Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Professeur chef de service, la fin d'un mythe

par Docteur Mahmoud El Salah Khaznadar*

Le grade de professeur en médecine a, en tout lieu et en tout temps, toujours forcé le respect au sein des divers pans d'une société, du plus petit des gouvernés au plus grand des gouvernants. La fonction de chef de service hospitalo-universitaire a toujours joui d'une aura spécifique et particulière lui conférant une reconnaissance de pouvoir éclairé et utile.

Le cumul des deux octroyait de fait au récipiendaire le statut de «Übermensch» par son entrée dans une loge mythique que l'imaginaire populaire, autant que la réussite au terme du parcours le plus long dans la vie universitaire, plaçait en situation «über alles» incluse dans la qualification du maître.

Le mythe s'est perpétué au fil des temps. Il fut entretenu par la considération sans faille du pouvoir politique et administratif, l'exemplarité dans la dignité et le panache affichée par les maîtres, le respect par tous d'une tradition et du sacerdoce de la mission consubstantielle du grade et de la fonction. Il fut consolidé et véhiculé par la confiance sans faille des populations et le respect quasi-filial des enseignés et des disciples.

Sous d'autres cieux ce mythe persiste et perdure, car inscrit dans des procédures, des règles, une éthique contrôlée, évaluée et sanctionnée qui font de la trame du granit qui résiste à l'érosion du temps, aux actions de la nature humaine et au conflit inévitable des générations. Sous nos cieux il s'est effrité de manière prématurée, en quelques décennies, en raison de la déliquescence ambiante progressive pour être aujourd'hui en échappement libre et incontrôlé. Le grade a perdu son prestige, la fonction n'a plus rien de supérieure, le professeur tout comme le professeur chef de service n'est plus ce qu'il était et le sera encore moins demain en raison de la perte de confiance aux yeux des citoyens et du discrédit au sein des jeunes générations. A moins que…

Il serait simple, voire simpliste, de résumer la situation par le fait que le secteur ne pouvait échapper à la fatalité régressive qui touche tous les secteurs et la société en général. Il faut refuser de tels raccourcis car le secteur est censé receler une élite à la fois universitaire mais aussi intellectuelle, et c'est de l'élite que peut venir la renaissance d'une nation, et a fortiori celle d'une corporation.

Il serait tout autant simpliste de résumer le drame actuel, car s'en est un, à un simple conflit entre «jeunes loups et vielle garde» comme rapporté par un professeur qui, bien qu'ayant quitté le secteur en 1993, se sent obligé de répondre à «l'appel de sa conscience d'ancien professeur» et ce 23 ans après !? dans un article intitulé «entre crise morale et poids des lobbies, le secteur hospitalo-universitaire s'effondre» ; nous y reviendrons.

Les raisons de la mise au ban et de la livraison à l'opprobre sont identifiables. Les individualiser et les identifier sereinement pour les annihiler représente le chemin obligé pour redorer le blason de la corporation pour l'honneur du corps et, indubitablement, dans l'intérêt de la formation médicale et la santé des populations. Quant au pouvoir médical, tant décrié bien que de tout temps virtuel et encadré, il ne pourra être établi, dans un très lointain avenir, que dans l'union de ses acteurs toutes générations incluses et ne pourrait être admis, et donc réel, que par la reconnaissance publique de la respectabilité de ceux qui prétendent l'exercer.

La profession est rentrée dans l'œil du cyclone en octobre 2013 dans le cadre d'orientations de la chefferie du gouvernement relatives au rajeunissement de l'encadrement des institutions et des administrations publiques. Le secteur hospitalo-universitaire subit une première mesure par la décision de mise aux fins de fonction en qualité de chef de services pour tout enseignant ayant atteint l'âge de 70 ans au 31 octobre 2013. Suite à l'exécution de cette décision par instruction interministérielle du 10 novembre 2013, les concernés, dont la majorité après un statut de chef de plus de trente années, se retrouvent en situation de sous-ordre dans le service même !?

Cette situation unique dans les annales universelles, l'acceptation de cette «déchéance» par les anciens chefs, les dommages collatéraux engendrés par la cohabitation entre le nouveau chef intérimaire et l'ancien chef titulaire déchu n'aura en rien procuré à la qualité des soins attendue de la «jouvence» de cette opération tout en desservant tristement et de manière profonde l'image de marque des «maîtres».

La descente aux enfers dans la suite des événements était prévisible et l'impression d'une véritable opération parallèle à l'orientation politique fondée et nécessaire à la refonte du système, visant à faire du médecin en général et du sommet de sa hiérarchie en particulier le bouc émissaire de l'échec de toutes les réformes de santé, devient au fil des mois une conviction, y compris à l'heure actuelle pour le citoyen lambda.

La mise à feu a été engagée par un article d'Ecchorouk en ligne daté du 13 octobre 2013 intitulé : «Sellal ordonne au ministre de la Santé de nettoyer les hôpitaux des barons». Dans cet article d'une gravité extrême, à plus d'un titre, les deux journalistes, l'un pour la version nationale, l'autre pour la version française font état de «la source» et de «interlocuteur» pour porter des accusations de comportements délictuels à l'encontre des hospitalo-universitaires en les livrant à la vindicte populaire.

«…les chefs de service hospitaliers qui sont nommés par décret présidentiel, sont devenus la cause directe et principale de la situation catastrophique que vit le secteur de la santé dans le pays, surtout que la plupart d'entre eux, sont dépassés par les événements du monde scientifique» ; «…la plupart des chefs de service s'accaparent les efforts des étudiants chercheurs et recourent au vol scientifique, pour justifier leur maintien à leurs postes et généralement la pression et l'intimidation sont le moyen le plus approprié pour leur silence» ; «..Un rapport du ministère de la Santé sur le marché des médicaments et les conditions de la profession de pharmacien, révèle que la principale raison de l'échec de la politique du générique en Algérie est due aux relations suspectes entre les laboratoires étrangers et les responsables des services hospitaliers qui sont devenus les plus grands promoteurs des médicaments étrangers».

Pas plus, pas moins, les professeurs en médecine, chefs de service, sont mis à l'index comme parrains mafieux, code d'honneur en moins, assimilés à des barons au même titre que ceux de la drogue et de l'informel qui, eux, ont l'avantage de jouir de l'anonymat ; cette dérive médiatique n'entraîne aucune réaction des institutions de l'Etat. Le ministère de la Santé, si prompt à médiatiser tout fait divers médical, directement incriminé, ne juge pas utile de donner suite, ne serait-ce que par un simple communiqué !?

Il faut noter également qu'il n'y a eu aucune réaction de la corporation elle-même, que ce soit le SNECHU, qui sera accusé de tous les maux par la suite, ou des différents conseils scientifiques des établissements hospitalo- universitaires regroupant l'ensemble des chefs de service et incluant ceux qui aujourd'hui réagissent car directement concernés.

La deuxième déflagration a lieu en 2014 suite aux résultats du concours de chefferie de service. Concours organisé sur la base d'une grille d'évaluation, qui peut être critiquée et critiquable comme toute forme d'évaluation, mais qui préalablement au concours n'a fait l'objet d'aucune réserve de quelque part que ce soit.

Le déballage médiatique relatif à ce concours a eu comme point d'orgue de la banalisation et de l'opprobre la livraison à l'opinion publique de la correspondance collective de professeurs mal classés par rapport à leurs cadets demandant l'arbitrage du président de la République !?! Même le mouvement revendicatif des résidents n'a pas franchi le «Rubicon» de la retenue en 2011 après les résultats de certains DEMS qui ont suivi la naissance du CAMRA ; les formateurs le franchissent en 2014. L'éthique universitaire et le respect du statut d'élite imposent de se limiter aux recours légaux et réglementaires : institutions concernées en premier lieu et justice en dernier ressort.

La saison trois de la saga débute avec les instructions de décembre 2015 et janvier 2016 relatives aux nouvelles dispositions : âge maximum d'occupation de la chefferie de service fixée à 65 ans avec possibilité exceptionnelle à 67 ans ; retraite fixée à 70 ans. L'instruction 725 du 23 mars 2016 fixant à 6 mois les délais de mise en œuvre libère les atavismes de tout bord et le secteur livre à l'opinion publique une image hideuse, à l'opposé de l'imaginaire dont il a toujours été auréolé.

Certains gestionnaires d'établissement adressent dès avril des états regroupant les plus de 70 ans et les 64 et demi avec la mention «départ souhaité» comme s'il s'agissait de vulgaires saisonniers et non pas de professeurs en médecine dont beaucoup, hélas, se sont comportés en tant que tels, affichant leur désir de rentrer dans les voies de la dérogation à 67 ans et leur disposition à se plier à tout préalable pour y accéder.

Concomitamment, la polémique enfle et grossit au sein même de la corporation pour atteindre un schisme inqualifiable et inadmissible représenté par la création d'un syndicat affilié à l'UGTA en opposition au SNECHU, dans l'arrière-pensée que la puissance du syndicat des travailleurs allait permettre de repousser l'échéance du départ, voire de permettre à certains d'accéder à un statut dérogatoire.

Le plus triste est de constater que nombre de ces septuagénaires se réclamant par cette démarche du corps des travailleurs en 2016 avait dans les années 70, alors trentenaires, critiqué et dénigré, à juste titre, le SGT déclarant que le médecin n'était pas un travailleur !! Et il n'en est pas un.

Tout un chacun, du plus petit au plus grand, a perçu cette démarche comme dénuée de toute notion dogmatique, de tout substratum intellectuel, que son seul objectif est de « garder la main», dans un intérêt tristement personnel, osons le terme, qu'elle n'a rien d'honorable.

L'instruction du 14 juin 2016, qui fixe au 23 septembre 2016 la date d'effet des deux mesures, fait fondre tous les vernis et laisse apparaître la réalité telle qu'elle est, le maquillage n'a plus raison d'être quand la logique d'acteur n'est plus de circonstance.

Cette instruction exige des chefs d'établissements «d'informer avec le maximum d'égard» les enseignants chercheurs. Le respect de cette directive, en fait le respect tout simplement des règles élémentaires de la bienséance, aurait voulu que cette information se fasse de manière conviviale et chaleureuse dans le cadre d'une invitation au sein de l'administration ou du conseil scientifique. Que nenni !!

Les gestionnaires d'établissements optent pour les correspondances, les unes plus enjolivées que d'autres, pour informer les concernés tout en leur demandant de se rapprocher des services de la DRH pour la formalisation des dossiers. On ne fait pas mieux en matière d'égards !? Heureusement que l'instruction mentionnait que « l'application ne saurait en aucune manière nuire à la dignité des enseignants chercheurs hospitalo-universitaires concernés par ces deux mesures», sinon….

Dès lors, à travers les contributions de certains, les opinions des autres, les articles de presse quasi quotidiens sur le sujet, dont certains totalement erronés, l'opinion publique assiste, médusée ?, dégouttée ?, à la mise à nu du secteur et à la descente aux enfers de ses diverses composantes.

Le droit de savoir des uns et la liberté d'informer des autres sont inaliénables, valeurs essentielles de la démocratie, elles contribuent à inscrire dans la mémoire collective la notion de bien commun et de causes communes à la base des rapports citoyens entre les divers acteurs d'une société.

Mais, en la matière, la dérive est telle que la situation actuelle est celle de la désinformation et de l'amalgame. Le lecteur profane, hors secteur, le citoyen lambda, le malade potentiel, le nouveau bachelier et sa famille, en un mot, la société, ne retiendra de cette «littérature débordante» qu'un raccourci qui résume l'affaire à un conflit de pouvoir entre les vieux profs qui veulent se maintenir et des jeunes sans moralité qui veulent les renvoyer. Partant de cette conviction, il est aisé de franchir le pas et de conclure que, en fait, ceux qui arrivent comme ceux qui partent «tous pourris».

Et cela est inacceptable car totalement erroné. Comme il est aussi inacceptable de compartimenter les générations, les grades, les fonctions, et de les étiqueter en fonction du «dispatcheur» du moment de bons, de mauvais, de compétents, d'incompétents, d'honnêtes gens et d'affranchis. Il y a de tout dans chaque catégorie, c'est la loi de la nature et en ce qui nous concerne ; il n'y a pas que des Césars d'un côté et des Brutus de l'autre.

Il est encore plus inacceptable qu'une personne, fût-elle professeur en médecine, en dehors du secteur depuis deux décennies et par la même non au fait de ce qui s'y passe, réécrive «vingt ans après» dans un article du jeudi 30 juin 2016, véritable tribune de mise au pilori de tous les acteurs actuels du secteur en exercice depuis «le départ du gouvernement Hamrouche» et donc le sien. La description de l'hospitalo-universitaire, du résident aux «patrons», doyens de faculté de médecine inclus, qu'il livre à l'opinion publique, allant jusqu'à lancer un appel pour la formation d'un comité national de salut hospitalo-universitaire, interpelle sur les motivations réelles autant qu'au niveau du devoir de vérité. C'est dans ce cadre que nous y répondrons.

Avant d'aller plus devant, il est impératif de préciser que nous n'avons aucun conflit d'intérêt qui puisse motiver cette contribution. Nos anciens collaborateurs ainsi que les personnels qui nous ont accompagnés durant de longues années pourront attester, s'il en est besoin, de notre volonté affichée depuis toujours de céder la place avant l'anniversaire de nos 65 ans. C'est chose faite, Dieu merci sans avoir été «invité» à le faire. C'est donc en qualité de retraité et libéré, enfin, de toute obligation de réserve que nous écrivons, plus dans un souci citoyen que par élan corporatiste.

Il est capital de revenir au problème de fond. Il s'agit tout simplement de mettre fin au régime dérogatoire dont bénéficient les hospitalo-universitaires, au même titre que l'ensemble des universitaires, le domaine de l'art et celui du culte. Ce régime spécial en matière d'exercice et de retraite mis en place quelques années après l'indépendance s'imposait en raison du manque de cadres.

Aujourd'hui les données ne sont plus mes mêmes, les choses ont évolué, le caractère capital des réformes structurelles et organisationnelles n'est plus à démontrer pour adapter les secteurs, tous les secteurs, aux réalités actuelles et les préparer aux enjeux de demain. Il est aisé de comprendre que l'université et la santé représentent des secteurs clés, en dehors des secteurs régaliens, pour le développement et la stabilité d'une nation. Le rajeunissement des cadres et des équipes est un élément clé de ces réformes. L'Etat dans ses devoirs constitutionnels est astreint à l'obligation de pourvoir à toute mesure afin de protéger et de promouvoir la nation, dans ses droits régaliens il est en mesure de procéder à tout réajustement qu'il juge opportun, au moment le plus opportun dans le respect des droits constitutionnels des citoyens et de leur dignité.

Alors trois questions viennent spontanément à l'esprit.

Est-il opportun de mettre fin au régime dérogatoire dans le secteur hospitalo-universitaire : sans équivoque oui, pour maintes raisons. Peut-on le faire pour lui et non pour les autres universitaires : oui, il peut être maintenu si les conditions l'imposent dans les autres disciplines. Le départ des cadres expérimentés ne va-t-il pas nuire à la qualité des soins et de l'enseignement : cette question se doit d'être nuancée pour que les réponses soient objectives.

Alors où réside le problème, pourquoi ce désolant spectacle et qui en est responsable ?

Les responsabilités sont partagées, pouvoirs publics, administrations, enseignants chercheurs hospitalo-universitaires et chefs de services.

Les pouvoirs publics, en premier lieu, essentiellement et à plus d'un titre. D'abord pour le fond : la décision est en fait une demi-mesure. Il n'est pas compréhensible de mettre fin à un régime dérogatoire par l'instauration d'une disposition dérogatoire.

Cette décision, ou le statu quo, se serait imposée si les pouvoirs publics avaient capitalisé comme il se doit l'expérience vécue pendant 3 ans dans les services dans lesquels les plus de 70 ans ont été remplacés. Dans l'immense majorité des cas les anciens chefs n'ont eu aucune activité réelle qui puisse justifier leur maintien et les salaires perçus. Plus grave encore le fonctionnement des services a pâti de cette cohabitation, quels que soient les rapports avec leurs anciens collaborateurs devenus leur «chefs». Si les rapports étaient délétères ils le sont devenus davantage, s'ils étaient bons, le personnel aura continué à en référer à l'ancien chef.

De plus la clause dérogatoire de reculer l'âge maximum de l'occupation de la chefferie de service à 67 ans, «exceptionnellement lorsque les nécessités de service l'exigent» est une porte ouverte non seulement au favoritisme mais aussi à la prime pour immobilisme : l'absence de remplaçant devient un atout pour ceux qui n'ont pas produit de compétences !?

Ensuite pour la forme : l'information a longtemps été véhiculée par la rumeur, dans une ambiance de coulisses, de couloirs, de secret de Polichinelle dévoilé par des pseudo-initiés avant de revêtir un cachet officiel. Pendant plus de six mois les propos colportés par les uns et les autres ont abouti à créer une ambiance délétère faisant état d'une opposition, pour ne pas dire bras de fer entre deux ministères autour de ce sujet. Le MSPRH étant le géniteur de cette situation afin de mieux gérer les hospitalo-universitaires, le MERS étant opposé ; et pour assaisonner le tout on y ajoute l'action du SNECHU, ce syndicat des jeunes qui veulent «prendre le pouvoir». Cet état de fait a transformé une mesure de réforme en un conflit, non seulement de générations mais aussi entre deux ministères. Il ne peut découler de ce scénario que des ressentiments et que des réactions au premier degré : les débats d'opinion deviennent des conflits avec, quelle que soit l'issue, une notion de vainqueur et de vaincu.

Une fois officialisée, l'information a été déléguée aux administrations qui l'ont gérée de la manière la plus décalée qui soit.

Enfin, pour l'esprit qui prévaut chez les professeurs chefs de service, corps au sein duquel la primauté de l'effort et de mérite n'a plus droit de cité. L'absence d'évaluation basée sur un cahier des charges a abouti à un égalitarisme sans distinction entre le producteur et le rentier et, à terme, a fini par donner à beaucoup, en particulier aux rentiers, la conviction d'une pérennité sans contre-partie. Ceci explique en partie qu'une telle mesure, qui consiste, il est utile de le rappeler, à mettre fin à un régime dérogatoire, soit considérée comme «injuste» et même illégale comme l'affirme un ancien doyen de la faculté de médecine d'Alger dans son interview au quotidien «Soir d'Algérie» dans son édition du 15 juin 2016.

Le SNECHU, syndicat accablé de tous les maux et accusé de toutes les félonies, il ne reste qu'un qualificatif à adjoindre à tous ceux qu'il a endossés ces temps derniers, celui de harki de la cause hospitalo-universitaire. Nous n'en sommes pas loin après ce que rapportent les opinions et contributions dont essentiellement celle du 15 juin que nous venons de citer, celle du 30 juin 2016 parue dans «le Quotidien d'Oran» sous la plume du professeur démissionnaire en 1993 et tout récemment celle du président du CPN de chirurgie générale parue dans le quotidien «El Watan» du 8 septembre 2016.

Qui pourrait croire qu'un syndicat indépendant puisse avoir accès à la direction d'une partition. Aucun esprit censé et réaliste. On accuse donc le SNECHU de cautionner la démarche qui tend à fixer un âge de retraite aux hospitalo-universitaires, et donc d'adhérer à un processus qui tend, en rajeunissant les cadres et les équipes, à créer une visibilité aux jeunes compétences, ce qui, comme partout ailleurs, permet à chacun d'envisager sa projection d'avenir professionnel.

N'est-ce pas le souhait de tout jeune, en tout lieu et en tout temps. Quoi de plus naturel que de vouloir des horizons dégagés, quoi de plus légitime que de vouloir se réaliser, quoi de plus humain que d'aspirer à grimper plus haut. Il en est de même pour les jeunes enseignants chercheurs, dont certains ont déjà 50 ans, qui représentent la composante majoritaire du SNECHU. Syndicat que les aînés ont massivement boudé, depuis sa naissance par fusion des deux anciens syndicats, celui des maître assistants en sciences médicales et celui des professeurs et docents, tout en exigeant de lui la défense de la corporation et la primauté du droit d'aînesse !?

Est-il besoin de rappeler qu'un syndicat a pour mission de défendre les intérêts professionnels et sociaux de sa corporation, mais dans le respect de la volonté de ses adhérents ; et en l'occurrence c'est ce que fait le SNECHU comme il l'a fait pour l'augmentation des salaires et pour la mise en place de la périodicité des concours. Les non adhérents, comme nous le fûmes et comme le sont la majorité de ceux de notre génération, n'ont pas à exiger la prise en compte de leur spécificité et encore moins à crier au parricide.

Il est vrai que certains jeunes se distinguent par des comportements déloyaux vis-à-vis de ceux par qui ils sont, l'ingratitude est humaine, et chaque formateur a eu son lot, chaque école souffre de ses Dathan. Mais il s'agit de cas d'espèce et non pas d'un comportement de groupe, et vouloir faire croire que le SNECHU est une association de Brutus est intolérable. Tout aussi intolérable que de vouloir faire croire que tous les aînés sont des Césars.

Le seul reproche que nous faisons au SNECHU, et il est de taille, est celui de ne pas avoir œuvré dans le sens de la séparation du bon grain et de l'ivraie au sommet de la pyramide en exigeant, pour le moins, des pouvoirs publics la mise en place de procédures idoines et d'avoir opté pour une omerta que tout le monde paie aujourd'hui en lieu et place d'un «bushido».

Le corps des professeurs chefs de service est co-responsable de cette braderie des valeurs, au même titre que les pouvoirs publics, à la seule différence que si d'aventure on devait juger des circonstances, les siennes ne seraient qu'aggravantes.

Avant toute chose, il faut s'indigner de cette amnésie collective qui fait que tout un chacun se comporte comme si la situation était novatrice !? Le secteur a connu cet épisode de départ à la retraite en 1992. Le problème avait tout juste été soulevé que des «monuments» de l'époque avaient décidé de partir sans aucune réaction. Des monuments car après avoir fait leur devoir national dans le cadre de la guerre de libération, ils ont assuré la relève et créé des écoles qui ont produit les patrons d'aujourd'hui. Ils ont pour noms Illoul, Berrah, Khati, Mentouri, et pour la région qui est la nôtre, Boudrâ, Lazreg, Hamidou, Bennaï, Taleb. Ce dernier nous avait sollicité, alors jeune élu des docents au conseil scientifique, pour que l'intérim de son service soit assuré par son adjoint jusqu'au prochain concours. A notre supplique «monsieur restez encore, rien ne vous contraint à partir», il a eu cette réponse «mon jeune ami, j'ai toujours vécu dans la dignité et je partirai dans la dignité, je n'attendrai jamais qu'ils me jettent dehors». D'autres sont restés.

D'autres départs ont eu lieu en 1995 dans les mêmes conditions, Benhabilès, Chitour, Zirout, pour ne citer que ceux-là. Leur départ s'est fait dans un grand silence collégial, aucune voix ne s'est fait entendre sur les conséquences de leur départ et encore moins sur les conditions financières de leur retraite. Nombre de ceux qui réagissent aujourd'hui ont été consacrés par leur départ et ceux-là particulièrement devraient avoir la décence de se taire. Ceux-là mêmes qui auraient, sans nul doute, grimpé aux murs s'ils avaient été traités d'incompétents ou s'il avait été question d'un manque de relève, devraient suivre l'exemple et partir aujourd'hui dans la même dignité.

La relève existe aujourd'hui, bien plus qu'hier, dans la majorité des spécialités et dans les services dans lesquels les professeurs chefs de service ont assumé leur mission première de formation et de production de compétences. Et l'on voudrait aligner les responsables de services sur un seul niveau, celui du devoir accompli et du départ qui dépeuple, c'est injuste et «génocidaire». Vouloir encore une fois faire admettre cet égalitarisme dans le domaine scientifique, qui n'a d'égal que le populisme dans le domaine politique, c'est grever d'hypothèque l'avenir de la société tout entière. Une telle entreprise, contre nature et à contre-courant du constat quotidien et public, accélérera le processus de coma dépassé dans lequel sont plongés, à constantes égales, l'idéal des plus anciens et l'espoir des plus jeunes.

La reconnaissance publique doit être exprimée à celles et ceux qui la méritent, pour leurs valeurs intrinsèques et leurs comportements dans l'exercice de la fonction et non pas à fonction elle-même. Ceux dont la faillite et l'impéritie sont évidentes ne doivent récolter que de la réprobation et, à défaut, pour le moins, être interdits de lauriers. Alors, et alors seulement, renaîtront les idéaux et les espoirs.

Comment et au nom de quels principes peut-on mettre dans le même lot et, plus triste encore, orienter vers une porte de sortie unique, ceux qui des années durant ont assumé leur mission, dont certains comme un sacerdoce, d'enseignement, de formation, ont encadrés des thèses, assurer une relève et ceux qui, à l'inverse, n'ont œuvré que pour leur prospérité personnelle, allant, pour certains, jusqu'à stériliser leur spécialité ?

Le mot n'est pas trop fort, comment qualifier autrement le fait que certains, au terme d'un quart de siècle et plus, n'ont pas fait soutenir une seule thèse de DESM ? et le fait de n'en faire soutenir qu'une seule à quelques encablures de la sortie après avoir fait fuir nombre de compétences potentielles ? et le fait d'en faire soutenir une après plusieurs années de rétention, non pas pour la progression du concerné mais par réaction à un cadet récalcitrant ayant cherché et trouvé fortune ailleurs ?

Quel qualificatif décerner à ceux qui, toute honte bue, n'ont pas enseigné ni encadré que ce soit en graduation ou en post-graduation depuis le siècle dernier, qui paradoxalement font étalage de leur exigences en matière d'évaluation périodique ?

Ce qui durant des années a été tu, toléré et caché comme une maladie honteuse en attendant la disparition de son porteur, est devenu une réalité connue de tous, toutes les couches de la société ayant dans leur famille, leur entourage une introduction dans le milieu médical. Ce sont ces comportements qui sont à l'origine de la naissance du CAMRA et des mouvements de revendications des résidents en 2011.

Ce mouvement qualifié de révolte par certains n'était que l'expression d'une indignation. Ils se sont indignés devant la formation basique dans certains services à longueur de résidanat, l'absence totale d'accompagnement, des enseignants qui n'enseignent pas, des méthodes d'évaluation obsolètes, des rapports enseignants enseignés d'un autre temps.

Voilà la réalité telle qu'elle est vécue par les professionnels et perçue par les citoyens. Elle est loin de celle que veulent faire admettre ceux qui proclament que le départ des anciens va être un drame pour l'enseignement et les soins.

Comme dans tous les secteurs il est des hommes et des femmes d'exception dont le départ constitue une perte en soi, d'abord d'autorité morale, au même titre que leur disparition sera une perte pour la société entière. Ensuite il est des enseignants «normaux» qui, ayant accompli leur devoir, partiront en laissant «une descendance», un souvenir indéfectible au sein de leur service et dans le cœur de leur collaborateurs. Pour ces deux catégories les pouvoirs publics ont prévu un cadre légal et réglementaire pour les récupérer dans le cadre de l'enseignement à titre contractuel pour cinq ans, s'ils le désirent.

Enfin il est des personnes dont, osons le terme car il est de mise, le départ est un acte de salubrité publique.

Il faut néanmoins reconnaître que même pour cette catégorie, dont la dérive est liée à l'impunité et l'absence de règles, pour certains de ceux qui la composent, le fait de la seule présence à un moment donné et le peu de choses réalisées dans les années de braises, alors que d'autres ont opté pour le départ, devraient influer sur nos capacités d'indulgence. Il restera le pardon des jeunes générations privées d'enseignement, de considération, de compagnonnage : c'est une autre question.

Cette réalité est encore plus éloignée de cette image de déliquescence totale et généralisée au sommet de la hiérarchie hospitalo-universitaire véhiculée çà et là pour des motivations diverses liées pour certains à une opération de marketing visant à inscrire à leur actif la fin du pouvoir médical et pour d'autres à des problèmes d'ego dans le fantasme de faire croire que les professeurs d'antan sont plus professeurs que les contemporains et plus encore que ceux à venir.

N'en déplaise à cette dernière catégorie qui, par un traitement essentialiste des problèmes du secteur hospitalo-universitaire, voudrait acquérir bonne conscience pour être partie au moment où le secteur en avait le plus besoin sans avoir transmis, ne serait-ce qu'un flambeau, les compétences acquises et le grade qui va avec.

Quelle autre motivation pourrait justifier le fait que l'on jette, sans distinction, le discrédit sur les thèses de DESM, assimilant les thésards à des escrocs et leur directeurs de thèse à des complices ; que l'on sème le doute sur l'origine et le bien-fondé des grilles d'évaluation ; que l'on mette à l'index la souveraineté des jurys et leur équité ; que l'on assimile le syndicat à un simple groupe d'intérêt, un lobbie dans le sens le plus péjoratif ; que l'on prône le retour du fait du prince et de la lettre de cachet comme mode d'évaluation ; que l'on assimile l'ensemble des responsables pédagogiques à une coterie.

De mémoire d'homme, il n'y a pas d'antécédents d'un tel brûlot émanant d'une personne contre une corporation dont elle se réclame.

Que ceux qui doutent, comme ceux qui s'inquiètent après avoir eu à lire cette description apocalyptique se rassurent, il ne s'agit que d'un mauvais conte. La génération qui arrive aux responsabilités recèle en son sein le niveau scientifique, les compétences, les aptitudes professionnelles et les valeurs morales idoines et l'idée même de l'appel lancé un 30 juin «au gouvernement et aux universitaires» pour sauver « le soldat Ryan» est une ineptie.

En fait, le secteur hospitalo-universitaire s'est transformé au fil des ans en royaumes des taïfas, et donc les chefs de service en roitelets (moulouk el tawaïfs) n'imaginant pas, pour beaucoup, la fin du règne autrement que par la biologie. Ceci explique en majeure partie les réactions excessives de certains qui n'ont jamais imaginé un lendemain différent de leur quotidien. Ceci explique également que la retraite n'a jamais été une préoccupation, elle devient un problème actuellement avec cette disposition qui limite la pension à 15 fois le SMIG, disposition vieille de plusieurs années, est-il besoin de le rappeler.

Pourtant il est une règle primaire de la vie, la seule vérité en fait : tout a une fin. Tôt ou tard, mais tout a une fin. Cette fin de la chefferie de service a été fixée, en définitive, à 67 ans et les premiers arrêtés ont été exécutés par l'installation officielle des intérimaires ce début octobre 2016. C'est une excellente chose, les horizons sont dégagés en l'attente des autres mesures de réforme.

Mais il ne faut rien attendre de cette mesure, en matière de changement ou de continuité si elle n'est pas suivie du départ de l'ancien chef de service. La mesure de réforme adéquate serait de simplement appliquer le régime général de la retraite, avec idéalement une revue de la disposition qui permettrait aux plus anciens de partir avec les 80% de leur salaire. Et dans ce cadre, l'équité voudrait qu'elle soit considérée pour tous ceux qui sont partis, par fierté, depuis décembre 2013.

La fin d'un mythe, c'est la découverte de la réalité. Nous pensons l'avoir décrite telle qu'elle est. Il appartient à ceux qui arrivent, par le comportement, le professionnalisme, le sens des devoirs, la culture des responsabilités, le respect de l'éthique et de la déontologie et, enfin, l'honnêteté intellectuelle, de faire en sorte qu'elle soit demain plus belle et plus honorable.

*Professeur en chirurgie orthopédique