Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Interdépendance du couple : musique-philosophie

par Rachida Kalfat Rostane*

Que ce soit à la Silicon Valley, à Singapour, à Lausanne, à Helsinki, ou partout ailleurs : aux Etats-Unis, en Asie et en Europe, l'hybridation est devenue le nouveau slogan, «motto», ou la nouvelle devise des universités qui se soucient de leur productivité, de leur rendement et de leur efficience scientifique. C'est qu'elles sont convaincues que seul le décloisonnement des disciplines permettra de résoudre les problèmes toujours de plus en plus complexes que pose notre siècle...

À vrai dire, comme partout ailleurs à travers le monde, le décloisonnement, faut-il le souligner avec force, devrait-être le point commun à tous les travaux en système d'information et de connaissance, de par le fait qu'il correspond au souci d'assurer une transversalité des sciences, au sein des communautés universitaires en général, et algériennes plus particulièrement. Plus que partout ailleurs, chez-nous qui avons accusé un retard considérable dans les différents domaines de la production scientifique, et pas que, dans celui des sciences humaines et sociales, cela devrait-être une préoccupation majeure de l'heure. Pour ma part, je suis convaincue qu'il y a là une nécessité absolue à favoriser la coopération entre acteurs, d'ici et d'ailleurs, et à fédérer dans l'intérêt bien compris de notre communauté nationale, les initiatives de convergences autour des mêmes objectifs.

Il s'agit en fait de sortir au plus vite de la cette politique universitaire à caractère très «isolationniste» et ô combien désastreuse, dans la mesure où le cloisonnement bloque toute démarche cognitive et méta-cognitive pour l'évolution de la pensée, et le progrès de nos universités si elles restent recroquevillées sur elles-mêmes, en faisant fi de leur adhésion au progrès de l'humanité tout entière, dans un même élan de solidarité au sein de réseaux nationaux, régionaux et internationaux d'échanges et de recherche de complémentarités dans l'intérêt de tous les partenaires.

Oui ! l'objectif est de chercher à s'inscrire de façon résolue dans l'universalité du savoir, qui commande notre ouverture tous azimuts sur le monde des sciences et de la connaissance ! Notre volonté est donc de faire en sorte que soient activés les circuits qui mènent à ce «shi3ar», ce «slogan» rassembleur et exclusif de nos universités, et celle de Tlemcen bien sûr, afin d'essayer de construire le sens d'«Al tamyiiz». L'interdisciplinarité de la recherche doit être largement pratiquée, car une seule discipline ne peut à elle seule tout expliquer! C'est dans ce contexte qu'il est judicieux, dans notre cas, d'allier la musique à la philosophie.

Or paradoxalement, la philosophie «mère de toutes les sciences» est née de la musique puisqu'elle porte en elle les germes de la philosophie ! En effet, pour tous nos philosophes musulmans, la musique est une science et ils l'alignent au même titre que la médecine, la géométrie, l'algèbre, la mathématique, la chimie, l'optique, la physique, la pharmacopée… À ce propos, Ibn Sina' signale dans son : «kitab al shifa» ou le livre de la mathématique qui traite de la musique : «…Ce traité, dit-il, donne à réfléchir aux esprits clairvoyants, il n'est pas fait pour les ignorants. C'est un précieux travail de pensée bon pour exciter l'émulation parmi ceux qui recherchent la science…»

En effet, la musique et ses affinités dialecticiennes avec la philosophie, nous invite à comprendre son langage musical qui reste encore à définir et à replacer dans son contexte originel musical. Aujourd'hui aussi, il est à se demander si nous pouvons faire fi de la philosophie et de la coalescence avec la musique, loin de l'équivocité métaphysique et morale platonicienne, et de l'esthétique musicale: l'oermestia ? C'est pour essayer de comprendre le fondement de cette interdépendance que le Laboratoire de phénoménologie du département de philosophie de la faculté des sciences humaines et sociales de l'université Abu Bakr Belkaïd de Tlemcen organise les 16 et 17 avril 2018 un colloque international sur : «Pour le décloisonnement et la transversalité des sciences» à la salle «Abu al Quacem Sâadallah».

Il faut dire que quand on évoque la question de l'interdépendance du couple : «musique-philosophie», bien des questions taraudent notre esprit ! En effet, comment penser que ce qui fait sens dans l'exposition de la pensée au sujet de la musique n'est qu'une interrogation liée à l'essence de la musique plus qu'à sa définition, sa structure et sa composition ? Comment aussi la musique, mot d'emprunt par les Grecs à la muse Oetrerpe de notre Mésopotamie dite hadra et tarab dans notre patrimoine musical arabo-musulman, incarne-t-elle l'essence de l'affectivité qui sensibilise les sens (le cœur, l'affect) et la réflexion (le cerveau, la rationalité) qui nous convoque pour saisir la sublimante audibilité de l'être ?

Ces interrogations, nées de la problématique de ce colloque structuré autour de quatre thèmes que sont : la proximité de la philosophie à l'objet musical, l'approche philosophique de la fusion des genres musicaux, l'anthropologie philosophique de la musique et de la philosophie antique à la musique quantique contemporaine, tenteront de trouver des réponses et des pistes nouvelles de réflexion, à la faveur de la présentation des travaux de chercheurs nationaux et internationaux et des débats qui s'en suivront, très certainement !

Le colloque «Pour le décloisonnement et la transversalité des sciences» organisé à l'initiative du département de philosophie, a pour ambition de rassembler une communauté de chercheurs nationaux et internationaux de divers horizons des sciences humaines les disciplines concernées. Il a pour finalité de favoriser les échanges, en confrontant des regards et des pratiques, mêmes les plus singulières. Cette manifestation souhaite rassembler une commune exigence.

Celle de nouer un dialogue entre chercheurs autour des questions abordées sous des regards parfois très différents, mais enrichissants à plus d'un titre, faut-il le souligner.

En ce début du XXIe siècle, les conférences internationales sont devenues un passage obligé pour les doctorantes et doctorants dans tous les domaines scientifiques. Il faut y être ! Il faut présenter un papier ! Participer à une conférence internationale permet de se représenter de manière la plus précise, exhaustive et actuelle possible, l'état des connaissances dans le domaine auquel on s'intéresse ! C'est une occasion d'appréhender les recherches en cours, c'est-à-dire les objets d'étude et les problématiques ! La participation à un colloque international offre l'opportunité d'écrire et de présenter un article en anglais, et ce n'est pas négligeable sur le marché du travail scientifique et bien au-delà ! Participer à une telle manifestation est un vecteur d'intégration au sein d'une communauté scientifique.

De même les échanges informels que l'on peut avoir avec des chercheurs dans un couloir entre deux panels, à la fin d'une journée autour d'un café, sont certainement de riches et précieux moments de socialisation, plus encore que les retours obtenus à la suite de la communication que l'on peut faire. Les chercheurs semblent plus disposés à échanger, à discuter de leurs recherches et des vôtres, de l'excellente communication faite une heure plus tôt, de celle médiocre la veille. Ces échanges permettent d'être reconnus et peuvent conduire à intégrer des réseaux scientifiques, voire à évoquer de futures collaborations (d'où l'intérêt de se préparer sérieusement).

En conclusion, au même titre qu'une charge d'enseignement, que la rédaction d'un article dans une revue à comité de lecture ou que l'organisation d'activités scientifiques au sein de son laboratoire, la participation à une conférence internationale peut s'avérer une expérience doctorale formatrice. Alors ! bienvenue à toutes celles et tous ceux qui cherchent à se frayer une place dans la communauté scientifique, en adhérant à ses normes et principes …

*Présidente du colloque