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Marché Parallèle: Nouvel accès de fièvre de l'euro

par Yazid Alilat

Nouvel accès de fièvre de la monnaie unique européenne sur le marché parallèle des devises, à 210 dinars, en fin de semaine, alors que le billet vert reste stable, avec une légère baisse du cours officiel.

Même si les places fortes du marché parallèle des devises restent calmes, à l'instar de celle du Square Port Said, la principale en fait, quelques frémissements spéculatifs sont enregistrés cependant, autant à Alger qu'à Oran, Blida, Constantine ou Annaba, où les acteurs du marché parallèle grappillent quelques dinars par rapport au cours parallèle moyen.

Et, surtout, par rapport au square Port Said, qui sert, en fait, de boussole à toutes les autres places du marché parallèle des devises, en Algérie. Une application mobile dédiée à ce marché du Square Port Said est consultable à tout moment, par les acteurs de ce marché, mais surtout par ceux, résidents, en Algérie ou à l'étranger, qui veulent acheter et vendre des devises, en particulier le dollar et l'euro, accessoirement la livre sterling.

A Blida, le marché est cependant «calme», avec peu d'opérations et d'acheteurs, les gros investisseurs, ayant déjà fait des achats, en début d'année dans le sillage des mesures fiscales contenues dans la loi de Finances 2018, en particulier le gel de l'importation de plus de 900 produits. Mercredi dernier, l'euro, selon le cours officiel de la Banque d'Algérie, était à 141,12 DA à l'achat et à 141,15 à la vente, soit en hausse par rapport à la dernière cotation du lundi 5 mars. A cette date (5 mars) la devise européenne prenait 0,18% à 139,65 dinars.

Pour la même journée du lundi 5 mars et en ouverture au fixing du marché des changes parisien, l'euro valait, selon le site ‘'Boursorama'', 140,43 DA, avec un plus haut en milieu de séance à 140,69 DA contre un plus bas de 140,21 DA. L'euro avait clôturé, vendredi 2 mars, à Paris à 140,43 DA. Par contre, le dollar est en petite baisse mais stable, par rapport au dinar, selon le cours officiel de la Banque d'Algérie, qui le cotait, pour la séance du 8 mars, avec une valeur allant au 12 mars, à 113,7973 DA, à l'achat et de 113,8123 DA à la vente. Une semaine, auparavant, le billet vert valait, au cours officiel toujours, 114,18 DA, soit un recul de 0,36 DA.

Par contre, sur le marché parallèle de la devise, les cours restent hauts, que n'expliquent pas avec une grande clarté les revendeurs. L'application mobile du marché du Square Port Said d'Alger indiquait déjà le 28 février que l'euro était vendu à 208 DA et acheté à 207 DA, contre 170 DA pour un dollar à la vente et 160 DA pour un dollar à l'achat. Mais, mercredi 7 mars 2018, sur le marché ‘'physique'' du Square Port Said, les revendeurs, installés dans les ruelles de la rue de la Liberté ou de l'Avenue Abane Ramdane, proposaient, changement de ‘'temps'', avec une hausse brusque à 210 DA l'euro contre 171 DA pour un dollar. Le rebond de l'euro est à lier avec les dernières déclarations du ministère des Affaires religieuses, qui a pratiquement donné le ‘'top'' pour le début des opérations d'achats de billets d'avion, du dépôt des frais du Hadj et des formalités administratives. D'autre part, la livre britannique cotait en moyenne 234 DA à l'achat et 231 DA à la vente. «Il n'y a pas d'explication réelle et rationnelle à donner» sur la hausse ou la baisse des cours des devises sur le marché parallèle, explique un revendeur, installé au marché «des Français», dans la vieille ville de Blida. Il estime cependant, que «les événements, comme les vacances ou les départs aux Lieux Saints sont un facteur explicatif, mais pas suffisant». Effets de spéculation ? Les revendeurs restent évasifs. D'autant que les cours sont, légèrement, différents d'une région à une autre. Au sein des places fortes du marché parallèle des devises à Oran, la cote de l'euro est à 209 DA, avec des hausses minimes entre l'est et l'ouest du pays. Le dollar, quant à lui, est revendu à 171 DA à l'ouest, notamment à Oran.

Bref, le marché parallèle des devises semble se ramasser et offrir à la demande des parités, plus ou moins homogènes et régulières, mais dans une fourchette haussière sans direction fixe, que l'on soit à l'Ouest, au Centre ou à l'Est. L'euro a, par ailleurs, enregistré une hausse moyenne de presque 8 dinars depuis le début du mois de mars par rapport à l'euro, 209 DA en moyenne contre 201 à 203 DA pour un euro entre le mois de janvier et février. «L'approche des vacances de printemps, et surtout les premiers dépôts des frais du Hadj prévus à partir du 18 mars prochain, peuvent expliquer cette reprise à la hausse des cours de l'euro», explique au «Le Quotidien d'Oran' un «opérateur» sur le marché parallèle des devises.

Il y a aussi, laisse-t-on entendre dans les milieux du change parallèle, la demande des importateurs, qui impacte fortement, à la hausse, la valeur de l'euro, alors que très peu de quantités circulent sur ce marché, alimenté principalement par l'émigration, les pensions et retraites, ou des pensions d'invalidité perçues par les Algériens, auprès des organismes français de sécurité sociale ou de caisses de retraite françaises. Le marché de la devise reste, ainsi, orienté constamment à la hausse, d'abord par rapport à la faiblesse du dinar, face aux principales devises, ensuite que la dotation touristique reste dérisoire, actuellement ,autour de 100 à 105 euros, une fois par an. Le vice-gouverneur de la Banque d'Algérie Djamel Benbelgacem avait confirmé, fin février dernier, que les autorités monétaires ont bien déprécié la monnaie nationale face à la progression de la monnaie unique européenne sur les marchés des changes. «En moyenne annuelle, la baisse n'est que de 7%. Et, si on prend la fin de la période de 2016-2017, il perd (le dinar, Ndlr) 15% par rapport à l'euro.» En outre, il a également affirmé que pour le moment et même les années à venir, il n'y aura pas de changement dans la dotation touristique annuelle pour les Algériens. «Il y a 10 millions de passeports, entre 2 et 4 millions de touristes algériens qui vont à l'étranger. Si on augmente cette allocation, ce serait des prélèvements supplémentaires sur les réserves de change, qu'il faut absolument préserver. Nous ne sommes pas dans une situation où on peut augmenter cette allocation», a t-il expliqué.