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Les partis politiques face aux enjeux socio-économiques de l'Algérie 2017/2030: Impact de la baisse du cours des hydrocarbures sur les équilibres macro-financiers et macro-sociaux (Suite et fin)

par Abderrahmane Mebtoul *

III-Quelles perspectives pour l'économie algérienne : les dix solutions de sortie de crise préconisées

La population algérienne est de 41 millions d'habitants au 1er janvier 2017 et sera d'environ 50 millions en 2030 avec une demande d'emplois additionnelle qui varierait entre 300.000 à 400.000 personnes par an, nombre d'ailleurs sous-estimé puisque le calcul de l'ONS applique un taux largement inférieur pour les taux d'activité à la population féminine, représentant pourtant la moitié de la population active et dont la scolarisation est en forte hausse, qui s'ajouteront au stock de chômage. Aussi, existent deux scénarios pour l'Algérie : réussir les réformes ou aller vers le FMI horizon 2019/2020. Le premier scénario serait le statu quo, de l'activisme, vivant de l'illusion d'un retour à un cours du pétrole supérieur à 80 dollars et des discours d'autosatisfaction, source de névrose collective, déconnectés des réalités tant locales que mondiales. Ce serait une erreur politique d'une extrême gravité, une fuite en avant (après moi le déluge), d'attendre les élections législatives de 2017 comme solution à la crise, se livrant entre-temps à de l'activisme sans procéder à de véritables changements, car en économie, le temps ne se rattrape jamais. Entre-temps, la crise financière risque de s'accentuer avec une demande sociale croissante, des exigences accrues de la jeunesse dont plusieurs centaines de milliers de diplômés, qui exigera un emploi et un logement. Ceux qui travaillent actuellement auront en 2030, 60 ans et seront en retraite. De ce fait, il est à prévoir que sans hydrocarbures, et c'est une forte probabilité, il y aura forcément suppression du ministère des Hydrocarbures et celui de la Solidarité nationale avec le risque d'implosion de la caisse de retraite, et sans devises pas d'attrait de l'investissement. Il s'ensuivra un chômage croissant, des tensions sociales et une instabilité politique à l'instar des pays les plus pauvres de l'Afrique subsaharienne, et le risque d'intervention de puissances étrangères.

Quant au second scénario, il se base sur les conditions favorables de développement de l'Algérie se fondant sur une profonde moralisation de la vie politique, sociale et économique afin de préparer l'après-pétrole. Cela impliquera une révision profonde de la politique socio-économique en misant sur des segments de savoir en évitant l'instabilité juridique, le manque de cohérence et de visibilité. La corruption, source d'une démobilisation générale, serait alors combattue par de véritables contrepoids démocratiques et non par des organes techniques, aux ordres, de peu d'efficacité, dans les faits et non par des textes. Dès lors la sphère informelle intimement liée à la logique rentière, produit de la bureaucratie et des dysfonctionnements des appareils de l'Etat qui favorise cette corruption, serait intégrée progressivement au sein de la sphère réelle. Le développement se fonderait alors sur les piliers du développement du XXIe siècle, tels que la revalorisation du savoir, l'Etat de droit et une nouvelle gouvernance par la réhabilitation du management stratégique de l'entreprise et des institutions, et une libéralisation maîtrisée grâce au rôle central de l'Etat régulateur. Le dialogue politique, économique et social évitant la concentration excessive du revenu national au profit de rentes spéculatives destructrices de richesses, aurait remplacé les décisions autoritaires. L'on aurait préparé un nouveau modèle de consommation énergétique reposant sur un mix dont les énergies renouvelables. L'on aurait réhabilité l'entreprise publique et privée, loin de tout monopole, seule source de création de richesses permanente. Et l'on aurait misé sur l'investissement immatériel qui manque aujourd'hui cruellement à l'Algérie, privilégiant la qualité et non la quantité de l'enseignement du primaire au supérieur et la formation professionnelle qui devra être réhabilitée.

Quelles solutions ?

La première solution est une nouvelle gouvernance centrale et locale, une moralisation de la vie politique, sociale et économique, la lutte contre la corruption, l'évasion fiscale, pour un sacrifice partagé, et une réelle décentralisation autour de pôles régionaux dynamisant l'entreprise et l'économie de la connaissance.

La deuxième solution de la réhabilitation du travail source de la richesse de toute nation, évitant cette distribution de revenus sans contreparties productives ; évitant ces emplois fictifs pour une paix sociale éphémère que voile le taux de chômage officiel.

La troisième solution est l'amélioration du climat des affaires, la bureaucratisation de la société, la réforme du système financier, socio-éducatif, et l'épineux problème du foncier.

La quatrième solution est que tout projet doit être pensé par rapport aux normes coût/qualité/concurrence, donc selon les normes internationales par une lutte contre les surcoûts qui ont pris de proportions exorbitantes, parfois 20/30%, et donc d'avoir une vision stratégique au sein de filière internationalisées.

La cinquième solution est pour le développement pour les projets structurants, notamment dans les infrastructures de la technique du Build, Operate and Transfer (B.O.T), ce qui allégerait à court terme les tensions au niveau du budget devises de l'État. Rappelons que la technique du BOT repose principalement sur le modèle du «Project financing/project finance» qui est en substance une technique de financement où les prêteurs acceptent de financer un projet en se basant uniquement sur sa rentabilité et sa valeur propre. En pratique, le remboursement du prêt dépend principalement du cash-flow généré par le projet lui-même, de sorte que la capacité du projet à générer des revenus qui serviront au remboursement du prêt constitue la pierre angulaire du project financing.

La sixième solution est l'assouplissement de la règle des 49/51% (bilan mitigé à ce jour) pour les segments non stratégiques, devant définir avec précision ce qui est stratégique et ce qui ne l'est pas, où l'Algérie supporte tous les surcoûts sans que souvent le partenaire étranger ne partage les risques, remplacé par une minorité de blocage.

La septième solution est une exportation plus accrue des hydrocarbures, dont le prix dépend de facteurs externes échappant totalement à l'Algérie et là, attention aux faux calculs, comme ceux effectués par le Venezuela qui est au bord de la faillite. Les recettes de Sonatrach à un cours de 60 dollars le baril, la majorité des contrats de gaz dont le prix lui est indexé à long terme expirant entre 2018/2019 sont évaluées à 34 milliards de dollars, déduction des charges de 20%, donnant un profit net de 27 milliards de dollars qui s'ajoutent aux réserves de change actuelles. À 50 dollars, le profit net est de 21 milliards de dollars, et à 40 dollars, le profit est de 15/16 milliards de dollars. Entre 2017/2020, il est utopique de compter sur les exportations hors hydrocarbures (la maturation et la rentabilité de tout projet mis en œuvre en 2017 mettant au minimum en Algérie 4/5 ans au vu des contraintes bureaucratiques.

La huitième solution est un arbitrage nécessaire entre la satisfaction du marché intérieur et les exportations posant la problématique des subventions généralisées, source de gaspillages et d'injustice sociale, alors qu'elles doivent être ciblées. L'Algérie risque d'être un importateur net de pétrole horizon 2020/2025, devant miser sur le gaz et surtout sa transformation, dans le cadre d'un partenariat gagnant/gagnant. C'est que la majorité des contrats à moyen terme expirent entre 2018/2069, devant s'aligner sur le marché libre dit marché spot, étant impossible de concurrencer la Russie (fameux gazoduc Sibérie/Chine et l'Iran sur le marché asiatique, ne devant plus compter sur les exportations vers les USA qui eux-mêmes exportent vers l'Europe, le marché naturel de l'Algérie étant le marché européen. D'où l'urgence de la transition énergétique et d'un nouveau modèle de consommation reposant sur un mix énergétique dont les énergies renouvelables, tenant compte de la forte concurrence internationale.

La neuvième solution, que j'ai préconisée au gouvernement depuis deux ans, est l'endettement extérieur ciblé à long terme, mais uniquement pour les segments à avantages concurrentiels de 30/50 milliards de dollars entre 2017/2020, afin de maintenir le niveau des réserves à 100 milliards de dollars, sinon les prévisions de 60 milliards de dollars de la Banque mondiale qui ont été établies, selon mes informations à Washington, à partir des données 2014/2016 de la Banque d'Algérie, horizon 2018 sont réalistes.

La dixième solution, la plus sûre, est d'avoir une vision stratégique, devant s'insérer au sein d'une fonction stratégique 2017/2030, c'est-à-dire d'aller vers de profondes réformes structurelles sans lesquelles on ne pourra pas faire émerger une économie diversifiée.

IV -Conclusion générale

Les actions futures du gouvernement algérien nécessitant un consensus politique et social exigeront le courage de réformer vite et massivement, loin des replâtrages conjoncturelles mais de profondes réformes structurelles à tous les niveaux en ayant une vision stratégique pour le moyen et le long terme, devant donc réhabiliter la planification et le management stratégique. L'Algérie peut y parvenir dans un délai raisonnable. Elle en a les moyens. Pour cela, elle doit réapprendre à envisager son avenir avec confiance, sécuriser pour protéger, préférer le risque à la rente, libérer l'initiative, la concurrence et l'innovation car le principal défi du XXIème pour l'Algérie sera la maîtrise du temps. Le monde ne nous attend pas et toute nation qui n'avance pas recule forcément. Retarder les réformes ne peut que conduire à la désintégration lente, à l'appauvrissement, une perte de confiance en l'avenir puisque avec l'épuisement de la rente des hydrocarbures, l'Algérie n'aura plus les moyens de préparer ces réformes et vivra sous l'emprise de la peur, voyant partout des menaces où les autres voient des chances. Cette croissance exige l'engagement de tous, et pas seulement celui de l'État, en organisant les solidarités devant concilier efficacité économique et équité par une participation citoyenne et un dialogue productif permanent. Le pouvoir algérien a vécu longtemps sur l'illusion de la rente éternelle. La majorité des Algériens dont le revenu est fonction à plus de 70% de la rente des hydrocarbures doivent savoir que l'avenir de l'emploi et de leur pouvoir d'achat n'est plus dans la fonction publique, et que celui des entreprises n'est plus dans les subventions à répétition. L'essentiel de l'action est entre les mains des Algériens, qui devront vouloir le changement et partager une envie d'avenir, d'apprendre davantage, de s'adapter, de travailler plus et mieux, de créer, de partager, d'oser. La nature du pouvoir doit également changer supposant une refonte progressive de l'Etat par une réelle décentralisation autour de grands pôles économiques régionaux, impliquant qu'il passe de l'Etat gestionnaire à l'Etat régulateur, conciliant les coûts sociaux et les coûts privés, étant le cœur de la conscience collective, par une gestion plus saine de ses différentes structures.

Pour s'inscrire dans la croissance mondiale, l'Algérie doit d'abord mettre en place une véritable économie de la connaissance, développant le savoir de tous, de l'informatique au travail en équipe, de l'arabe, du français, du chinois à l'anglais, du primaire au supérieur, de la crèche à la recherche. Elle doit ensuite faciliter la concurrence, la création et la croissance des entreprises, par la mise en place de moyens modernes de financement, la réduction du coût du travail et la simplification des règles de l'emploi. Elle doit favoriser l'épanouissement de nouveaux secteurs clés, dont : le numérique, la santé, la biotechnologie, les industries de l'environnement, les services à la personne avec le vieillissement de la population. Simultanément, il est nécessaire de créer les conditions d'une mobilité sociale, géographique et concurrentielle et de permettre à chacun de travailler mieux et plus, de changer plus facilement d'emploi, en toute sécurité. Pour mener à bien ces réformes, l'État et les collectivités locales doivent être très largement réformés. Il faudra réduire leur part dans la richesse commune, concentrer leurs moyens sur les groupes sociaux qui en ont réellement besoin, faire place à la différenciation et à l'expérimentation, évaluer systématiquement toute décision, a priori et a posteriori.

C'est que l'Algérie, depuis des décennies, souffre d'une crise de gouvernance.

Cependant, la situation actuelle est différente des impacts de la crise de 1986, qui a eu des répercussions entre 1989/1999 à la fois économiques, sociales et politiques. Malgré des réserves de change appréciables, bien qu'en baisse, en cas de frein aux réformes structurelles, l'actuelle crise de gouvernance risque de se transformer en crise financière horizon 2018/2020. Comment ne pas rappeler que les pays ayant entrepris avec succès des réformes, notamment les pays émergents, se sont appuyés sur une mobilisation de l'opinion. La nécessité de réformer s'impose à l'Algérie. Malgré des dépenses monétaires sans précédent, les résultats économiques sont mitigés pouvant conduire à des crises sociales politiques à terme si on continue à dépenser sans compter, posant l'urgence sur le caractère inéluctable des changements structurels à opérer. La croissance forte peut revenir en Algérie. Mais elle suppose la conjugaison de différents facteurs : une population active dynamique, un savoir, le goût du risque et des innovations technologiques sans cesse actualisées, le combat contre toute forme de monopole néfaste, une concurrence efficace, un système financier rénové capable d'attirer du capital et une ouverture à l'étranger. Ces réformes passent fondamentalement par une démocratie vivante, une stabilité des règles juridiques et l'équité, les politiques parleront de justice sociale. La conduite d'ensemble de ces réformes ne peut être déléguée à tel ou tel ministre ni mise dans les mains de telle ou telle administration. Elle ne pourra être conduite que si, au plus haut niveau de l'État, une volonté politique forte (que seuls, le président de la République et le Premier ministre portent) les conduit et convainc les Algériens de leur importance d'où avec l'ère d'internet, une communication active transparente permanente. Ensuite, chaque ministre devra recevoir une «feuille de route» personnelle complétant sa lettre de mission et reprenant l'ensemble des décisions qui relèvent de sa compétence. Au regard de l'importance des mesures à lancer et de l'urgence de la situation, le gouvernement devra choisir le mode de mise en œuvre le plus adapté à chaque décision : l'accélération de projets et d'initiatives existantes, le vote d'une loi accompagnée, dès sa présentation au Parlement, des décrets d'application nécessaires à sa mise en œuvre et pour les urgences seulement des décisions par ordonnance pourront être utilisées. Sans réformes, au-delà de 2020, même avec un endettement extérieur comme solution, il sera impossible de maintenir le niveau des réserves au vu de la situation économique actuelle ne pouvant dynamiser le tissu productif, actuellement en léthargie, par décret. L'Algérie, qui peut devenir un pays pivot et de stabilité pour la région méditerranéenne et africaine doit s'adapter aux nouvelles mutations mondiales en analysant les impacts de l'accord d'association avec l'Europe applicable depuis le 1er septembre 2005 et son éventuel adhésion à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), s'intégrer au sein du Maghreb, pont entre l'Europe et l'Afrique, son espace social naturel.

* Professeur des Universités, expert international

Références récentes du Pr Abderrahmane Mebtoul

-Intervention du docteur Abderrahmane MEBTOUL Unesco/ l'African Training Research Centre in Administration Development 8 février 2010 en présence de plus d'une dizaine de ministres et secrétaire d' Etat africains et des directeurs généraux et représentants de la majorité des Etats africains, ainsi que des missions diplomatiques et institutions un séminaire international sur la bonne gouvernance en Afrique «vers une nouvelle gouvernance des services publics et des institutions de l'Etat en Afrique face aux nouvelles mutations mondiales». Ronéotypé CAFRAD /UNESCO avril 2010

- Pour un nouveau stratégique de Sonatrach Revue HEC Montréal Canada. Novembre 2010

Institut français des Relations internationales (IFRI 28 avril 2011) «la coopération Europe/Maghreb face aux enjeux géostratégiques»

-La stratégie gazière en méditerranée : l'expérience algérienne – revue internationale Gaz d'aujourd'hui. Paris janvier 2014

-«Essence de la sphère informelle au Maghreb et comment l'intégrer à la sphère réelle» Institut français des Relations internationales – IFRI- (Paris - Bruxelles décembre 2013- -60 pages). Quotidien Americain Herald Tribune 28/12/2016 «Prof. Abderrahmane Mebtoul: Any Destabilization of Algeria would have geo-strategic Repercussions on all the Mediterranean and African Space»

-«la transition énergétique en Méditerranée et en Algérie», intervention en présence du ministre algérien de l'Energie qui a présenté la vision de l'Algérie et du PDG de Sonelgaz «en présence de nombreuses personnalités internationales, au 15e Forum Mondial du Développement Durable «la Méditerranée et les pourtours régionaux»- lundi 13 mars 2017 France – Amériques 9, avenue Franklin Roosevelt 75008 Paris

- Voir également contributions internationales en anglais du Pr Abderrahmane Mebtoul- Mena/Forum- Bruxelles - World Energy Congress at Istanbul by Dr A. Mebtoul Oct 10, 2016 et OPEC's Algiers Informal Meeting -by Dr A. Mebtoul | Sep 26, 2016 -Facing Energy and Geostrategic Global Changes -by Dr A. Mebtoul | Sep 19, 2016

- Audit réalisé sous la direction du Professeur Abderrahmane Mebtoul avec une équipe pluridisciplinaire composée d'experts algériens de différentes spécialités – «Quelle politique de l'emploi et des salaires pour l'Algérie?» (Présidence de la République, 8 volumes 2008-2009)

-Audit réalisé sous la direction du Pr Abderrahmane Mebtoul pour le gouvernement algérien «face à la mondialisation les axes de la relance socio-économique (7 volumes Alger janvier 2013)

Audit réalisé sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul pour le gouvernement algérien : exploitation du pétrole/gaz de schiste : opportunités et risques (8 volumes Alger janvier 2015)

NB -Toutes les données chiffrées que j'ai synthétisées et regroupées pour plus de cohérence, proviennent des statistiques officielles algériennes - ONS, la Banque centrale d'Algérie- et des organismes internationaux (BM-FMI-OCDE)