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Hommage à l'intellectuel et homme de culture Omar Dib (1940-2011)

par El Hassar Bénali

Le palais de la culture Abdelkrim Dali abritera le jeudi 19 avril à partir de 14 heures l'hommage qui sera rendu à Omar Dib (1940-2011) en témoignage à cet intellectuel et homme de culture. Des journalistes, hommes de l'art et de lettres y témoigneront de l'œuvre et de l'action militante au profit de la culture de cet écrivain-pédagogue et cela, au cours de débats qui seront animés par son ami le journaliste-écrivain Abdelakim Meziani. A cette occasion, il est également prévu la présentation d'un reportage sur la citadelle de la Casbah d'Alger, enfin, un concert musical andalou avec la participation dans la soirée des orchestres ‘'SLAM ‘' de Tlemcen et ‘'al-Djazaïria'' d'Alger.

Le professeur, historien et homme politique Omar (1940-2011) eut une vie qui ressemble un peu à un combat pour la culture, la mémoire… Il figurait parmi les jeunes de la génération de l'élite qui a tenté au lendemain de l'indépendance de servir le pays. Il a laissé un souvenir ineffaçable dans l'esprit de ceux qui l'ont connu comme enseignant-pédagogue ou côtoyé en tant qu'acteur et militant de la culture au sein de la société civile.

Omar Dib est issu d'une descendance de lettrés de la vieille tradition des lettres et des sciences, d'où le patronyme de ‘'Adib'' accordée à sa famille à l'honneur avec de prestigieux ancêtres, hommes d'esprit, de religion ou de l'art ayant laissé une empreinte historique dans la vie culturelle dans la vieille cité des Zianides. De vieil ancrage citadin elle aussi illustrée, dans les temps modernes, au début du XXe siècle de noms de grands artistes dont les frères Mohamed et Ghouti Dib de la lignée des grands maîtres qui ont honoré l'art musical andalou et auxquels Omar consacra une de ses premières oeuvres. Ces musiciens considérés comme des maitres de référence dans cet art ancien allaient défrayer la chronique en participant, en 1911, au grand mouvement d'exode ou ‘'hidjra'' qui poussa de nombreuses familles algériennes à quitter le pays pour un exil soit en Syrie, en Turquie ou en Palestine fuyant la conscription imposée aux Algériens, sous l'occupation coloniale. Ce n'est que cinq années plus tard, en 1916, qu'ils reviendront porteurs d'idées novatrices et pour cela très surveillés, propageant des idées appelant aux réformes citant en exemple les ‘'Tanzimat'' prônant le progrès, la libération de la femme... sous la férule du roi Abdelhamid II. Ce n'est pas par hasard si la grande diva de la chanson andalouse Cheikha Tabet Zatla dite ‘'Tetma'' les reconnait comme ses maîtres à leur retour d'exil. On oublie souvent aussi de signaler que l'auteur de la trilogie ‘'la grande maison'', Mohamed Dib est le petit-fils de Ghouti et que son père, ébéniste de profession, était avec son père dans cette hidjra qui a conduit ses grands parents à s'installer un moment en Turquie.

Le militantisme politique de Omar Dib commença très tôt subissant l'influence d'hommes dont l'engagement politique révolutionnaire était pris en exemple par les jeunes voire les frères Inal dont le Chahid Sid'Ahmed alors professeur au collège De Slane, Abdelkader Guerroudj, Mohamed Gnanèche... Il était profondément attaché à la figure et au souvenir symbolique du professeur Sid Ahmed Inal un militant progressiste mort sur les champs de bataille durant la révolution et dont il gardait la fascination. Omar Dib comme beaucoup de jeunes de son temps était marqué par le courage de ces hommes de conviction engagés dans les idées par à la fois l'écrit, la parole et l'action et qui ont marqué le paysage politique et culturel de la vieille cité des Zianides. Omar Dib le dernier gérant attaché à la bibliothèque ‘'les Amis du livre‘' qui, depuis sa création, en 1927, a servi de véritable foyer à l'émergence de personnalités militantes et révolutionnaires de différentes obédiences politiques appartenant à la mouvance nationaliste. En tant que dernier sociétaire-gérant de cette bibliothèque ayant fait longtemps de bastion libre de la culture sous l'occupation, il fera partie de l'équipe qui a contribué en tant que jeunes parmi l'élite de la cité au succès de la première quinzaine culturelle de la ville de Tlemcen, en 1966, et qui a vu la participation de grands noms de l'art et de la culture en Algérie : Mouloud Maameri, Kateb Yacine, Hachemi Tidjani, Mohamed Khedda, Bachir Yellès, Abdelmadjid Meziane, Denis Martinez, Choukri Mesli, Alfred Bérenguer …

C'est la fréquentation de cette bibliothèque et au milieu de ses livres qu'il s'instruit forgeant sa culture très proche du peuple enfin, sa sensibilité nationale qui puise ses racines dans l'histoire. Ce n'est pas par hasard si ‘'Koceil'' et ‘'Amazigh'' sont les prénoms dont il fit le choix pour ses deux fils.

Durant ses deux mandats électifs à l'assemblée populaire de la wilaya, Omar Dib inscrit dans l'action son nom en s'impliquant dans la vie politique, militant en faveur de la relance et du développement de la région. Le choix qu'il fit d'aider le progrès du secteur de la culture impulsa ses actions diverses en faveur notamment de la restauration et de la recherche archéologique avec l'ouverture pour la première fois de chantiers de fouilles à Agadir, Honaine, Mansourah…. Apportant par ailleurs aussi un soutien fort aux membres bénévoles chargés de l'organisation annuelle du festival national de la musique andalouse lancé en 1972.

L'ancienne société des Amis du vieux Tlemcen revivra à son initiative en faisant appel aux écrivains, journalistes et chercheurs pour des publication dans sa revue très prisée par les spécialistes en raison de la qualité des études faisant part de recherches effectuées dans les domaines de l'histoire, la littérature, l'ethnographie… Les dernières années de sa vie, il partagea avec le public de nombreux articles qu'il a publiés au journal ‘'Le quotidien d'Oran ‘', animant parallèlement aussi des émissions culturelles hebdomadaires sur les antennes de la radio locale. Omar Dib possédait un talent inédit dans l'art de la narration, d'où également son génie du conte de la pure tradition ancienne maghrébine dont on trouve la trace à travers la lecture de ses œuvres réunies pour la première fois sous forme d'un coffret édité sous l'égide du ministère de la Culture à l'occasion de ‘'Tlemcen capitale de la culture arabe ‘', en 2011.

L'intellectuel engagé Omar Dib a certes véritablement marqué son temps par à la fois son engagement et sa production, laissant l'image d'un homme forçant le respect et l'admiration de tous ceux qui l'ont lu ou côtoyé durant son passage à la vie. Ils garderont de cet homme de culture le souvenir d'un homme cultivé, aimable, d'une grande humanité.