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Tourisme durable dans le monde et en Algérie, quel avenir ? (1ère partie)

par M. Bourad Mohamed *

L'OMT a décrété l'année internationale du tourisme le 27 septembre 2017, l'année du « tourisme durable », par le fait que le tourisme semble de plus en plus se soucier de trouver une approche plus efficace dans la gestion des actifs de manière à s'assurer une pérennité de l'activité et de participer de manière réelle, en mettant sa pierre d'achoppement dans la construction d'une économie et une croissance durable en impactant positivement les populations et les accueillants dans les divers pays du monde.

Le tourisme, porteur d'impacts négatifs sur les actifs naturels, eau, forêt air, semble se soucier également de son image, peu reluisante, de par les effets nuisibles qu'il génère dans le monde, usage de l'eau, urbanisation des côtes, flux importants sur des espaces réduits, pollutions de l'air par les activités de transports et de déchets importants générés par la branche hôtelière.

Néanmoins le tourisme dispose de grands atouts en matière de croissance, d'emplois, d'impacts des territoires, par la création de richesses et par également sa réponse sans cesse croissante aux besoins du monde des loisirs et du tourisme.



statistique de l'évolution du tourisme et son impact sur l'économie mondiale.

1.235 milliards de touristes à l'international, une augmentation de 3.9%.

une recette de 7.000 milliards de $ interne et externe en 2016.

soit 220.000$ par seconde.

ce chiffre représente 9% du PIB mondial.

L'industrie du tourisme est responsable de 5% des rejets du GES total des émissions de gaz à effet de serre.

L'exemple de la France 1ère destination mondiale

145 milliards d'euros de recettes dont :

98 de recettes nationales.

47 milliards de dollars de recettes externes et 7,2 % du PIB.

Source OMT



De ce fait, le tourisme devient de plus en plus une alternative pour rééquilibrer la relation des services avec les territoires touristiques et donner une connotation durable aux produits, aux espaces et aider les communautés d'accueil par des soutiens économiques et sociaux pour un transfert de revenus subsidiaires. Cette approche donnera vie à des territoires en les intégrant dans des schémas de développement et de mise en tourisme, ce qui permettra d'éloigner la désertification de certains espaces en milieu saharien, montagneux et côtier.

Par ailleurs, cette manière de développer un tourisme communautaire lui donne une attractivité chez le consom'acteur, certains analystes pensent que cette approche est une approche de marketing pour séduire de nouveaux segments des marchés et répondre à un souci d'une clientèle qui accorde de l'importance à l'environnement, la nature, dans sa diversité et à la faune et la flore dans les territoires.

Or certains voient ce phénomène s'inscrire dans la durée avec des populations plus regardantes aux impacts des activités touristiques sur les hommes et les territoires. Le tourisme semble être impacté par des modèles de consommation nouveaux, plus humains, plus responsables, partageant les excédents avec les autochtones au lieu d'aller vers les banques et les grands TO dont les chiffres d'affaires astronomiques ne laissent que des miettes aux pays d'accueil. Donner une importance aux écosystèmes, protéger les sites vulnérables, les sources, les lacs, les oueds, les étangs et toute la richesse hydrique des pays est un facteur essentiel de la démarche environnementale. De ce fait, la durabilité touristique se manifeste à différents niveaux dont les principaux sont :

1-Au niveau du bâti et des infrastructures hôtelières, aujourd'hui, une tendance se dégage sur le marché, pour intégrer la notion de durabilité dans presque toutes les infrastructures liées au tourisme, la transition énergétique est devenue un leitmotiv des politiques, pour amoindrir les coûts énergétiques et améliorer le cadre de vie et la qualité du Bâti.

2-De nouveaux matériaux sont apparus, des résines, des peintures des ferraillages, des colles et des ciments, des bétons qui tiennent compte de la nature de l'environnement et sont «amis de l'environnement.»

3-Dans les équipements aussi, dans les bois les PVC et tous les équipements d'hôtels de cuisines, les consommations d'énergie sont réduites, les composants sont moins polluants ainsi, les électroménagers industriels ont de plus en plus tendance à se mettre au « vert »

4-Les démarches environnementales sont d'ailleurs apparues dans beaucoup de chaines hôtelières : rationalisation et économie de l'eau, rationalisation de l'énergie avec la mise en place d'équipements non consommables d'énergie, lampes incandescentes, etc.

5-Tri sélectif, des rebus et rejets en développant une stratégie de recyclage en ville et par unités hôtelières qui amoindrissent de plus en plus l'usage des emballages de produits. L'énergie solaire est devenue un créneau porteur pour certains ensembles hôteliers qui s'autosuffisent.

6-Le tri sélectif des déchets par les hôtels et les resorts sont un facteur nouveau dans l'approche environnementale de l'industrie hôtelière ; certains ont même adopté la technique « papier 0 » par le fait des avantages qu'offrent de nos jours les TIC et l'outil informatique pour gérer les hôtels, les agences et TO.

7-Le côté sociétal et humain de la durabilité touristique se manifeste également par l'encouragement des petits producteurs d'aliments aux hôtels sans passer par les grands circuits de la distribution ; ainsi, nous voyons des producteurs de viandes, de légumes, de fruits, nouer des relations avec des chaines hôtelières et d'autres structures d'hébergement telles que les HPA.

8-La mobilité et l'accessibilité aussi commencent à être impactées dans le tourisme, en plus des études de maîtrise des coûts et des consommations du kérosène, pour le transport aérien de touristes ; les compagnies se soucient davantage de ces impacts désagréables pour la planète et sur l'air. Beaucoup d'acteurs ont opté pour le transport « vert », GNL voitures et cars électriques, pour accéder aux sites et éviter les carburants polluants « diesel essence » générant de grandes quantités de monooxyde de carbone, impactant de ce fait la santé des personnes, des animaux et même de la flore, arbres, plantes et fleurs et réduisant l'attractivité de la ville, le site ou le pays, etc.

9-Dans les milieux sahariens, désertiques et d'eau, l'option est de plus en plus prise en considération par les voyagistes en vue d'adopter des moyens de transports non mécanisés, pour diminuer les effets sur la nature ; le cas le plus illustratif dans le tourisme est l'usage des chevaux, des rennes des dromadaires, des baudets, des lamas, pour des déplacements dans certains milieux naturels.

10-Comme il est également souligné que le running, le cross, les marathons, les randonnées, les ecobalades, les échappées sont devenues très tendance, attractifs et intégrés au mode de vie des personnes empreint de la sédentarité par exemple.

Le monde entier y prend le plaisir de courir seul, avec des amis, en famille, tout le monde se met au « vert » pour une raison de loisirs, de santé et de préservation de la nature.

L'autre point important lié à la durabilité du tourisme, est celui de la préservation des modes de vie des populations, de leurs patrimoines et leurs coutumes, en faisant un effort de les valoriser, les faire connaitre aux autres en évitant une uniformisation des modes de vie, par la mondialisation et pérenniser la diversité culturelle.

Cette approche permet aux communautés autochtones de garder leur personnalité, leur patrimoine, de les pérenniser et les transmettre pour les générations futures.

Dans ce contexte général, le tourisme se trouve confronté à de grands défis dans le monde, un challenge sur les prochaines décennies pour amoindrir les effets néfastes de l'activité du tourisme sur le climat, les natures, forêts, déserts, faune, flore, air, eau, lacs et rivières….

Par ailleurs, il est instamment demandé à ce secteur d'être impliqué davantage dans la lutte contre la pauvreté dans le monde et apporter un plus économique aux territoires marginalisés et désertifiés et rassurer les populations locales pour capter une partie des ressources et des recettes touristiques et revitaliser des espaces nécessitant un accompagnement durable des acteurs publics et privés, en vue d'une mise à niveau de ces territoires en leur donnant une opportunité de mettre en valeur leurs atouts naturels et patrimoniaux et s'intégrer dans un processus de développement qui impacterait les populations et leurs territoires.

Les pouvoirs publics et le gouvernement en charge du management des territoires sont appelés à revoir leurs politiques de développement en y donnant une chance à tout le monde et surtout les plus vulnérables, en injectant les investissements lourds, qui auraient comme objectifs de décloisonner ces territoires qui sont en marge du developpment. Ces équipements lourds, routes, énergie, téléphone, eau AEP, assainissement, ne peuvent être engagées par des populations dont certaines vivent au seuil de pauvreté, cette solidarité territoriale des pouvoirs publics ne doit en aucun cas favoriser des territoires aux dépens des autres et la philosophie de l'Etat serait de donner les mêmes chances à tous les territoires.

Les pouvoirs publics se doivent de remodeler la vision développementale des territoires en assurant un équilibre judicieux, entre le monde des montagnes, des déserts, des vallées inaccessibles dans certains cas et celui des régions fertiles et disposant d'une accessibilité fort importante.

Cette approche, empreinte de durabilité, permettra à des pays de :

-Donner une chance à des territoires de s'intégrer dans un processus de développement national et valorisant les opportunités existantes et en se positionnant de façon durable dans le marché des emplois des investissements et des infrastructures.

-Améliorer la croissance locale, la fiscalité, l'emploi et surtout l'attractivité des espaces par le tourisme, les services, l'agriculture de montagnes et l'élevage.

-Serait une option avantageuse dans la fixation des populations, la valorisation des espaces et territoires les moins nantis et aussi une opportunité de capter des capitaux, des activités qui permettront de donner des chances aux chômeurs et aux familles dans la précarité sociale et économique.

-Assurer des revenus subsidiaires aux autochtones, jeunes femmes, familles démunies, qui pourraient donc bénéficier par des systèmes d'encouragement et de solidarité pour monter des microprojets dans l'agriculture, le tourisme, le transport l'artisanat, l'élevage …

-Les techniques d'entrepreunariat et d'économie sociale pourraient assurer une formation pour les porteurs de projets en vue de donner plus de chances de réussites à ces projets et élargir la gamme en touchant le maximum de personnes dans les divers domaines.

-Le tourisme social et solidaire, l'écotourisme le tourisme rural et l'agritourisme, seraient en mesure d'être développés, valorisés et devenir un levier économique et entraineraient une dynamique sociale et économique dans les pays.

-Les hébergements, l'accompagnement, la restauration, les artisanats, seraient en mesure de booster la région, ou le territoire, en permettant de confectionner des offres en tourisme communautaire pour y intégrer les marchés, par une approche de techniques collaborative de marketing pour séduire les clientèles.

-Les animations touchant des patrimoines architecturaux, materiels et immatériels, les patrimoines naturels et environnementaux seraient également une base essentielle pour confectionner dans le monde rural, des produits en montagnes, vallées, côtes et déserts. Les produits du terroir comme l'art culinaire, l'artisanat, les produits bios en fruits légumes viandes poissons seraient une opportunité à valoriser et développer pour compléter la gamme des offres touristiques.

-Enfin les coutumes traditionnelles, les modes de vie, les costumes les rencontres et les fêtes traditionnelles, sont incontestablement des supports de promotion pour les destinations en vue de potentialiser l'attractivité de ces territoires en manque d'idées, de moyens et de savoir-faire.

-Les projets sociaux économiques dont ont besoin ces territoires, écoles, centres de santé, routes, pistes, pourraient être greffés à des projets solidaires dont les agences de voyages, des transporteurs, des clients pourraient parrainer, concevoir gérer et leurs donner une consistance durable.

Pour donner une lisibilité, un positionnement et hiérarchiser les offres, les produits et les infrastructures, beaucoup de pays ont commencé par labéliser les infrastructures hôtelières, en particulier les éco labels dans les continents sont devenus des repères et des éléments de choix pour les clientèles et le grand public. La démarche ne s'est pas arrêtée à ce niveau mais elle s'élargit aux produits labélisés par une démarche durable impactant populations et natures.

Même les sites dans leurs diversités « natures patrimoines » sont l'objet de démarche durable et environnementale pour plus de protection, de préservation mais aussi de valorisation des potentiels dans les marchés. Cette approche novatrice a donné une visibilité à des territoires disposant de grands atouts mais méconnus des clientèles, des marchés et même des acteurs agences de voyages, associations, etc.

Cette nouveauté a permis à certains territoires d'amorcer un développement touristique durable avec des gammes de produits de grande qualité qui semble séduire les clients voyageurs.

Le concept de consom'acteurs prend toute sa dimension actuellement pour certains marchés.

L'éco-labellisation est devenue une nécessité pour les destinations à la recherche de nouvelles argumentations de ventes et de positionnement.

Les gouvernements et les administrations en charge du tourisme, conscients de cette opportunité, s'engagent de plus à plus à faire appel à des experts pour reprogrammer le tourisme dans des territoires gorgés d'atouts et impacter ces territoires de manière à valoriser durablement ses atouts dominants et les marqueurs identitaires qui font la force des territoires touristiques.

Les pays ont tout à gagner de se reconvertir d'un tourisme massif dévoreur d'espaces, d'eau, de forêts, de plages et produisant des déchets, des pollutions qui impactent les patrimoines et favorisent une désertification non annoncée par le fait d'une gestion calamiteuse de ces atouts, à un tourisme durable responsable qui a le souci de la nature et de l'humain.

A suivre...

* Consultant expert en tourisme durable et saharien - Essayiste et critique touristique