominer la production globale de pétrole, dans les cinq années qui viennent. Ces développements imprévus ne représentent pas seulement un coup porté au prestige de l'Arabie Saoudite, mais également une menace potentielle à l'encontre de la prospérité économique du pays, sur le long terme et tout particulièrement, dans le contexte actuel post-printemps arabe, qui voit une augmentation des dépenses gouvernementales. Mais si l'avenir du royaume apparaît décidément sombre, sa réponse apparaît des plus confuses. Il faut ajouter à cela la pression du Congrès américain sur la Maison-Blanche pour créer une équipe rattachée au ministère de la Justice dont les objectifs sont d'enquêter sur les mécanismes des prix et sur éventuellement, les manipulations des cours du pétrole même aux Etats-Unis. Ce projet non encore validé, prévoit non seulement de se passer de l'Arabie Saoudite, mais aussi la possibilité de poursuivre en justice les pays membres de l'OPEP, au nom des lois antitrust. L'AIE, la même année avait averti que toute initiative pour freiner la production pétrolière mondiale pourrait se révéler contre-productive pour l´Economie mondiale. Ce pays a toujours manœuvré en utilisant son droit de veto, pour un prix qui l'arrange au détriment des autres membres dont les recettes pétrolières restent vitales pour leur développement économique. Quel est justement ce prix ?

Si l'on se réfère à l' ‘Arab Petroleum Investments Corporation', le prix qui arrange les Saoudiens se situerait autour de 94 dollars le baril, soit moins que le prix actuel du Brent. Or l'Iran, par exemple, a besoin de vendre son baril à 125 dollars pour qu'il soit rentable, ce qui explique la guerre que se livrent l'Iran et l'Arabie Saoudite, au sein de l'OPEP. Mais en l'absence de réformes politiques profondes qui, seules pourraient fournir à l'Arabie Saoudite d'autres sources de revenu, ce prix de revient va sûrement selon cette même Corporation, en augmentant. Cette rivalité entre des membres d'une même organisation n'est pas une dispute théorique. Elle pourrait avoir de sérieuses implications sur le futur de l'Economie mondiale. Que l'Arabie Saoudite le veuille ou non et elle ne le veut certainement pas, le marché global de l'Energie va s'ouvrir de plus en plus, à la concurrence. Dans un marché concurrentiel, le pétrole doit être fourni par tous les producteurs, en tenant compte, à la fois, de leurs réserves géologiques et de leurs marges. Il y a quelque-chose de profondément malsain de voir les Etats-Unis, qui disposent d'environ 2% des réserves conventionnelles de pétrole, produire plus de barils par jour que l'Arabie Saoudite.

3- L'alliance Baghdad / Téhéran inquiète le royaume et le rapproche des USA

Avec cette légère ouverture économique du monde occidental envers les Iraniens, ils se sont rapprochés des Irakiens pour une alliance, afin qu'à long terme, ils prendraient le contrôle de l'OPEP et donc écarterait le veto saoudien sur les prix. Il faut dire que l'Irak a, encore de nombreux défis à relever pour devenir le géant pétrolier qu'il ambitionne d'être, d'ici quelques années. Le potentiel pétrolier de l'Irak est très important : au coude à coude avec l'Iran pour la position de deuxième producteur de brut de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), le pays possède 9% des réserves mondiales d'or noir, selon la ‘BP Statistical Review of World Energy'. L'Irak est au pétrole conventionnel ce que les États-Unis sont au pétrole non conventionnel. Les exportations irakiennes de brut ont en effet bondi, entre 2014 et 2017, passant de 1,88 million de barils par jour (mbj) à 2,4 mbj fin 2017. Le pays ambitionne de porter sa production à 4,5 mbj, fin 2018 et à 9 mbj, en 2020, contre 3,4 mbj actuellement. L'objectif est de porter la capacité d'exportation de pétrole au sud du pays. Dans tous les cas de figure et en cas de la coopération entre l'Iran et l'Irak et la réalisation des objectifs prévus pour l'augmentation de la capacité de production du pétrole, l'on arrivera, à court terme, à un chiffre susceptible de remettre en cause la suprématie de l'Arabie Saoudite sur les marchés mondiaux du pétrole, d'autant que ces deux pays disposent des réserves qui sont, à total, supérieures à celles de l'Arabie Saoudite.

* Consultant et Economiste Pétrolier