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Quel rôle pour le Conseil supérieur de l'éducation nationale (Suite et fin)

par Chaîb Aîssa-Khaled *

Dès lors, cet esprit ne se laissera pas prendre en laisse par l'équivoque et l'improvisation. Dès lors, il s'inscrira activement engagé dans la dynamique de l'épanouissement du rationnel afin qu'il prenne du pas et préside à la gestion de ses entreprises. Dès lors, ses aspirations bien comprises et ses ambitions bien pensées lui conféreront le privilège de s'amarrer, en toute quiétude et en toute liberté, à la modernité pour y évoluer en éprouvant le sentiment de lui être utile. La substance informative que distille l'enseignement des sciences étant une accumulation de relations et de fonctions créée par une succession de vérités, elle apprendra à l'élève à savoir faire pour pouvoir composer avec les réalités d'une part et d'autre part, à ne pas faire des vérités établies des exclusivités immuables, des vérités figées du fait qu'elles sont perpétuellement disponibles à des amendements.

L'organisation de l'enseignement des sciences

Organiser l'enseignement des sciences, c'est éviter d'en faire un enseignement «enseignemental», un enseignement sans support risquant par conséquent d'accabler l'esprit par une masse d'informations inassimilables. Organiser l'enseignement des sciences, c'est permettre à l'esprit de se déployer pour délecter sa victoire sur l'ignorance. C'est donc le mettre au régime de la vérité. Il se sentira dès lors mené, peu à peu, vers la créativité et l'innovation en usant d'essais édifiants et de vérifications scientifiques. Ainsi, il acquerra progressivement les nuances au moyen desquelles il pourra lier le nouveau à l'ancien, associer la cause à l'effet et communier avec l'hypothèse et la conséquence. Il apprendra en somme, à intégrer le savoir conquis dans les actions qu'il entreprendra.

L'élève aspirant, par nature, à devenir un être libre pour que se produise, en lui, son individualité, l'Ecole intelligente au moyen de la pédagogie qu'elle «ne jettera pas» mais dont elle usera à bon escient, s'évertuera à faire en sorte que les disciplines enseignées ne grefferont pas en son esprit des automatismes parce qu'ils le comprimeront et empêcheront ses manifestations intellectuelles et mentales de s'accomplir. De ce fait, tout enseignement s'il n'est pas organisé dans son fond et dans sa forme, restera «automatisant» et par implication, banalisé et superficiel. Il est donc évident qu'en s'organisant, l'enseignement des sciences évolue. Est-il évident que les composantes de l'intelligence, (la réflexion, la curiosité, l'imagination, l'analyse, la synthèse, le jugement, le raisonnent), évoluent en parallèle ? Là est l'impact pédagogique attendu.

Il importe alors à la gestion de l'acte pédagogique d'assurer cette symbiose intellectuelle, en appelant à l'attention, en subjuguant l'intérêt et en équilibrant leur rapport par des exercices d'appoint afin de leur éviter de progresser dans la dispersion. Cette loi fonctionnelle de la pédagogie est la base de la pratique des centres d'intérêt. Elle empêchera ainsi cet enseignement de s'effilocher et de se découdre de ses objectifs et de sa finalité au gré des disponibilités intellectuelles de l'esprit, mais de gagner en temps et en efficacité ce qu'il risquerait de perdre en étendue.

La pédagogie de l'enseignement des sciences

La pédagogie de l'enseignement des sciences, confortée dans ses principes par l'Ecole intelligente, s'insérant dans les limites d'une méthodologie spécifique à la transmission des messages, usera de supports didactiques indispensables à l'énergisation de l'intelligence entre autres : l'animation de la volonté, les prolongements de la curiosité, la percutance de l'imagination, la pertinence des intérêts. Elle permettra ainsi à l'esprit de capter ces messages en y dissociant l'essentiel du secondaire. Elle développera pour ce faire la stratégie suivante :

-Eveil de l'intérêt en mettant l'esprit dans une situation propre à susciter son besoin d'autopsier les messages.

-Ce besoin déclenchera une réaction propre à le satisfaire.

-Les connaissances déjà agencées dans son champ aperceptif, contrôleront cette réaction en la focalisant sur l'objectif visé.

Dès lors, il se sentira en mesure de gérer ses capacités d'analyse, de synthèse, de critique, de discernement. Dès lors, il saura associer la clarté au rationnel. Dès lors, il s'évitera de faire du présent «une destination finale» mais une contingence qui l'aidera à engager ses intérêts pour conquérir une inconnue supplémentaire. Dès lors, la violence de ses désirs épars fera place à ceux qu'il aura préparés et conditionnés. Dès lors, il se livrera à une activité qui se définira dans la faisabilité de son contenu. Dès lors, justesse, précision et vérité deviendront le quotient du rapport attention / intérêt dont la mobilité sera le moyen dont disposera l'esprit pour pouvoir baliser la prudence dans les restrictions qu'il entreprendra en vue de rentabilité intellectuelle, ou dans la levée des contraintes imposées par toute limitation susceptible de freiner son ambition d'efficacité.

But utilitaire de l'enseignement des sciences

S'opposant à ce que l'élève se fige dans des acquis parcellaires donc inévitablement exposés aux injures de la précarisation, l'enseignement scientifique qui lui sera dispensé conformément aux principes de la feuille de route sus-développée, l'impliquera dans la conception de ses besoins intellectuels et dans l'organisation de ses structures intellectuelles, (réflexion, analyse, discernement), nécessaires à leur satisfaction. Pour ce faire, la pédagogie qui lui sera subséquente :

- nantira l'esprit des aptitudes pratiques de recherche et d'investigation ;

-aiguisera son intelligence spéculative en la réhabilitant dans sa mission originelle, (explorer l'abstrait, affermir le raisonnement logique et le jugement méthodique, hiérarchiser son corps de pensées).

Il est universellement admis que l'environnement socioculturel est la plate-forme sub-civilisationnelle sur laquelle fleurit et évolue l'environnement socio-économique, le Conseil supérieur de l'éducation nationale par le truchement du programme «Ecole intelligente» se chargera de restructurer et de revaloriser l'esprit scientifique, (quelque peu estompé), de cette plate-forme pour la mettre au diapason de l'actualité.

A la lumière de cette mission, l'enseignement des sciences, se confortant dans une méthodologie promotionnelle, visera à développer l'homme nature-humaine, (parce que science sans conscience n'est que ruine de l'âme), en lui apprenant à dévier l'introversion et le conformisme conservateur susceptible de générer la rétrogradation de la mentalité et à ne plus aborder les réalités futures en usant d'une simple abstraction sensuelle ou intuitive. Maîtrisant dès lors ses activités de recherche, d'investigation et de prospection, d'abstraction et de conception, il acquerra la signification du réel et celle du factice, il précisera et élargira sa liberté d'agir, il dissoudra les pesanteurs qui anarchisent ses intérêts et ses besoins. Elevé dès lors au rang de promoteur de vérités exploratives en quête de vérité absolue, (toute vérité conquise étant relative), et inscrivant à son crédit une stratégie technico-pédagogique appelée à préparer à l'innovation innovante, l'enseignement des sciences se détournera de tout ce qui est anecdotique et accessoire pour s'orienter vers le perceptible, le rationnel, le significatif, le perfectible. Il explicitera ce qu'elles (les vérités exploratives) renferment comme complexités ou contradictions. Il légalisera le singulier découvert par l'esprit comme étant le début de son efficacité. Il aidera ce dernier à obéir à son autonomie, à trouver sa voie dans le tumulte de la modernité et du progrès et à définir sa position vis-à-vis de la hardiesse de l'ère technologique.

Conception et élaboration des programmes scientifiques

La conception des programmes scientifiques et technologiques, selon l'Ecole intelligente, est une opération complexe puisqu'elle ne se suffit pas à cette étape, elle entend être élaborée. En effet, elle devra tenir compte :

- du but assigné à l'enseignement des sciences : en l'occurrence la promotion de la mentalité scientifique ;

- de son objectif : en l'occurrence le développement de l'intelligence spéculative ;

- de sa finalité : en l'occurrence la formation du citoyen apte à évoluer au rythme de l'international.

La conception des programmes scientifiques répondra à la hiérarchie des exigences imposées par «le cursus honorum» pour pouvoir accéder à «la cour des grands». L'élaboration de cette conception se fera selon des études objectives, échelonnées méthodiquement comme suit :

- Refléter un caractère pratique en vue d'inciter l'esprit au discernement dans toutes ses activités de recherches ;

- initier l'esprit à une méthodologie équilibrée et rationnelle dans ses observations ;

- apprendre à l'esprit à concevoir des idées novatrices ;

- apprendre à l'esprit à se projeter sur l'avenir, à être constamment en quête de vérités de moins en moins relatives.

L'intérêt que devront revêtir la conception et l'élaboration des programmes scientifiques et technologiques, résidera dans l'association de la clarté au rationnel. Ainsi, ils inspireront l'élève à améliorer la qualité de ses initiatives, stimuleront son élan créateur et animeront son désir pour le travail achevé. En d'autres termes, l'intérêt que devra revêtir cette conception est de faire des sciences et des technologies de solides instruments de formation qui ambitionneront à tenter de parfaire la nature humaine au plan de l'intelligence, du sentiment et de l'engagement. La didactique chargée de les accompagner devra lever toute équivoque dans l'orientation de l'esprit vers la grandeur et la noblesse de celui qui sait parce qu'il a su cerner la vérité, (combien relative), dans sa stricte rigueur.

La caractéristique par laquelle se singulariseront les programmes scientifiques et technologiques, est d'apprendre à l'esprit non seulement à réagir mais surtout à agir. Ils voudront qu'il réfléchisse, qu'il compose avec la vérité en éprouvant satisfaction, qu'il affirme ses décisions et qu'il édifie des jugements non conformistes.

Ces programmes ainsi conçus, se chargeront d'orienter la pensée abstraite tout en vitalisant la pensée logique, ce qui donnera à l'esprit la force de vivre ses observations et d'ordonner l'exécution de ses conclusions, conformément à un plan directeur auquel présideront le raisonnement sélectif et l'engagement réfléchi.

La valeur éducative et culturelle de l'enseignement des sciences est universelle

Apprendre à l'élève à croire en la valeur éducative et culturelle de l'enseignement des sciences, c'est pour l'Ecole intelligente, lui apprendre à croire en l'information objective qui doit l'éclairer sur les mystères de la nature et lui permettre d'en cerner les données, à chaque fois, avec un esprit nouveau, un esprit d'ouverture, d'analyse, de synthèse et de décision. Il saura alors s'éloigner des analyses illusoires et s'élever vers des constats sûrs parce qu'ils impliquent des conséquences justifiées. L'universalité de la valeur éducative et culturelle de l'enseignement des sciences étant, de par le monde, l'axe nodal de toute réforme scolaire créatrice de renaissance, le Conseil supérieur de l'éducation nationale soucieux de former le citoyen qui contribuera efficacement à l'édification d'une nation capable de s'insérer dans les rangs des privilégiés, ceux hautement industrialisés et créateurs de technologies, travaillera à entraîner l'esprit à abandonner sa tendance à sublimer sans raison, à fabuler sans conviction, à écouler sa subjectivité au détriment du vrai. Par ailleurs, il l'incitera à galvaniser son aptitude à discerner, à distinguer, à réussir des décompositions, à établir des relations réelles avec son environnement et à dissocier la conviction scientifique de l'intuition. La valeur éducative et culturelle de l'enseignement des sciences reste donc une valeur qui oriente la pensée analytique afin qu'elle s'écarte de toute forme d'extravagance et requière tous les aspects de la lucidité.

Il importera, par conséquent, à ce Conseil s'il viendrait à être institué, de contribuer à l'organisation du monde de l'enseignement scientifique et technologique en Algérie. Cela suppose qu'il doive définir et formuler une méthode pédagogique universellement admise, c'est-à-dire en mesure d'encadrer efficacement les activités de recherche en leur assurant le pouvoir d'aboutir au développement et à la réalisation des objectifs élaborés devant assurer à l'esprit un champ autonome de prise de décision et développer en lui des mécanismes incitatifs destinés à améliorer sa capacité d'intégration au sein de ce monde qui ne sera plus mythique.

L'universalité de la valeur éducative de l'enseignement des sciences étant l'impact prioritaire escompté par toute reforme éducative, l'Ecole intelligente en fera l'ultime instrument qui lui permettra de créer un environnement national, débarrassé du particularisme du sous-développement générateur des spasmes de la régression et de la frustration de l'inaccessible. Il reste entendu que cette universalité ne soit pas uniquement dominée par les buts qu'elle se propose d'atteindre. Elle s'impliquera dans une écoute attentive à tout ce qui pourrait être à l'origine de l'affaiblissement socio-économique national et proposera des thérapies. Faisant de l'enseignement des sciences et des technologies, le mobile du développement de l'esprit et de la personnalité, le Conseil supérieur de l'éducation nationale au moyen d'une école intelligente formera le citoyen en mesure :

- d'offrir des prestations de qualité, hardies, audacieuses parce que résolues ;

- de concevoir une nation capable de jouer dans «la cour des grands».



* Directeur de l'éducation - Auteur de 12 livres, (histoire immédiate d'Algérie–Pédagogie)

1- Enseignement formationnel: c'est un enseignement que l'enseignant ne dispensera pas avec pour seul souci de «s'écouter parler», mais qui s'appréciera par la rigueur dans la formation de l'esprit critique, par son efficacité dans l'épanouissement de ses aptitudes et l'accomplissement de ses attitudes, par l'affermissement de la volonté et l'enrichissement de la personnalité, par l'orientation qu'il fera prendre au rapport attention / intérêt modulateur de la perfectibilité intellectuelle. Fécondant le sentiment par la raison, cet enseignement apprendra à l'esprit à dompter les mystères de la nature. Il permettra de la sorte à celui qui le recevra de réunir le maximum de conditions pour pouvoir s'investir dans l'actualisation de ses acquis et de son expertise. Il est non seulement une science mais aussi un art, une action pratique.

- Enseignement enseignemental est un enseignement informel, sans but, sans objectif et sans finalité. Il ne suscite pas la curiosité de réflexion et par conséquent, ne structure pas la mentalité scientifique –Raisonnement logique et jugement méthodique -.

2- Intelligence spéculative : intelligence qui mettra à nu la vérité, la rétablira dans sa légitimité et animera l'esprit pour qu'il démêle, au moyen d'une démarche intellectuelle, le vrai du faux, le légal de l'illicite, le réel du factice, l'essentiel du secondaire.