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Les artisans sollicitent l'aide de Bedoui

par G. O.

  Des artisans de Babar ont vendu des tapis à la wilaya de Khenchela au titre d'une commande du ministère de l'Intérieur, mais affirment qu'ils n'ont jamais été payés.

Cinq d'entre eux, les plus connus et surtout les plus lésés, peinent à faire entendre leur voix pour récupérer leurs dus auprès des autorités locales. Munis d'un dossier de réclamation, l'un d'eux nous fait savoir qu'en 2015, « la wilaya de Khenchela nous a demandé de lui vendre des tapis pour les besoins de commandes du ministère de l'Intérieur et des Collectivités locales ». Ils se sont exécutés mais nous dit notre interlocuteur « à ce jour, nous n'avons pas reçu un seul centime malgré nos nombreuses réclamations ». Selon lui, les artisans ont des requêtes « précises et complètes » qu'ils ont remises à la wilaya mais qui sont restées sans suite. « Nous avons même écrit au ministère de l'Intérieur mais personne ne nous a répondu», se plaint-il.

« Depuis 2015, je cours pour qu'on me paie mais rien, la wilaya me doit 57 millions pour lui avoir vendu 8 tapis depuis 3 ans, ce n'est pas rien, le tapis c'est mon gagne-pain, » souligne-t-il. «Il y a quelque temps, on m'avait dit que le wali voulait acheter deux de mes tapis, on m'a envoyé quelqu'un à la maison, la nuit pour les récupérer, je les lui ai remis mais à ce jour, on ne m'a pas payé (…), » nous fait savoir une mère de famille. Depuis, «le wali de Khenchela est parti et a été changé par un nouveau, on doit tout reprendre à zéro avec lui, on espère qu'il sera sensible à notre problème, » note-t-elle. Elle tient à rappeler que «j'ai encadré plusieurs jeunes filles pour leur apprendre le métier à tisser dans un atelier créé par l'Etat, en 1965, moi-même j'ai fait mes premiers pas dans ce domaine alors que j'avais à peine 11 ans, j'ai quitté ce centre à l'âge de 65 ans mais personne n'a voulu m'aider pour que je puisse bénéficier d'une retraite, aujourd'hui, je suis malade et j'ai quand même créé une association pour pouvoir rester présente et active dans ce domaine artisanal qui nous est très cher à Babar ». Réputé pour sa valeur traditionnelle et culturelle, «le tapis de Babar est un joyau de l'artisanat traditionnel et témoin du génie de l'art populaire séculaire, et est mondialement connu », dit Rabah Kechad, l'expert du Ceneap dans son diagnostic. Tapis qui, dit-il «plonge ses racines au plus loin de l'histoire des Aurès ». Ses « créateurs » artisans peinent à le préserver en raison du manque d'intérêt des pouvoirs publics qui n'ont jamais pensé à le labéliser et ce, pour le bien de la collectivité et la sauvegarde de ce qui contribue à l'épanouissement d'une société toute entière.

Les artisans en appellent «au sens de la responsabilité du ministre de l'Intérieur » pour, nous disent-ils, «qu'il nous aide à percevoir notre argent, on compte beaucoup sur sa sagesse pour qu'il nous règle ce problème, il est le seul sur qui nous comptons beaucoup ».