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Salon international de la pêche et de l'aquaculture: Construction navale… des ambitions et des contraintes à la pelle

par Mokhtaria Bensaâd

Malgré la politique de développement du secteur de la pêche adoptée par le gouvernement, la production navale se plaint «du naufrage administratif» qui freine ses ambitions de développement et aussi ses projets d'exportation. L'ouverture jeudi du Salon international de la pêche et de l'aquaculture, co-organisé entre le ministère de l'Agriculture du Développement rural et de la Pêche et le Centre des conventions d'Oran (CCO) a levé le voile sur ce secteur et aussi sur le marché de la construction de bateaux de pêche, une profession qui se transmet de père en fils. C'est le cas de la Sarl El Rabie, spécialisée dans la construction navale. Une société familiale, créée en 2015 après une longue expérience du père en tant qu'armateur. Le gérant de la société, rencontré au salon, bien qu'optimiste sur l'avenir de ce créneau, n'hésite pas à dévoiler des contraintes et problèmes qui mettent des battons dans les roues de cette profession. Importation insuffisante de matière première, lenteurs administratives pour la démolition des épaves, taux élevé de la TVA et défaillance des clients ANSEJ et CNAC. La production navale peine à prendre le large dans ces conditions, malgré la bonne volonté des constructeurs de navires.

Une soixantaine de fabricants de navires et une majorité versés dans la réparation

L'importation de la boiserie, l'acier et les peintures n'est pas fluide, selon ce gérant, et la production locale de ces matières premières reste insuffisante pour satisfaire les besoins des constructeurs navals. Ajouter à cela, la procédure complexe pour l'obtention du PV de démolition des épaves par l'armateur pour faire ensuite une commande de fabrication d'une coque en conservant les même papiers de propriété. «Cette procédure peut durer de un jusqu'à trois ans. Comme l'armada des bateaux est très ancienne et nécessite un renouvellement, les constructeurs ainsi que les armateurs font face à un dilemme». Certains constructeurs se sont consacrés juste à la réparation de navires et délaissé la construction à cause de ces problèmes et des lenteurs administratives pour la livraison des moteurs de bateau. «Un moteur fait 4 mois pour arriver. Ce qui se répercute sur le délai de réalisation. Au lieu de fabriquer une barque en 2 mois, je le fait en 5 mois», regrette ce gérant. Pour cette société créée en 2015 et spécialisée dans les embarcations de 12 et 14 m, le but est d'arriver à produire un produit 100% made in Algeria. Le seul bémol qui empêche à atteindre cet objectif réside dans la motorisation et l'équipement de navigation qui sont encore importés. Pour ce faire, la société fait actuellement des démarches pour qu'une entreprise italienne, spécialisée dans les moteurs à bateau, soit installée en Algérie

La TVA à 9%, une contrainte pour les armateurs

Concernant le prix des navires fabriqués, notre interlocuteur nous a expliqué qu'en fait les prix diffèrent entre une coque équipée de matériel de navigation et une autre dépourvue. Rien que pour le matériel de navigation, le prix peut atteindre jusqu'à 10 millions de dinars. Pour les armateurs, il est préférable de prendre en charge le matériel de navigation à titre personnel afin d'éviter de payer les 9% de la TVA. Et pour cause, la société de production navale achète la matière première à 9% de TVA et vend le produit à ce même taux de TVA. «Ce qui n'est pas rentable pour l'armateur», à précisé le gérant. Une situation qui a divisé la corporation entre les fabricants qui travaillent au réel et ceux qui travaillent au forfaitaire. La corporation se plaint également de l'importation des bateaux qui crée une concurrence déloyale avec la production locale et aussi du taux des taxes, considéré élevé.

Les entreprises de production navale plaident pour une autorisation d'exportation

En créant notre société, nous avons voulu rattraper tous les défauts qui existent dans d'autres embarcations, nous dira le gérant de la Sarl El Rabie, grâce à notre expérience dans le domaine car un constructeur qui n'a pas d'expérience, ignore les défauts d'un navire.

Sur l'exportation du produit, il a souligné que «maintenant que nous maitrisons les techniques de production et aussi la technologie, nous voulons juste une ouverture pour avoir l'autorisation d'exporter. Nous avons déjà demandé l'ouverture d'une enveloppe d'exploitation pour que notre produit soit connu à l'étranger».

L'autre problème auquel sont confrontés les producteurs navals est le traitement avec les clients ANSEJ et CNAC. En effet, les bénéficiaires de financements dans le cadre de ces deux dispositifs présentent un apport initial insuffisant pour le lancement de la fabrication d'un navire. Ce qui met le constructeur dans l'embarras, nous a expliqué notre interlocuteur. «Les clients ANSEJ et CNAC sont incapables de payer 900 millions de dinars pour une coque. Ils ne versent que 900 mille dinars. Une somme qui ne couvre même pas l'achat de la matière première». C'est pourquoi une réunion a été organisée entre les producteurs et la direction de l'ANSEJ pour discuter de ce problème et essayer de trouver les solutions, soit augmenter l'apport initial à 50%. Sur ce point, le gérant a expliqué que «les producteurs sont hésitants avec les amateurs de pêche et non pas avec les armateurs qui, eux, connaissent bien le secteur de la pêche».

D'autre part, à l'ouverture du Salon, le ministre de l'Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Abdelkader Bouazgui, a affirmé que le secteur de la pêche et de l'aquaculture connaîtra un saut quantitatif et qualitatif dans les années à venir qui sera traduit par une production additionnelle de 100.000 tonnes. Il a souligné que plus de 250 dossiers pour l'investissement dans l'aquaculture marine et continentale, sont en étude à la direction générale de la pêche et de l'aquaculture. Sur la pêche à la dynamite, le ministre a estimé qu'il s'agit de cas isolés, dont la charge revient aux services de sécurité, rappelant que ce genre de dépassement est passible de sévères sanctions, allant de la saisie du matériel de pêche, jusqu'à des peines de prison.