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Climats, climats, un peu pourris

par Pierre Morville

Et vous, en Algérie, la météo, c'est comment ? D'après les organismes météorologiques : mardi, en Algérie, 18° degré en température moyenne sur le territoire national, avec 75% d'humidité. Bon ! Un peu hors saison. Mais jeudi, prévu à Oran, 30° ! Pas de pluie, pas de vent, beaucoup de soleil… (Faut-il que nos météorologues ne se trompent pas).

La France est en revanche, depuis deux mois sous une pluie drue, vraiment drue : c'est grave de chez grave. La France vit au rythme des orages et des inondations avec plus du tiers des départements sous les eaux. Les caves sont noyées et les gens hésitent à sortir dans des rues qui sont devenues des petites rivières. On ne sait plus comment s'habiller ; le matin, il fait très chaud et une heure après c'est l'orage et les pluies qui vont avec. Le lendemain, c'est l'inverse, mais toujours l'averse. Et ça change toutes les heures : comment se vêtir ? Imperméable et chapeau, vous avez trop chaud. Petite chemise et sandales, vous êtes une éponge.

Lundi dernier, Météo-France a placé 38 départements en « vigilance orange » (une sorte d'alerte générale !), pour des risques d'orages, de pluies redoublées ou d'inondation. Partout, tous les jours, ça coule, ça tonne, ça éclaire ! Ça flotte, ça dégringole, ça pisse, ça pleuvasse, ça tombe lourd… Et entre les deux, quand il y a un peu de répit, ça pleuvine, ça crachine, et au mieux, ça bruine. Les Français sont mouillés, les Français sont humides. Et comme toujours, les Français grommellent et sont mécontents, les Français protestent contre le ciel (et j'en fais partie). Contre cette pluie torrentueuse, mais que fait la police ? Que fait le gouvernement ?

Tiens, d'ailleurs, Emmanuel Macron participait le week-end dernier à une réunion du G7 qui se tenait au Canada où apparemment il faisait plutôt beau (salauds de Canadiens !). Sommet qui abordait, entre autres, les effets de l'accord international sur le climat. L'accord de Paris conclu à l'issue de la COP 21 prévoit que les 196 pays signataires, sur 197 membres de l'ONU, limitent à 2 °C la hausse de la température d'ici à la fin du siècle par rapport aux niveaux préindustriels. L'accord fut signé dans la capitale française en 2015.

Les objectifs de ce traité sont et restent ambitieux en matière de climat et des risques de réchauffement de notre planète : l'objectif de l'Accord de Paris est de renforcer la réponse globale à la menace du changement climatique, dans un contexte de développement durable et de lutte contre la pauvreté. Plus précisément, le texte celait un certain nombre de positions communes (sans décisions immédiates) mais qui marquait un certain nombre de consensus à l'échelle internationale notamment sur les risques de l'élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C afin de mener l'action pour limiter l'élévation des températures à 1,5°C. Même, cette semaine, le Pape François a appelé les grandes firmes pétrolières à respecter l'accord de Paris sur le climat.

La Fédération de Russie, l'Iran et la Turquie, pays notamment producteurs de gaz ont hésité mais se sont finalement ralliés à l'accord. La dernière cession du G7, qui s'est tenue au Canada la semaine dernière, reste certes, sans réponses immédiates et précises sur ce dernier dossier.

Le G7 ? Le« Groupe des sept », comme on disait à une autre époque, la « bande des quatre », est un « groupe de discussion et de partenariat économique » de huit pays réputés être les plus grandes puissances économiques du monde : États-Unis, Japon, Allemagne, France, Russie, Royaume-Uni, Italie, Canada, dont l'un, la Russie, est suspendu depuis 2014 (G8-1=G7). Mais où sont la Chine, l'Inde ou le Brésil, et bien d'autres. ? On ne sait pas mais on ne les avait pas invités. Rassurons-les : ils n'ont rien loupé.

Trump, génial tacticien ? Donald Trump a, comme à son habitude, fait son numéro de clown : il est violemment sorti, en claquant la porte avant même la fermeture officielle cette rencontre internationale : 17h50, samedi 9 juin, Donald Trump est le premier à partir. Un texte laborieux de compromis a pourtant été validé plus tard, y compris par les États-Unis.

Ah, mais quoi ! Donald Trump, lors de son vol dans Air Force One, vers Singapour pour rencontrer la Corée du Nord, s'est parait-il, senti lésé et immédiatement désavoué sur Twitter, dimanche 10 juin le communiqué final du G7, pourtant obtenu dans la douleur. « Un revirement qui plonge ses alliés dans l'incertitude », note l'AFP. Les apparences d'un G7 apaisé auront été sauvées peu de temps.

Donald Trump rompt très publiquement avec ses alliés traditionnels, les pays européens. Pourquoi ? L'interrogation reste ouverte. Comme un joueur de poker, il peut parier intelligemment, sachant que ces petits alliés européens désunis, le rallieront de toute façon et en affrontant ouvertement les grandes puissances montantes avec le but affiché de les déstabiliser, elles aussi. Bon ! Soit Donald Trump est un génie de la tactique et on verra ses effets bénéfiques pour les seuls États-Unis, dans quelques mois, voire quelques années. Soit c'est un crétin sur le plan stratégique. Mais ses « alliés » européens se sentent aujourd'hui bien esseulés.

Alors que la réunion des puissances dites « occidentales » se tenait au Québec, avec les résultats que l'on sait, la Chine invitait les membres de « l'Organisation de coopération de Shanghai » pour un sommet dans la station balnéaire de Qingdao dans l'Est de la Chine. Créée en 2001, cette organisation intergouvernementale réunit désormais huit membres, dont bien entendu la Chine et la Russie, mais aussi quatre anciennes républiques soviétiques d'Asie-centrale, et enfin, derniers venus, l'Inde et le Pakistan, «face au président Trump, à la tête de la première puissance capitaliste de la planète, c'est son homologue communiste qui se targue de livrer une leçon de libre-échange. Xi Jinping a ainsi dénoncé les «guerres commerciales de court terme et d'isolement», visant explicitement le président américain qui a récemment menacé de taxer 50 milliards de dollars d'exportations chinoises », rappelle Arjuna Andrade, de France Culture. Le combat de boxe ne fait que commencer.