Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Pourquoi le programme économique de Donald Trump remontera le prix du pétrole à 100 dollars et dopera l'économie mondiale ? (Suite et fin)

par Medjdoub Hamed*

Sixième stade historique 2017-2020… Le baril de pétrole porté à 100 dollars et plus

Evidemment, cette situation déflationniste était vécue difficilement par les pays occidentaux, en particulier l'Europe. Comme en témoigne la situation de la Grèce, de l'Espagne, du Portugal, de l'Italie. Et même de l'Autriche, de la France, du Royaume-Uni qui a fini par sortir de l'Union européenne (Brexit). Les peuples européens ont perdu confiance en leurs dirigeants. Le riche est devenu plus riche et le pauvre est devenu plus pauvre. Ces inégalités se sont étendues au reste du monde. A voir le nombre de milliardaires lourds en Chine qui ont dépassé le nombre de milliardaires américains. L'inexorable montée en puissance du populisme en Europe et aux États-Unis constitue un témoignage parlant que les peuples d'Europe et d'Amérique aspirent à un mieux-être, à voir leurs conditions d'existence s'améliorer.

On comprend pourquoi partout en Occident, les partis populistes et d'extrême droite enregistrent des succès électoraux. S'explique aussi le succès du discours de Donald Trump, devenu le 45ème président des États-Unis. Comme l'énonce son programme sur le site de la Maison-Blanche. «By standing side-by-side with America's workers and businesses, the President's policies will unleash economic growth, create 25 million new jobs, and help make America great again.» Traduit: «En se tenant au côté des travailleurs et des entreprises américaines, les politiques du président libéreront la croissance économique, créeront 25 millions de nouveaux emplois et aideront à rendre la grandeur de l'Amérique encore une fois.» (9) Et ce qu'aspirent les Américains, en réalité, c'est un travail, un salaire conséquent pour vivre et une vie décente. Et cette aspiration est valable pour tous les peuples.

Pour ce qui est du chômage aux États-Unis, on annonce fin 2016 un taux de 4,9%. Comment se fait-il que Donald Trump promettait, lors de la campagne électorale, la création de 25 millions d'emplois durant son mandat, s'il était élu, alors que le taux de chômage américain est faible ? Le total de la population active étant de 253,229 millions d'Américains en juin 2016.

Or, dans des médias, il est énoncé que «le taux de participation à la population active qui était de 63% au mois de mars 2016 a baissé depuis et vient d'atteindre 62,6% au 31 mai 2016 et n'avait pas été si faible depuis novembre 1977, lorsque le taux de participation était de 62,8%… Le nombre d'Américains se trouvant hors de la population active (en dehors du marché du travail) vient d'atteindre un nouveau record au 31 mai 2016, selon les nouvelles données sur l'emploi publiées vendredi 03 juin 2016 par le département du Travail américain (Bureau of Labor Statistics -BLS). Le département du Travail américain (Bureau of Labor Statistics – BLS) rapporte vendredi 03 juin 2016 que 94,708 millions d'Américains (âgées de 16 ans et plus) n'étaient ni employés le mois dernier, ni en recherche active d'un emploi sur les quatre dernières semaines. […] Le taux de chômage serait de 23% au 31 mai, 2016, selon le site Shadowsstats. […] Jacques Attali, août 2014, énonce que «le chômage est à 17% aux États-Unis et non de 6%». (10)

Dans le journal Le Monde, «le taux de chômage, qui avait nettement reculé en mai 2016, est reparti à la hausse. Fin juin, il s'élevait à 4,9% de la ­population active, soit un gain de 0,2 point sur le mois. Ces évolutions contradictoires s'expliquent principalement par l'évolution du taux de participation, c'est-à-dire la proportion d'Américains qui ont un travail ou qui sont à la recherche active d'un emploi. En juin, il est passé de 62,6% à 62,7 %.» (11)

On prend conscience que la réalité est tout autre entre le taux de chômage officiel et le taux de chômage réel qui prend en compte ceux qui ne sont pas décomptés. Le taux de chômage réel aux États-Unis montre le ras-le-bol des Américains sans travail. Le SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program), connu sous le nom de «Food Stamp Program», est le plus grand programme alimentaire fédéral des Etats-Unis, voire du monde. Il est destiné aux personnes à faible revenu qui ont besoin d'une aide financière (les bons alimentaires) pour se nourrir décemment. Pour pouvoir en bénéficier, il faut avoir des revenus mensuels inférieurs à un certain seuil (973 $ nets pour une personne vivant seule). Près de 46 millions d'Américains, soit 15% de la population vivait en avril 2011 grâce à des bons alimentaires, a indiqué vendredi 5 août le ministère de l'Agriculture des Etats-Unis. Ce chiffre record a augmenté de 2,5% entre mai 2010 et avril 2011. (12). Un total de 48,75 millions d'Américains pauvres se nourrissait en juin 2016 à l'aide de tickets de rationnement (SNAP).

Quant à la politique monétaire, Donald Trump dénonce l'artificialité du processus mené par la Réserve fédérale américaine. « Ils maintiennent les taux au plus bas pour que tout le reste ne s'effondre pas. A un moment donné, les taux vont devoir changer. […] Nous avons une économie artificielle. […] La seule chose qui soit forte, c'est le marché artificiel des actions», a-t-il dit en réponse à un journaliste l'interrogeant en marge d'un déplacement de campagne dans l'Ohio sur un possible relèvement des taux dès ce mois-ci. […] N'étant pas à une contradiction près, Donald Trump expliquait, dans une interview accordée au magazine Fortune au mois d'avril, qu'il était favorable à la politique de taux bas de la Fed. Il annonçait qu'il remplacerait Janet Yellen s'il était élu, tout en reconnaissant «qu'elle a fait un travail utile». Mme Yellen, nommée par le président Barack Obama pour un mandat de quatre ans, occupe depuis février 2014 le poste le plus puissant de la finance mondiale.» (13)

Si le discours populiste de Donald Trump a porté, le faisant élire président des États-Unis, une question se pose : Comment Donald Trump compte-t-il redresser la situation économique et réaliser ce qu'il a promis à ses électeurs ? Le programme économique qu'il défend est connu dans ses grandes lignes :

1. Dépenses d'infrastructure pour un montant de 1.000 milliards de dollars sur dix ans,

2. Baisser les impôts et faire passer le nombre de tranches d'imposition de sept à trois,

3. Reconstruire l'armée américaine en faisant sauter les coupes budgétaires automatiques qui limitent la croissance des dépenses,

4. Amender Obamacare et revoir la couverture sociale pour l'ensemble du peuple américain.

Un tel programme va nécessiter des injections monétaires massives. Selon des analystes, un montant de l'ordre de 10.000 milliards de dollars. «Après le temps des promesses électorales, Donald Trump va devoir se confronter à la réalité. Et celle-ci ne s'annonce pas très engageante, si l'on en croit les dernières projections budgétaires du bureau du Budget du Congrès américain (CBO), une instance non partisane. Selon les éléments publiés mardi 24 janvier, la dette publique américaine devrait augmenter de 10.000 milliards de dollars (9.330 milliards d'euros) au cours de la prochaine décennie. Une anticipation inquiétante au moment où le nouveau président entend procéder à des baisses «massives» d'impôts, augmenter le budget de la défense et lancer un ambitieux plan d'investissement dans les infrastructures de 1.000 milliards de dollars.» (14)

Ce montant de 10.000 milliards de dollars ne doit pas étonner quand on sait que les deux mandats de Barack Obama ont accru la dette publique des États-Unis de quelque 9.000 milliards de dollars. La faisant passer de 10.000 Md USD en 2008 à plus de 19.000 Md USD en 2016. De plus, avec les Quantitative easing, les États-Unis se sont fortement désendettés. La Chine a perdu aujourd'hui quelque 1.000 Md USD sur les 4.000 milliards qu'elle avait accumulés en 2014. «La Chine puise dans ses réserves. En 2016, les réserves de changes de la République populaire ont reculé de près de 320 milliards de dollars. Pékin dispose cependant encore d'un large matelas de sécurité de 3.011 milliards de dollars, les plus importantes réserves de change du monde.» (15) La Russie a vu aussi ses réserves de change fortement baisser, passant de 537 Md USD, en 2012, à 390 Md USD en novembre 2016. L'Algérie de 194 Md USD à 114 Md USD. Et tous les autres pays émergents et exportateurs de pétrole sont concernés par les pertes de réserves de change. Par conséquent, l'endettement extérieur américain a baissé vis-à-vis du reste du monde. Il en va de même pour la zone euro, le Royaume-Uni et le Japon.

La première remarque essentielle que l'on doit dire d'abord est que le programme projeté par Trump vient en droite ligne de la politique économique d'Obama durant ses huit ans de mandature. En clair, Donald Trump doit la réalisation à venir de son programme à l'héritage économique et financier que lui a laissé son prédécesseur. Sans la sortie de la crise financière de 2008 et sans les QE, c'est-à-dire les liquidités créés ex nihilo qui sont venues à la fois relancer l'économie occidentale et du monde et dégonfler la dette extérieure américaine, le programme du nouveau président américain serait irréalisable. Donald Trump ne pourrait ajouter de la dette à la dette extérieure. Les États-Unis seraient tout simplement en faillite vis-à-vis du reste du monde. Ils ne pourraient répondre au service de la dette externe sauf à créer de l'inflation, ce qui signifierait le déclin du dollar.

Ce qui nous fait dire que c'est l'héritage d'Obama qui permettra à Donald Trump de réaliser son programme. Ouvrant ainsi un nouveau cycle de financement. Comment va s'opérer ce nouveau cycle ?

Tout d'abord, les États-Unis enregistrent année après année des déficits jumeaux, budgétaire et courant. Pour l'année 2015, «le déficit des finances de l'Etat fédéral s'est établi à 587 milliards de dollars sur la totalité de l'exercice clos fin septembre 2016 contre 439 milliards en 2015.» (16)

Quant au déficit courant pour l'ensemble de l'année 2015, il a atteint 484,1 milliards de dollars, le plus important depuis 2008. (Reuters France)

Dès lors, la seule issue pour réaliser le programme de Trump, ce sont des injections monétaires comme ont procédé ses prédécesseurs, c'est-à-dire Bush junior et Obama. On peut postuler que la politique américaine tout en étant restrictive sur le plan du taux d'intérêt sera très expansive sur le plan monétaire. Ce processus commencera dès 2017. Dans un premier temps, le dollar va s'apprécier par rapport aux autres monnaies avec la hausse du taux d'intérêt de la Fed, mais les injections de liquidités qui s'opèreront sur injonction de Trump feront forcément baisser le dollar par rapport à l'euro, la livre sterling et le yen.

Une dépréciation du dollar qui sera inévitable, comme dans les années 2002 à 2008 sous Bush, et 2008 à 2014, sous Obama.

Pour éviter une dépréciation continue et risquée pour le dollar, le recours à l'augmentation du cours du pétrole est lui aussi inévitable. C'est une condition sine qua none pour la réalisation de l'ambitieux programme du nouveau président qui veut créer 25 millions d'emplois. Et cela passe par une financiarisation de l'économie américaine que la Fed nolens volens sera obligée d'opérer. Il faut le répéter «sans ces liquidités massives, il est strictement impossible pour Donald Trump de remplir ses promesses.» Par conséquent, le prix du pétrole sera probablement porté à la fin de l'année 2017 à plus de 70 dollars, voire 80 dollars. Evidemment, tout dépendra de l'application du programme économique qui, bien qu'il ne soit pas divulgué, est connu dans ses grandes lignes. On peut penser que Trump cherchera à accélérer le processus.

En 2018, le prix du pétrole pourrait même atteindre 100 dollars le baril si Donald Trump augmente rapidement les dépenses publiques et la baisse d'impôts pour les entreprises américaines. Les baisses d'impôts s'apparentent à des subventions pour doper la compétitivité des entreprises américaines. Qui seront évidemment contrebalancées par des émissions monétaires conséquentes de la Fed. Le relèvement du taux d'intérêt directeur de la Fed sera probablement porté à 1,5% en 2017. Cependant, il ne constituera pas un frein à la croissance pour l'économie américaine. Bien plus, il attirera des liquidités du monde entier vers les places financières américaines, ce qui, dans un certain sens, par le recyclage, permettra de pondérer la politique monétaire américaine. Plus d'achats d'obligations souveraines américains par les pays du reste du monde. Le processus continuera en 2019 et 2020, avec un prix du baril au-dessus des 100 dollars, hormis quelques rares exceptions de chute qui ne seront pas durables.

Pour les pays de l'OPEP, ils n'auront plus à se conformer aux accords pétroliers conclus à Alger et Vienne, fin 2016. Le pétrole de schiste américain ne sera pas une entrave à la hausse des cours pétroliers. Lui aussi jouera un rôle dans la pondération du dollar mais aussi en création d'emplois. L'Europe, face à la politique de dépenses pour la relance de l'économie américaine, va se trouver confrontée dans un premier temps à la hausse du taux d'intérêt directeur de la Fed et son pendant, l'appréciation du taux de change du dollar. Il en ira de même pour le Royaume-Uni et le Japon. Cette appréciation du dollar comme on l'a énoncé ne sera pas durable. Un dollar apprécié n'est pas dans l'intérêt des entreprises américaines, il sape leur compétitivité. Et les injections de liquidités auraient rapidement fait déprécier la monnaie américaine. Il peut arriver que la dépréciation du dollar sera si forte que le prix du pétrole porté à 120, voire 130 dollars le baril, ne suffira pas pour pondérer la baisse du dollar. L'or, en tant que contrepartie physique, sera alors mis à contribution. Se rappeler le prix de l'or, qui a touché un plafond en 2011, plus de 1900 dollars l'once, lorsque la Fed a commencé à injecter des liquidités dans le programme du QE2 de 2010 à 2012. L'objectif des autorités monétaires américaines est d'éviter une émission monétaire inflationniste. Par conséquent, la Fed est tenue de maintenir le taux d'inflation à 2%, ou proche de cette valeur. Se comprennent alors les garde-fous tels le pétrole et l'or, y compris la hausse des prix des matières premières, pour pondérer la dépréciation du dollar. Se rappeler lors du sauvetage des banques, au plus fort de la crise en 2008, même les prix des produits agricoles, facturés en dollar, ont augmenté, provoquant une crise alimentaire.

L'Europe, le Royaume-Uni et le Japon vont aussi réagir à la politique monétaire fortement expansive des États-Unis. La baisse du dollar fait apprécier leurs monnaies sur les marchés monétaires. Ils vont donc contrebalancer cette politique et, à leur tour, agissant de concert avec la Fed, procéder à des émissions monétaires ex nihilo. Ce qui permettra à la fois :

1. de limiter l'appréciation de leurs monnaies et défendre leur compétitivité commerciale,

2. par l'appréciation de leurs monnaies par rapport au dollar, diminuer le coût de leurs importations pétrolières du Moyen-Orient et du Maghreb,

3. par les émissions monétaires ex nihilo, dégonfler la facture de leurs importations pétrolières.

Pour le reste du monde, les pays exportateurs de pétrole OPEP et non-OPEP recommenceront à accumuler des réserves de change. Ils se transformeront de nouveau, au côté des États-Unis par leurs déficits, en moteur pour l'économie mondiale.

Quant à la Chine, comme le Mexique, les mesures protectionnistes lancées par Donald Trump changeront peu à l'évolution économique mondiale. L'économie américaine est tellement imbriquée dans l'économie mondiale qu'elle n'a aucune échappatoire pour s'en sortir. Le dollar comme les autres grandes monnaies (euro, livre sterling et yen) ont tous un statut mondial. Et le maître de l'œuvre, au niveau mondial, c'est l'Amérique. Elle n'a pas d'issue pour sortir de la mondialisation, sauf à couper le cordon ombilical qui lie le dollar au pétrole, à l'or et aux autres matières premières.

Si les États-Unis le feront, ils pourront alors dire «adieu le complexe militaro-industriel. Adieu les 800 ou 900 bases militaires dans le monde. Adieu les task-groups aéronavals qui sillonnent mers et océans dans le monde. Adieu la conquête spatiale ! Ou, à défaut, une forte limitation des programmes ambitieux de l'Amérique. Un risque même de Brexit en Amérique, un Califorexit.» Ce sont ces enjeux et ces avoirs géostratégiques qu'ont les États-Unis qui leur interdisent un repli sur soi. Ce à quoi Donald Trump ne pourra que s'exécuter, comme ses prédécesseurs

Par conséquent, la Chine accumulera aussi de nouveau des réserves de change. Un protectionnisme américain contre la Chine est à relativiser, car il la poussera à se projeter dans d'autres directions. Par exemple, tisser plus de relations économiques avec l'Europe, la Russie, le monde musulman et le monde africain.

Ceci étant, il reste néanmoins un écueil devant la réalisation du programme économique annoncé par Trump lors de sa campagne électorale : la Fed. La gouverneure Janet Yellen a déjà, en janvier 2017, attiré l'attention du Congrès américain que Donald Trump va augmenter l'endettement des États-Unis. Mais l'homme anti-système, dans son bureau ovale, ne l'entendra pas ainsi. Il va forcer la main au comité de la Réserve fédérale américaine. Janet Yellen et son comité (FOMC) ne pourront rien opposer. A quoi servirait d'étouffer l'économie américaine et, par ricochet, l'économie mondiale en continuant à limiter les injections monétaires et maintenir le cours du pétrole baissier ? Et le taux de chômage américain de 4,9% ne reflète pas la réalité. Sinon à maintenir une situation de stagnation et de marasme économique mondial qui ne sera favorable ni à la prospérité américaine ni au reste du monde. Le chômage dans le monde ne fera qu'augmenter, les salaires baisser, les prix montant, les inégalités se creusant entre les classes populaires, y compris moyennes et la classe riche, et le populisme dans le monde monter en puissance.

Surtout que le comité (FOMC) de la Réserve fédérale américaine et, bien sûr, Janet Yellen et Donald Trump savent que la dette publique américaine est toujours soutenable tant que le dollar garde le statut international qu'il a aujourd'hui ; qu'aucune monnaie au monde ne peut encore se comparer à lui.

Que la dette fédérale américaine passerait au bout du premier mandat de 19.000 à 24.000 milliards de dollars et, s'il est réélu et probablement il le serait s'il aurait rempli ne serait-ce qu'une petite partie de son programme, ce qui le rendrait crédible, et que la dette passerait de nouveau de 24.000 à 29.000 milliards de dollars -comme l'écrivent des analystes : «La dette américaine qui est de 20.000 milliards de dollars en janvier 2017 passera en 2021 à 28.000 milliards de dollars.» (17)- n'empêcherait pas de dire qu'elle est soutenable.

Pour parler proprement de soutenabilité de la dette publique américaine, qu'en est-il réellement ? Tout d'abord une première réponse. Un taux de croissance promis par Trump à 4% par an ferait progresser le PIB américain de 37% en 8 ans. Le PIB passerait de 19.000 milliards de dollars à 26.000 milliards de dollars. Le ratio dette fédérale/PIB serait porté à 111,5%. Comparons ce ratio dette/PIB au ratio laissé par Obama : «L'année fiscale 2016 vient de se clôturer aux États-Unis. L'occasion de faire le point sur la dette de la première puissance économique mondiale. Elle s'est creusée à hauteur d'environ 7,5% du PIB 2016, soit un peu plus de 1,4 trillion de dollars ! C'est ce que nous apprend Simon Black, ainsi que bien d'autres faits intéressants sur la solidité financière des USA, à travers cet article publié sur SovereignMan.com le 3 octobre 2016 :« C'est officiel. Le gouvernement américain a clôturé l'année fiscale 2016, qui a pris fin le vendredi 30 septembre, avec une dette totale s'élevant à 19.573.444. 713.936,79 $.» (18)

En 2016, le ratio dette publique/PIB est de 107,5%. Au final, l'écart entre les deux mandatures de Trump et l'année de prise de fonction n'aura fait augmenter l'endettement public américain que de 4%. D'autre part, en cas de hausse d'endettement extérieur, et c'est le plus important, rien n'empêchera Donad Trump d'ordonner à la Réserve fédérale un quatrième Quantitative easing, au cours de sa mandature, pour dégonfler la dette extérieure américaine. Un QE4 contrebalancé par un QE (LTRO ou autre appellation) par la BCE, un QE de la BoE, un nouveau abenomic par la BoJ, permettrait de nouveau de dégonfler les dettes extérieures des États-Unis, de l'Europe et du Japon. Ce qui signifierait pour les pays exportateurs un retournement pétrolier, et donc un nouveau rééquilibrage macroéconomique entre l'Occident et le reste du monde. Qui toucherait évidemment les pays émergents.

Voilà, à peu près, avec une très forte probabilité, ce qui se passera dans les années à venir. L'auteur, dans cette analyse-prospective, n'est pas devin, il n'a fait que donner un sens aux enseignements que fournissent les forces transhistoriques, qui sont compréhensibles et à la portée de tous. Ces forces, que nous le voulions ou non, jouent précisément à chaque fin d'un cycle pour ré-enclencher la machine économique mondiale, nonobstant ceux qui, au sommet, veulent se mettre au travers de l'Histoire et de la prospérité économique des peuples.

Pour terminer et mettre en relief ceux qui bloquent dans un certain sens les avancées des peuples, évoquons ce qu'a énoncé Henry Ford, en 1922. «It is well enough that people of the nation do not understand our banking and monetary system, for if they did, I believe there would be a revolution before tomorrow morning. » En français, cela se lirait : « Il est une chance que les gens de la nation ne comprennent pas notre système bancaire et monétaire, parce que si tel était le cas, je crois qu'il y aurait une révolution avant demain matin. »

Au sens historique, il n'y aurait ni ne pouvait y avoir de révolution contre les banques pour la simple raison que les peuples ne savaient pas, et ce non-savoir entrait dans cette auto-organisation du système bancaire et monétaire mondial qui n'est pas venu de lui-même, mais venu des forces historiques même qui l'ont engendré. Dans le sens que le dollar, la Fed et les États-Unis ne sont pas venus d'eux-mêmes, mais sont venus par l'histoire. Il y a un sens herméneutique dans cette organisation financière dont le pétrole est devenu un pilier, malgré lui. Parce que c'était et c'est encore nécessaire, le monde ne relève pas du hasard, mais est déterminé par l'histoire. Et le monde l'apprend au fur et à mesure qu'il avance dans l'histoire.

Quoi que l'on dise, le système financier et monétaire global comme il a été constitué et l'est aujourd'hui n'est pas négatif en soi, puisqu'il a été et est historiquement nécessaire. C'est cela que l'on doit comprendre. Il est nécessaire parce qu'il le doit aux forces de l'histoire, sauf qu'il a besoin d'être orienté. Et pour terminer, l'auteur, d'une ville d'Algérie (Blida) où il habite, lance un message «aux politiques, politologues, économistes, chercheurs et journalistes, où qu'ils soient dans le monde, de ne pas laisser les Banquiers centraux, les dirigeants de la finance mondiale, disposer de l'humanité à leurs convenances.»



Notes :

9. «Bringing Back Jobs And Growth» Traduit : « Rétablissement des emplois et de la croissance » Site de la Maison-Blanche

https://www.whitehouse.gov/bringing-back-jobs-and-growth

10. « États-Unis: Nouveau Record au 31 mai 2016: plus de 94,7 millions d'Américains sont en dehors de la population active», juin 2016

http://www.businessbourse.com/2016/06/03/etats-unis-nouveau-record-au-31-mai-2016-plus-de-947-millions-damericains-sont-en-dehors-de-la-population-active/

11. «Aux États-Unis, l'emploi repart, mais les doutes demeurent», Le Monde. Le 09 juillet 2016

http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/07/09/aux-etats-unis-l-emploi-repart-mais-les-doutes-demeurent

12 « Près de 46 millions d'Américains vivent grâce à des bons alimentaires», Le Monde. Le 05/08/2011

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2011/08/05/pres-de-46-millions-d-americains-vivent-grace-a-des-bons-alimentaires

13. «Nouvelle charge de Donald Trump contre la Réserve fédérale», Le Monde. Le 06 septembre 2016

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/09/06/nouvelle-charge-de-donald-trump-contre-la-reserve-federale

14. «Les promesses de Donald Trump à l'épreuve de l'augmentation de la dette américaine», par Le Monde Economie. Le 25/01/2017

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/01/25/les-promesses-de-donald-trump-a-l-epreuve-de-l-augmentation-de-la-dette-americaine

15. « Chine : les réserves de change ont fortement reculé en 2016», par la tribune.fr. Le 07/01/2017

http://www.latribune.fr/economie/international/chine-les-reserves-de-change-ont-fortement-recule-en-2016-628939.html

16. «USA : le déficit budgétaire repart à la hausse», par Lefigaro.fr avec AFP. Le 14/10/2016

http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2016/10/14/97002-20161014FILWWW00402-usa-le-deficit-budgetaire-repart-a-la-hausse.php

17. «Trump va augmenter la dette américaine de façon exponentielle», par Gold Broker. Le 19 novembre 2016

https://www.goldbroker.fr/actualites/trump-va-augmenter-la-dette-americaine-de-facon-exponentielle

18. «Dette américaine 2016 : un coût plus élevé que le plan Marshall !», par or-argent.eu. Le 4 octobre 2016

http://or-argent.eu/dette-americaine-2016-un-cout-plus-eleve-que-le-plan-marshall/

*Auteur et Chercheur indépendant en Economie mondiale, Relations internationales et Prospective