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Les mêmes méthodes conduisent vers les mêmes erreurs

par Reghis Rabah*

En marge du regroupement de son parti le samedi dernier pour la préparation des prochaines échéances électorales notamment celle de novembre prochain, le Premier ministre a profité de l'occasion pour s'entretenir avec les journalistes sur des questions brûlantes d'actualité.

Il a ainsi tenu de rassurer les citoyens sur l'état de santé du président de la république qu'il considère comme « vaguant normalement à ses fonctions ». il s'est arrogé le droit de chef de parti pour traiter les partisans de l'article 102 de « oisifs » « désœuvrés » en panne d'arguments politiques à la solde d'une main étrangère et sous entend qu'elle vise à étrangler l'Algérie qui souffre de difficultés financières depuis la chute drastique de ces recettes. Jusqu'à là, il était de son rôle de leader politique membre de la coalition au pouvoir. Il est donc de ses prérogatives de contrecarrer ses concurrents. Mais là où il a manqué de décence, c'est lorsqu'il a pris un raccourci en déclarant que ces problèmes financiers sont déjà «derrières nous maintenant » sur le simple fait de faire figurer sur son programme d'action l'amendement de loi sur la monnaie et le crédit et notamment son article 10 qui autorise l'artifice dit d'une manière souple un financement non conventionnel. Sans se rendre compte peut être pour cause d'un déficit communicatif et pourquoi pas par mépris à son auditoire, ceux qui l'écoutaient ont relevé deux observations et pas des moindres.

Sur la forme

Le programme vient à peine d'être approuvé par le conseil de ministres, il n'est pas encore débattu par les chambres législatives. Il est déjà diffusé et considéré par son initiateur comme acquis.

Quand on lance des déclarations du type « le problème financier est derrière nous » cela voudra dire que le premier responsable du gouvernement est assuré d'amender la loi qu'il va présenter sans aucune considération au circuit réglementaire qui nécessite un débat avec les représentants du peuple. Faut –il à ce niveau un peu plus de retenue par respect aux procédures par exemple dire que le problème financier sera derrière nous « si l'amendement sera validé par les deux chambres »

Sur le fond

Son programme établi sur 58 pages n'est pas au demeurant très différent de celui de son prédécesseur à l'exception du moyen de financer les activités de l'Etat. Le premier table sur une austérité et une offensive pour récupérer les ressources fiscales qu'un député évalue à prés 12000 milliards dinars (01). Le second programme quant à lui se rabat sur la planche à billets qui est non seulement une solution de facilité mais un procédé très connu en Algérie pour l'avoir déjà pratiqué les années 70. La forme peut être s'est modernisée mais le squelette reste le même. Il s'agit de recourir à la planche à billets pour couvrir les dépense courante que la fiscalité, les revenus du domaine public, l'emprunt obligataire ainsi que les ressources monétaires n'ont pas pu assurer. De quelle activité s'agit-il ? le programme Ouyahia les défini en détail : dépasser le million de logements, financer les infrastructures publiques pour une population qui évolue à prés 2,4%, payer plus de deux millions de fonctionnaires et poursuivre la politique des transferts sociaux. Tout cela est très séduisant, mais rien de concret n'est prévu pour booster les Investissements Directs Etrangers (IDE) ou ceux nationaux qui eux procureraient une contrepartie en biens et services. Ceci bien entendu sans compter de nombreuses coquilles et fautes de chiffrées qui montrent la précipitation avec laquelle il était élaboré. Un tel choix, pourrait être satisfaisant pour l'échéance 2019 qu'on vise selon toute vraisssemblance mais la génération d'après va payer les pots cassés. Les Algériens ont l'habitude car ceux qui se sont endettées les années 70 pour un montant de prés de 1000 milliards ont pris plus d'une trentaine d'année pour être éponger moyennant des sacrifices comme toujours des citoyens des générations d'après.

Conclusion.

Dans le fond et avec du bon sens, on pourra remarquer que l'année 2016, rappelle dans les détails prés celle de 1986 durant laquelle le prix du baril a frôlé les 10$ qui a entrainé une crise de recette semblable avec un peu moins d'ampleur si l'on tient compte du matelas des réserves de change aujourd'hui. On a eu recours à ce procédé qui a mené le pays vers la recette du FMI Donc disons au moins avec modestie que les mêmes méthodes « peuvent » produire les mêmes erreurs

Renvoi

(01) Déclaration de Djelloul Djoudi chargé de la communication au parti des travailleurs « Soir d'Algérie » du 10/09/2017 Il est écrit 12000 mille milliards, mais on suppose que c'est une erreur d'impression.

*Consultant et Economiste Pétrolier