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La directrice de l'éducation de la wilaya de Blida: « La grève a été montée de toutes pièces »

par Ghania Oukazi

«J'accomplie ma mission avec beaucoup de rigueur, de conviction et d'abnégation, mais je constate que la rigueur dans le travail et l'application des lois et des règlements dérangent », déclare avec regrets la directrice de l'éducation de la wilaya de Blida.

«J'ai un magister en microbiologie, j'aurai pu être ailleurs, mais je suis là, dans le secteur de l'Education nationale auquel j'ai beaucoup donné et je donne toujours, aujourd'hui le syndicat gréviste réclame mon départ, s'il a des preuves de situations incorrectes qu'il les présente», estime Ghenima Ait Brahim. Elle se dit persuadée qu' «il n'y en a aucune, nous avons assuré les salaires de l'ensemble des personnels jusqu'à janvier 2018, avec les rappels de septembre à janvier dernier, nous avons 3.093 nouveaux recrus entre les services pédagogiques et ceux administratifs, pour être à jour et pouvoir suivre toutes les situations, nous avons des fiches de liaison, différents comptes sociaux pour permettre aux professeurs d'exprimer librement leurs doléances, la grève a été montée de toutes pièces». Ghenima Ait Brahim a été installée en tant que directrice de l'éducation à Blida en octobre 2014. «J'ai pris cette direction où seule l'autorité des membres du Cnapeste primait, l'administration était complètement absente, c'est ce syndicat qui gérait, nommait, sanctionnait après le départ de ma collègue (suite à de nombreux problèmes), mon arrivée à Blida était pour redresser la situation professionnelle et la prise en charge des problèmes posés par les fonctionnaires, les problèmes socioprofessionnels étaient importants à fin 2014», rappelle-t-elle.

«Le Cnapeste a demandé mon limogeage»

«J'ai enseigné la biologie dans le secondaire pendant 25 ans, j'ai fait 4 ans de censorat, 4 autres de provisorat, une année en tant que secrétaire général dans la wilaya de Tipaza, j'estime que j'ai un parcours modeste mais qui m'a permis de savoir ce qui se passe à chaque échelon du secteur de l'éducation», fait-elle savoir. Notre interlocutrice affirme que «au regard de la lourdeur et la charge des problèmes socioprofessionnels des fonctionnaires à Blida, j'ai fait appel aux partenaires sociaux, précisément les 7 syndicats du secteur en plus de la fédération et l'association des parents d'élèves». Elle cite entre autres problèmes «le non paiement pendant deux ans des suppléants ainsi que des professeurs, retard dans les promotions, des titularisations non visées, au niveau de la direction, personne n'était à sa place(…), le syndicat faisait à l'époque la loi, nous avons alors disséqué l'ensemble des situations sur la base d'un planning établi conjointement avec les 6 syndicats». Elle souligne que « le syndicat non content (Cnapeste, ndlr) a appelé le PAPW pour demander mon limogeage après deux semaines de mon installation, je ne l'arrangeais pas». Entre octobre 2014 et mars 2017 «nous avons travaillé avec acharnement avec l'étroite collaboration du trésorier, du contrôleur financier et de la fonction publique en plus de la réunion que nous avons eue à la wilaya et au ministère». Entre autres objectifs atteints «la remise en ordre de la direction, l'organisation des jours de réception, la nomination des différents chefs de service (7) ainsi que celle d'une secrétaire générale actuellement en poste au ministère de tutelle (….).» Un grand nombre «d'irrégularités» ont été constatées par la directrice mais elle préfère, dit-elle, «ne pas en parler». Décembre 2015 «les choses difficiles pointent», dit-elle. «Au moment où la pression du travail était énorme sur les chefs d'établissement et aussi la centrale, le SG ou précisément l'actuel coordinateur du Cnapeste (qui était détaché de son poste de professeur) part en France sans aviser ni le ministère ni l'académie, ni même le bureau national du syndicat (sauf si on ne me l'a pas dit).

«On ne prend pas des élèves en otage»

Avril 2016, le syndicat a organisé les élections des membres de son bureau national, il y participe à partir de l'étranger, il est élu (…), je lui envoie 3 convocations mais sans réponse, il est alors remplacé par celui qui vient après sur la liste des candidatures et ce conformément à la loi en vigueur, chose qu'il n'a pas acceptée». Septembre 2016 « son contrat de détachement expire, j'ai attendu son retour de France pour qu'il revienne à son poste d'origine mais le bureau national renouvelle son contrat. Entre-temps, son adjoint, membre du BN agresse le directeur d'un CEM parce qu'il lui a interdit conformément à la loi l'entrée du CEM pour une réunion avec les professeurs alors qu'il n'avait pas d'autorisation. Le directeur agressé dépose plainte, le syndicaliste écope d'une année de prison avec sursis en plus d'une amende, l'affaire est actuellement à la Cour suprême. Nous avons procédé à la suspension de l'agresseur et du coordinateur qui se trouvait toujours à l'étranger. Le ministère intervient en novembre dernier pour reprendre le membre du BN en justice avec le directeur. Le coordinateur, lui, était rentré de France en juin 2017». «J'ai des documents officiels qui prouvent les dates de ses sorties et entrées du territoire national, durant toute la durée de son absence, il a perçu 19 mois de salaires et primes de rendement. Il était revenu pour déclencher la grève. Le Cnapeste entame son mouvement de grève en novembre 2017 sous prétexte entre autres motifs «entraves à l'exercice du droit syndical, j'ai dit que c'était vague comme accusation, j'ai donc proposé de nous réunir, le wali et l'association des parents d'élèves sont intervenus, mais en vain, il refuse tout contact. Il demande une commission ministérielle le 18 janvier dernier mais il s'est retiré de la réunion. J'introduis une action en justice, la grève est déclarée illégale, le syndicat n'en prend pas cas, j'ai décidé alors d'appliquer à la lettre le décret exécutif du 2 nombre 2017 relatif à la radiation après abandon de poste, 13 jours après l'envoi de mises en demeure, nous avons procédé à la radiation des enseignants grévistes. Il y a eu tout de suite après installation de commissions d'inspecteurs pour différentes matières en vue de constater l'avancement des programmes scolaires et savoir où on en est. Le PV dont le syndicat parle a été signé le 18 janvier 2016 suite à une grève de 17 jours, il contient des revendications socioprofessionnelles en plus de la demande d'une commission paritaire pour le cas de celui qui était en France et le membre poursuivi en justice. A partir de janvier 2017, je ne pouvais plus dialoguer avec ce syndicat puisque deux de ses membres étaient suspendus, le BN devait prendre des mesures contre celui qui a frappé le directeur (…). Ceci étant, nous avons bien travaillé avec les 6 autres syndicats. » Sa conclusion «ceux qui ont voulu précipiter l'école dans le pourrissement l'auront certainement toute leur vie sur la conscience, on ne prend pas des élèves en otages pour régler des problèmes personnels. L'histoire retiendra que des enseignants l'ont fait sans état d'âme.»