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Agriculture : réalité et perspectives (2ème partie)

par Slemnia Bendaoud *

A l'instar de tout cet arsenal de données économiques non négligeables, faut-il encore rappeler que la population algérienne, jeune dans sa composante, architecture de sa constituante et base de sa pyramide, souffre de façon plutôt chronique du manque d'emploi durable et valorisant, et qu'il y a lieu d'injecter une bonne partie au sein de ce secteur de développement connu pour être à très fort potentiel économique.

La mise en mouvement de tous ces paramètres laisse entrevoir un tout nouveau schéma de développement du secteur de l'agriculture, à hauteur de la prise en considération de ces atouts indéniables à même de constituer les futurs leviers d'une agriculture moderne, intégrée, durable et ouverte sur ces perspectives d'avenir, et qui en feront le véritable moteur de développement de l'économie du pays.

Il s'agit donc de se réapproprier et de (re)considérer l'espace géographique laissé longtemps libre et inoccupé, afin de permettre l'émergence de nouveaux produits agricoles, capables à eux seuls de supplanter ceux des hydrocarbures et de hisser bien haut l'économie du pays, dès lors que l'Algérie aura recouvré une bonne partie de ses traditions ancestrales, grâce à la mise à profit des opportunités existantes en la matière dont elle dispose d'ailleurs à profusion.

Grâce à quoi, il lui est permis d'amorcer un vrai rééquilibrage de son économie, désormais articulée autour des produits de l'agriculture et de l'apport des énergies renouvelables nécessaire à leur développement et accompagnement.

II- De l'impératif d'utiliser les grands espaces et du besoin de leur associer l'économie de l'eau :

L'évolution de la science permet à l'agriculture de profiter de ses nombreuses découvertes en matière de réduction des coûts d'exploitation, d'augmentation du rendement et d'économie d'espace et d'eau nécessaire à l'irrigation du sol. Du coup, l'utilisation rationnelle des grands espaces se trouve être indexée à une formule drastique de l'économie d'eau destinée à l'irrigation des champs d'exploitation agricole.

La combinaison de ces deux facteurs a déjà donné d'excellents résultats sur de petits périmètres en exploitation. Cependant, l'expérience gagnait à être rapidement généralisée. Pays à climat plutôt sec et peu arrosé naturellement, l'Algérie reste dans cette impérieuse nécessité d'exploiter un grand espace territorial en recourant à ces méthodes d'économie d'eau que préconisent les techniques modernes de l'irrigation contrôlée.

Gérer, d'abord, le problème de l'autosuffisance alimentaire du pays à travers cette équation assez complexe de faire converger l'exploitation à bon escient de notre surface agricole utile (SAU) tout en rationalisant l'eau nécessaire à l'irrigation de ces grands périmètres, exige des acteurs du secteur de l'agriculture la mise en œuvre de tout un programme d'investissement adapté à cette fin.

Se concentrer sur son métier de base afin de propulser en avant les produits de son terroir, autrefois jugés comme très puissants et bien valorisants sur les étals des marchés étrangers, implique à notre agriculture l'obligation de se projeter dans des programmes adaptés à sa proximité géographique des marchés européens, connus pour être très rémunérateurs et fort intéressants pour le développement d'un échange durable entre les deux rives de la Méditerranée.

Le projet passe par cette formule de reconsidération de nos atouts et la reconfiguration utilitaire de notre espace et territoire. Nos terres doivent nous inspirer cet autre combat de mieux les exploiter et de bien en profiter. Les extirper à la jachère et à l'abandon reste cette forme appropriée, la plus apte à mieux les mettre en valeur.

Tout peut être à notre portée, à charge pour nous de bien se préparer et surtout de vraiment croire en ce que nous entreprenons. Notre agriculture regorge d'opportunités qui ne demandent qu'à être exploitées, fructifiées, saisies et valorisées. Créer une économie développée est dans nos cordes. Il faut cependant libérer l'esprit et l'initiative d'entreprenariat à l'effet de réaliser ce rêve tant attendu de voir enfin notre agriculture recouvrer ses lettres de gloire.

Disposer d'autant d'atouts, de combinaisons possibles, qui ouvrent autant de solutions sur le terrain des opérations n'est pas non plus chose étrange à un développement harmonieux et accéléré de notre agriculture, restée depuis des lustres déjà confinée dans ces seconds rôles qui n'auront guère permis son réel décollage et accentué sa dépendance des marchés étrangers. D'où cette importance capitale de mieux nous concentrer sur la résolution de l'équation relative à l'économie de nos ressources en eau afin de les développer au diapason de ce grand territoire géographique, dans la perspective de favoriser en premier lieu les nouvelles techniques d'irrigation contrôlée.

Arriver à intelligemment combiner ces trois facteurs-clefs que sont : le sol, la lumière et l'eau (notamment dans les région sud du pays) représente un véritable gage de réussite pour nous replacer très rapidement et de façon définitive sur les marchés internationaux des primeurs ou celui des produits sous serre, à l'image de ces chapelles géantes réalisées par l'ONID en partenariat avec l'opérateur espagnol associé à ce projet très ambitieux dans la région Est de la wilaya de Ouargla (à Touggourt plus précisément).

III- Du souci d'assurer notre sécurité alimentaire à celui de rendre nos produits compétitifs sur les marchés étrangers :

Comment donc rendre soluble l'un dans l'autre ? Sinon comment lier et faire converger les préoccupations suscitées au sujet de celui-ci avec les aspirations dévolues à celui-là ? Ou alors comment plutôt s'engager autrement pour mener ces deux objectifs et options en parallèle, en concomitance ou simultanément ?

A ce niveau de réflexion, la problématique ainsi exposée nous renvoie à d'abord agir en profondeur dans les différents plis de la charpente de la structure de base qui sous-tend notre économie agricole. Il est important de souligner, à ce sujet, que les différentes étapes et phases à travers lesquelles est passé le secteur de l'agriculture du pays y ont laissé des séquelles, encore visibles, dont il n'est guère aisé de s'en débarrasser de manière sporadique ou très rapidement.

Les différentes politiques agraires du pays auront marqué de leur sceau et de leur impact indélébile le paysage économique du pays, changeant à chaque fois à travers ce temps relativement assez long la mentalité paysanne, pour le plus souvent la confiner dans des considérations qui s'écartent complètement des objectifs tracés par les responsables de ce secteur économique.

On y aura, en effet, pu constater, au fil des années, toute une panoplie de comportements si étrangers à notre monde paysan s'y incruster de manière systématique, volontaire et parfois même osée, pour détenir ce foncier public agricole sans même s'en inquiéter de le céder aux autres, si ce n'est le laisser en jachère ou même carrément l'abandonner au sein de certaines régions du Sud et des Hauts-Plateaux.

Il en aura indéniablement résulté des attitudes plutôt négatives qui ne répondaient nullement aux objectifs attendus quant au travail de la terre, car à une époque donnée celui-ci était peu rémunérateur, ardu et reste exposé aux aléas climatiques, mais surtout moins considéré que d'autres secteurs, en prolifération, où régnait justement une grande spéculation sans la moindre contrepartie en effort physique.

A la longue, il aura fini par en être lui-même contaminé, en cause justement cette inertie dont il fut l'objet et surtout cette stérilité à toute épreuve qui aura frappé de plein fouet un secteur aussi dynamique et stratégique que celui qui donne à manger à tout le peuple algérien. Et ce ne sont pas les quelques timides et sporadiques tentatives lancées par les pouvoirs publics dans la perspective de redresser cette situation, en partant à la recherche de partenaires économiques privés nationaux nécessaires à la relance des activités du secteur, lesquelles tardent encore à se concrétiser, pour différentes raisons, qui vont pour autant changer le quotidien de notre agriculture, en vue de substantiellement améliorer son niveau de production. Car les mesures d'accompagnement des fellahs dans leurs nouvelles exploitations manquaient fondamentalement d'efficacité, d'efficience et de transparence dans leur octroi et gestion en soutien aux vrais paysans, de sorte que de nouveaux opportunistes s'y sont incrustés et greffés à eux, s'y substituant pour carrément détourner ces fonds de leurs véritables destinations.

D'où d'ailleurs cette amère conclusion : les mécanismes actuels de soutien des prix des produits agricoles (céréales, pomme de terre, tomate et lait) sont à revoir de fond en comble. Ils ne profitent guère aux couches de populations défavorisées auxquelles ils étaient initialement destinés. Ils sont plutôt inopérants, inopportuns, inadéquats, vraiment désuets, obsolètes, sujets à un enrichissement illicite et sans contrepartie… Leur remplacement par des mesures incitatives conclues «en nature», dans l'attente de leur suppression pure et simple, à mesure que la couverture des besoins nationaux des produits considérés est atteinte à des étapes déterminées de l'accroissement de leur production, peut être envisagé.

A suivre

*Agriculteur, auteur, traducteur