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Education - Livre scolaire : le châtiment !

par Abdelkrim Zerzouri

Le livre scolaire inflige aux   parents d'élèves une leçon de «misère morale» que personne n'est près d'oublier de sitôt. Plus qu'une punition, c'est un véritable châtiment que les familles sont en train de vivre avec cette histoire de «rareté» du livre scolaire, qui prend des allures de catastrophe nationale. Il a fallu, hier, l'intervention de la police anti-émeute pour disperser une foule impressionnante qui a pris d'assaut les stands de vente du livre scolaire au niveau de la maison de la culture Malek Haddad de Constantine. Selon des témoins, l'intervention de la police était plus que nécessaire pour éviter des débordements violents au sein de cet édifice culturel. La maison de la culture Malek Haddad, l'un des rares points où le livre scolaire se trouvait encore disponible, subissait une énorme pression de citoyens venus par centaines à la recherche de livres pour leurs progénitures, et la situation était relativement contrôlable, mais les premiers signes de la pagaille et la violence se sont manifestés, hier, avec l'éclatement de bagarres entre des acheteurs du livre scolaire, selon nos témoins. D'où l'intervention de la police anti-émeute qui a entraîné la fermeture de la maison de la culture Malek Haddad.

Il faut relever qu'il n'y avait pas parmi la foule que des parents d'élèves qui venaient là pour acheter les livres scolaires, car il y a aussi les vendeurs informels, très nombreux, qui étaient de la partie pour s'approvisionner en livres scolaires pour les revendre sur les trottoirs trois à quatre fois leur prix d'achat. «C'est comme dans un stade lors des grands rendez-vous footballistiques», constate un parent d'élève, qui fait la comparaison entre les deux évènements en soutenant qu'au stade on achète des billets d'accès pour les revendre aux spectateurs sur marché noir à des prix hors normes et là ce sont des livres scolaires qu'on revendra également sur le marché noir à des prix exorbitants.

Les vendeurs informels viennent se greffer aux longues chaînes et s'approvisionner dans des points de vente ouverts à travers le chef-lieu de wilaya, des librairies privées, en sus de la maison de la culture Malek Haddad et le palais de la culture Mohamed Laïd Al Khalifa.

C'est pour cela, d'ailleurs, que les stocks sont épuisés rapidement. Et, il faut compter avec la cupidité de certains revendeurs qui, dans l'impossibilité d'exiger directement aux clients des prix supérieurs à ceux fixés sur le livre lui-même, écoulent une partie de la marchandise «sous la table», en majorant le prix réglementaire, qui sera accepté par le vendeur informel qui ira lui le multiplier par trois et quatre fois le prix réglementaire.

Enfin, même à ce prix brûlant, le livre scolaire n'est pas toujours disponible. «On peut trouver un ou deux livres chez les vendeurs informels, mais il est très difficile d'avoir la série entière, qui peut coûter plus de 4.000 dinars (près de 1.200 dinars comme prix fixé par voie réglementaire), surtout pour les niveau de 3e et 4e années primaires», relèvent des parents, ajoutant qu'ils ont vainement consacré toute une semaine à la recherche des livres scolaires en question, mobilisant parfois tous les membres de la familles, avec appel de secours aux connaissances. Impensable histoire du livre scolaire. Selon un libraire, le livre scolaire s'est embourbé dans d'innombrables défaillances, dont un approvisionnement et une distribution qui battent de l'aile.

Fournitures scolaires : disponibilité et prix relativement stables

On annonce dans les prochains jours un nouvel approvisionnement des établissements en livres scolaires, chose qui pourrait atténuer la pression sur le marché, si on s'y prend avec célérité, bien sûr. Par endroits, les parents ont vécu d'autres anecdotes qui rappellent les pénuries de produits alimentaires, le lait particulièrement. «Figurez-vous, affirment dans ce contexte des parents d'élèves indignés, un libraire privé a ouvertement refusé de nous vendre des livres scolaires, disponibles dans son magasin, en nous balançant à la figure qu'il ne vend qu'à ses clients «attitrés», à ceux qui s'approvisionnent chez lui en fournitures scolaires !». Le libraire en question n'admet pas qu'on vienne se bousculer dans son magasin pour l'achat du livre scolaire et lorsqu'il s'agit d'acheter les fournitures scolaires, ces mêmes clients préfèreront se rendre au marché de Daksi pour se les procurer, à cause des prix relativement moins chers. Moins chers, certes, mais la qualité laisse à désirer, renchérissent des parents.

Sur ce plan des fournitures scolaires, on relève la disponibilité d'une marchandise très variée, il y en a pour tous les goûts et tous les prix. Des prix qui ne sont pas plus chers que l'année dernière, si l'on écarte la qualité, qui requiert, elle, un «plus» à payer pour l'avoir. Les cahiers sont cédés entre 25 et 120 dinars, selon le nombre de pages. Alors qu'un petit crayon peut coûter jusqu'à 30 dinars, le compas entre 80 et 200 dinars, la petite trousse à 200 dinars… ainsi vont les prix des fournitures scolaires, petits mais vu les achats en nombre, puisque l'élèves peut acheter plus d'une dizaine de cahiers de différents calibres, et autres registres, la somme à payer peut s'élever à plus de 2.000 dinars pour un élève.

Ceux qui ont trois et quatre enfants scolarisés vont débourser quelques milliers de dinars, un million de centimes au strict minimum pour équiper en fournitures scolaires les enfants en ce début d'année scolaire. Une année sera encore longue en matière de dépense sur ce chapitre.