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Coopération entre l'Algérie et l'Allemagne : la Chancelière Angela Merkel, à Alger les 20 et 21 février

par Abderrahmane Mebtoul*

La Chancelière allemande Angela Merkel, prônant une coopération plus étroite avec les pays d'Afrique du Nord pour limiter les mouvements de réfugiés à travers la Méditerranée, entend obtenir, à l'occasion de cette visite, plus de garanties d'Alger pour l'accélération du processus de rapatriement des ressortissants algériens, en situation irrégulière en Allemagne. Mais seront abordées les relations économiques et la situation de sécurité dans la région.

Rappelons que la visite du 12 janvier 2016 du Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal, outre les aspects sécuritaires, s'est s'inscrite, dans le cadre de la consolidation de la coopération économique, entre l'Algérie et l'Allemagne. Mise sur pied, en 2010, suite à la visite du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, à Berlin, la Commission mixte algéro-allemande est conçue, dans cette logique.

Situation socio-économique de l'Allemagne

L'Allemagne couvre une superficie de 357.027 km² avec comme capitale, Berlin. Les villes principales sont : Hambourg, Munich, Cologne, Francfort/Main, Stuttgart, Düsseldorf, Dortmund, Essen, Brême, Dresde, Leipzig, Hanovre et Nuremberg. Quant aux religions, nous avons selon certaines données récentes le catholicisme (32,9 %), le protestantisme (32,5 %), l'Islam (3 %), et le judaïsme (0,14%). La République fédérale d'Allemagne a été instaurée le 23 mai 1949 par l'adoption de la Loi fondamentale (Grundgesetz). Les 16 Länder (Etats fédérés) qui la composent exercent des compétences propres (police, éducation, environnement, culture, administration). Les politiques sont mises en œuvre dans chaque Land par un ministre-président et un gouvernement (Landesregierung) après avoir été votées par un parlement régional (Landtag). La vie politique allemande est traditionnellement dominée par deux grands mouvements, la CDU-CSU (l'Union démocrate-chrétienne de Mme Merkel et son alliée bavaroise, l'Union sociale chrétienne) et le SPD (Parti social-démocrate). La diplomatie allemande s'efforce de développer une position équilibrée dans son dialogue avec le monde arabo-musulman.

Présentes dans plusieurs Etats de la région, les fondations politiques proches des grands partis allemands jouent un rôle important dans cet effort de dialogue avec l'ensemble des mouvements politiques locaux. Actuellement, la crise migratoire et la situation au Proche-Orient préoccupent, conjointement, la Turquie (premier pays d'accueil des réfugiés syriens, qui sont 2,5 millions sur son sol) et l'Allemagne, (premier pays d'accueil de l'Union européenne). Le dialogue autour de cette question, pour lequel l'Allemagne s'est, fortement, impliquée, a permis de trouver un accord entre l'Union européenne et la Turquie, qui vise à réduire, de manière pérenne, le nombre de personnes cherchant l'asile en Europe. Reposant sur trois piliers centraux (chambres de commerce bilatérales, agence de promotion Germany Trade and Invest, et conseillers économiques des ambassades), la diplomatie économique menée par Berlin se traduit par une forte attention portée aux grands pays émergents. Première économie de l'Union européenne, l'Allemagne est un Etat fédéral composé de 16 Länder compte environ 82 millions d'habitants au 1er janvier 2016 avec des projections démographiques de 72,2 millions d'habitants en 2030, expliquant sa politique d'immigration ciblée avec un solde migratoire + 1,4 million (2015) où les Turcs dont la rubrique population étrangère, représentent, en 2015, 9,1 millions soit 11,1% de la population totale. Cela risque de remettre en cause son dynamisme économique et également du fait d'une économie ouverte exposée aux incertitudes internationales dont la menace protectionniste du nouveau président américain, le Brexit anglais et les fragilités de la Chine. Le produit intérieur brut, en 2015, a été de 3026,6 milliards d'euros, le PIB par habitant de 37.107 euros avec un taux de chômage de 5,0% (2015) et de 4,5% pour 2016, un taux d'inflation moyen annuel, pour 2015, de 0,1%. L'Allemagne poursuit, depuis plusieurs années, une politique budgétaire marquée par la volonté de réduire l'endettement et les déficits publics, conformément aux objectifs fixés par les traités européens. La dette publique s'est établie à 2.150 milliards d'euros, à la fin de l'année 2015 (71,2% du PIB) et 69,2% (2016). Le Bundestag a adopté le 25 novembre 2016 dernier le budget fédéral 2017 et la programmation 2018-2020 qui prévoient un solde budgétaire équilibré, sur l'ensemble de la période. Le budget fédéral 2017 prévoit des dépenses de 329,1 milliards d'euros, soit une hausse de 12,1 milliards d'euros, par rapport à 2016. Les recettes fiscales sont prévues à 301,03 milliards d'euros. Selon la programmation pluriannuelle du Bund, le solde budgétaire fédéral devrait être équilibré et devrait continuer à l'être, sur l'ensemble de la période de programmation budgétaire de 2017 à 2020. L'Agriculture représente 0,9%, l'Industrie 28,2% et les services fondés sur les nouvelles technologies (donc le savoir) 72%. Le PIB allemand a progressé de 4,1% en 2010, de 3,7% en 2011, de 0,5% en 2012, de 0,5% en 2013, de 1,6% en 2014, de 1,7% en 2015 et de 1,9% en 2016. L'Industrie, qui représente une part significative du PIB restée quasi stable depuis 20 ans (25,7% en 2016 et 23,0% en 1994). Des entreprises, extrêmement, internationalisées. Les exportations représentent 39% du PIB, en 2015.

L'OMC classe, en 2015, le pays au 3ème rang des exportateurs mondiaux, derrière la Chine et les Etats-Unis. La densité de son tissu d'entreprises de taille moyenne et intermédiaire (le «Mittelstand») innovantes et exportatrices-.Champion du monde pour l'exportation, avec un excédent commercial des comptes courants de 297 milliards de dollars, pour 2016, avant la Chine, 245 milliards de dollars, selon une étude réalisée par l'Institut économique Ifo, alors qu'en 2015, l'excédent de la balance des paiements courants de la Chine s'élevait à 293 milliards de dollars tandis que celle de l'Allemagne était de 257 milliards de dollars. Pour cette étude la fuite des capitaux de la Chine supérieure à 700 milliards de dollars en 2016 n'entre pas dans ce solde de comptabilité nationale. Par contre les Etats-Unis accusent un déficit courant de 478 milliards de dollars. Pour 2015, les principaux clients sont : États-Unis (9,5%), France (8,6%), Royaume-Uni (7,5%), Pays-Bas (6,6%), Chine (5,9%), Italie et Autriche (4,8%). Principaux fournisseurs (2015) : Chine (9,7%), Pays-Bas (9,3%), France (7,1 %), Etats-Unis (6,3 %), Italie (5,3 %)

Quelles sont les perspectives de la coopération algéro-allemande?

Selon le Secrétaire d'État au ministère fédéral de l'Économie et de l'Énergie de la République fédérale d'Allemagne et coprésident de la Commission économique mixte entre l'Allemagne et l'Algérie, l'Allemagne et l'Algérie entretiennent, depuis son Indépendance, de bonnes relations empreintes d'amitié, je le cite : « nous sommes conscients de l'importance politique de l'Algérie, dans le monde arabe et en Afrique. L'Algérie est un partenaire politique majeur et fiable de l'Europe, par exemple dans les domaines de la sécurité, de la stabilité régionale et de notre lutte commune contre le terrorisme qui font, depuis de longues années, l'objet d'une coopération étroite et confiante entre nos pays. En outre, l'Algérie compte parmi les plus grandes économies nationales de l'Afrique. Elle se situe à l'interface du monde occidental, du monde oriental et du monde africain, et relie ainsi, de par sa position géographique, les marchés de l'Europe, de l'Afrique et du monde arabe ». Plus de 220 entreprises allemandes exercent leurs activités, en Algérie ; un grand nombre d'entre elles sont, particulièrement actives dans le domaine de la Formation et de l'Emploi de jeunes Algériens. L'ambassade d'Allemagne, à Alger, et la Chambre algéro-allemande de Commerce et d'Industrie, qui compte environ 400 adhérents allemands et algériens, soutient ces échanges économiques entre les deux pays. Cependant, il faut comparer le comparable ainsi, à prix courant, le produit intérieur brut selon la Banque mondiale, pour 2015 a été de 214 milliards de dollars pour l'Algérie, Pour la population 2016 au 1er janvier 2016, elle est de 40,4 millions d'habitants pour l'Algérie, et directement et indirectement les exportations d'hydrocarbures représentent 97/98% des recettes, en devises. Le volume des échanges bilatéraux, entre l'Algérie et l'Allemagne, a enregistré, en 2014, environ 5,1 milliards d'euros et pas d'évolution notable entre 2015/2016. L'Allemagne a importé de l'Algérie pour un montant de 2,5 milliards d'euros (principalement du pétrole) et a exporté pour un montant d'environ 2,6 milliards d'euros vers l'Algérie. Selon l'agence ‘Reuters' et le site d'informations allemand, ‘Deutsche Welle', (information à confirmer) il y aurait eu la signature d'un important contrat d'armement entre l'Algérie et l'Allemagne et les exportations en armement de l'Allemagne à destination de l'Algérie auraient atteint, durant la période de janvier à septembre 2016, plus de 4,029 milliards d'euros.

Au cours de l'année 2015, l'essentiel des échanges extérieurs de l'Algérie reste, toujours, polarisé sur les partenaires traditionnels. En 2015 la Chine avec 8,22 milliards de dollars, la France 5,42, l'Itlaie 4,82, l'Espagne 3,93 et l'Allemagne 3,38 milliards de dollars. Pour les fournisseurs, selon les statistiques du CNIS, n'apparaît aucun montant. Pour les 11 premiers mois de 2016, les données des Douanes indiquent 42,78 mds usd d'importations de biens non inclus les services. L'Italie a préservé sa place traditionnelle en tant que premier client de l'Algérie, au cours des 11 premiers mois 2016, en absorbant 4,41 mds usd des exportations nationales, soit 17,24% des exportations globales algériennes, durant cette période. Elle est suivie de l'Espagne, de la France, des Etats-Unis et du Canada qui ont importé pour des montants respectifs de 3,24 mds usd (12,67%), 2,95 mds usd (11,53%), 2,79 mds usd (10,9%) et 1,25 milliard usd (4,91%). Paradoxalement l'Allemagne n'apparaît pas dans cette rubrique des exportations algériennes, le montant étant certainement dérisoire. Pour ce qui est des importations, la Chine reste en tête des pays fournisseurs de l'Algérie avec 7,7 mds usd Ce qui représente 18,01% des importations globales algériennes, entre janvier et novembre. Vient la France avec 4,37 mds usd (10,22%), suivie de l'Italie avec 4,26 mds usd (9,96%), de l'Espagne avec 3,29 mds usd (7,71%) et de l'Allemagne avec 2,7 mds usd (6,34%).

Quelles sont les perspectives de la coopération algéro-allemande ? Plusieurs domaines de coopération aient été identifiés, mais les opérateurs allemands sont peu attirés par l'investissement, en Algérie, tant le cadre réglementaire n'est pas vraiment en leur faveur. Selon maintes déclarations des opérateurs et autorités allemandes, la règle 51/49, appliquée aux investissements étrangers, ne distinguant pas nettement secteurs stratégiques et secteurs non stratégiques, ont fait fuir les entreprises allemandes, notamment les PMI/PME à l'instar, d'ailleurs, de nombre d'autres pays. Or les quelque 4.400 entreprises de gouvernance familiale que compte l'Allemagne, forment la colonne vertébrale de l'Economie allemande, sans compter l'importante diaspora évaluée à environ, quelque 30.000 Algériens, en Allemagne, plutôt «bien intégrée». Environ 220 sociétés d'Outre-Rhin sont implantées, en Algérie et emploient quelque 2,000 personnes. Selon les données allemandes, quelque 200 sociétés allemandes sont implantées, en Algérie. Elles évoluent dans différents secteurs d'activité, entre autres, l'Energie, les Services, l'Hydraulique, le Transport et les Technologies de la construction et le développement des énergies renouvelables dont l'Allemagne a une grande expérience. L'Algérie importe essentiellement, de ce pays, des équipements mécaniques, électriques, sidérurgiques, des véhicules et des produits chimiques et des graisses. Les exportations algériennes sont, à l'inverse, constituées, essentiellement, des hydrocarbures (pétrole et gaz) et dérivés. Malgré ces échanges minimes loin des potentialités, la volonté politique «partagée» par les deux capitales et leurs intérêts économiques et géostratégiques respectifs, restent, malgré la crise économique et financière mondiale, favorables au renforcement des échanges économiques et de la coopération bilatérale, dans plusieurs secteurs porteurs. L'objectif essentiel est de renforcer le partenariat, tout en étudiant le marché économique des deux pays, afin de rechercher les opportunités de coopération, en vue d'accroître les échanges commerciaux et la coopération bilatérale, notamment, dans le secteur de l'Energie (solaire, éolienne et photovoltaïque) et des Technologies.

L'Algérie, bien qu'existent plusieurs options, accordait, pour les prochaines années, la priorité aux énergies renouvelables. Aussi, parallèlement dans le cadre d'un partenariat gagnant/gagnant, dans divers domaines en intégrant l'accumulation du savoir-faire technologique et managérial des Algériens, l'on pourrait aboutir à la conclusion de contrats de coopération avec des entreprises algériennes, dans d'autres filières où l'Algérie a un avantage comparatif mondial, où l'Allemagne par un partenariat gagnant/gagnant, pourrait utiliser ses réseaux de commerces internationaux, car nous sommes à l'ère de la mondialisation.

3.-En conclusion, les Allemands qui n'ont pas de contentieux historique avec l'Algérie , privilégiant le pragmatisme et connus pour leurs franchises ont fait savoir, récemment, au gouvernement algérien qu'ils étaient prêts à intensifier la coopération mais que les dernières mesures gouvernementales de l'Algérie, notamment, les 49/51% étaient contre-productifs, vision administrative, devant privilégier la référence économique comme la balance devises et l'accumulation du savoir-faire organisationnel et technologique. L'Economie allemande étant dominée par le secteur privé, et l'Economie algérienne par la dominance de la bureaucratie qui produit la sphère informelle, un système financier et socio-éducatif à réformer, en plus de la levée du foncier, il appartient, aux Algériens, de lever les obstacles à la mise en œuvre des affaires, supposant de profondes réformes structurelles, une bonne gouvernance et une visibilité et cohérence de la politique socio-économique du gouvernement. Sous ces réserves, dans la pratique des affaires, n'existant pas de sentiments, la coopération algéro-allemande pourrait s'intensifier dans le cadre du respect mutuel.

*Professeur des Universités, expert international