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Définir une politique éducative et culturelle réformatrice, c'est réinventer l'école (Suite et fin)

par Chaïb Aïssa-Khaled *

L'éducation préscolaire

L'éducation préscolaire est la première étape scolaire au cours de laquelle l'enfant recevra les éléments de base de son éducation-instruction. Cette préoccupation a été prise en charge par l'ordonnance du 16 avril 1976 qui stipule, dans son article 19, que l'enseignement préparatoire est un enseignement destiné aux enfants qui n'ont pas atteint l'âge scolaire obligatoire. (Cette disposition n'ayant pas été abrogée pourquoi alors les directions de l'Education, en charge de cette mission, ne créent-elles pas les divisions pédagogiques nécessaires à cet effet ?).

En effet, l'enseignement dispensé dans le cycle préscolaire étant un enseignement qui prépare l'enfant à entrer à l'école, faute de volonté et de vision et la désinvolture de ceux qui sont en charge du secteur étant, la réalité est loin d'être ce qu'elle devrait être. Cet enseignement n'a pas bénéficié de l'attention voulue.

Etant un droit citoyen et un devoir public, il est impératif de s'en occuper sérieusement et d'en faire une authentique étape du cursus scolaire. Cela suppose une extension du réseau existant en matière de divisions pédagogiques si on prétend nous inscrire dans la vision des institutions internationales qui recommandent de faire de l'enseignement préscolaire un inéluctable.

La période préscolaire considérée comme une étape décisive dans la formation du citoyen porte-parole de son temps, contribue à son développement aux plans cognitifs, intellectuel, sensori-moteur et socio-affectif. Elle embraye sur la formation de la personnalité, (comportement et caractère) et pourquoi pas sur la structuration de la mentalité scientifique, (à cet âge, la curiosité de l'enfant est débordante, il faut savoir la saisir). Les acquis de l'enfant durant cette étape sont déterminants pour son évolution future.

Profil de l'enseignant appelé à être en charge de cette étape scolaire

Eu égard à la délicatesse de l'éducation-instruction destinée à cet âge, il convient d'en confier l'encadrement à des éducateurs nantis de beaucoup de bon sens et d'un infini dévouement. Qu'entendons-nous par bon sens ? Cela ne peut être que « la chose » la mieux partagée du monde avait dit Descartes. C'est la faculté de bien juger, de distinguer le vrai du faux. C'est une sorte d'intuition qui indique d'emblée ce qui est convenable et ce qui ne l'est pas et qui permet aussi de prévoir les conséquences de nos actions. Une telle aptitude est indispensable à l'enseignant, en général, et à celui en charge du préscolaire en particulier, parce qu'elle leur évite de commettre des erreurs pédagogiques, comme mal connaître leurs élèves, ne pas pouvoir distinguer l'essentiel du secondaire, ne pas savoir choisir ce qu'il faut leur apprendre, mal les orienter, être mauvais conseil pour les parents.

Qu'entendons-nous par dévouement ? Le dévouement suppose une ardeur que ne ralentissent ni les difficultés éprouvées, ni les mécomptes infligés lors de l'exercice de la profession. C'est le don entier de soi-même, la vision claire qu'on a d'une tâche. Le « maître » du préscolaire doit enseigner avec son esprit et aussi avec son cœur. C'est la raison pour laquelle il doit se pencher, avec autant de sollicitude, sur le paresseux et le colérique pour les inciter à un meilleur comportement et à perfectionner leurs aptitudes.

C'est parce que son dévouement est important qu'il n'hésitera pas à recommencer une leçon, à revenir sur ce qui a été dit, à insister de nouveau sur les points demeurés obscurs. Il s'ingéniera à porter de la lumière dans l'esprit de ses élèves.

Les objectifs de l'éducation préscolaire

La langue d'enseignement ne pourra-être que l'arabe. Cela n'interdit pas l'initiation à une autre langue.

Elle vise à :

-compléter l'éducation familiale et à préparer l'enfant à entrer à l'école ;

-assurer à celui-ci l'acquisition progressif d'un comportement social sain ;

-favoriser la cohérence dans les diverses étapes de la croissance de sa personnalité ;

-l'initier aux valeurs spirituelles, (religieuses), patriotiques, citoyennes ;

-lui apprendre à apprécier le beau en l'exerçant au dessin par le choix des couleurs, à la musique par l'interprétation de chansonnettes, à la gestuelle par l'expression orale.

Elle s'appuiera, essentiellement, sur les activités ludiques. (Elle permettra, en quelque sorte, à l'enfant de terminer son jeu). Elle visera dans sa phase ultime à lui faire acquérir quelques savoirs qui soutiendront ses apprentissages lorsqu'il accédera au cours d'initiation primaire.

Le curriculum

Compte tenu de l'importance de l'éducation préscolaire, une attention toute particulière doit être accordée à l'élaboration des curriculums et à leur évaluation.

Il convient à ce propos, de diviser l'éducation préscolaire en plusieurs étapes A chacune d'elle sera réservée une activité particulière.

a) La première étape est celle où l'on mettra l'accent sur le développement sensori-moteur. L'éducation se fera par le jeu.

b) La deuxième étape est celle de la socialisation. L‘enfant sera conduit à dépasser, progressivement, son instinct égocentrique, en développant le sens de l'entraide, du pardon, de la solidarité, de la vie - (l'activité ludique) - en commun, du travail collectif.

c) La troisième étape est celle où l'on s'attachera au développement des aspects affectifs de sa personnalité. On cultivera, en lui, l'amour du beau, de la nature, les valeurs spirituelles, patriotiques sociales. On le préparera à la citoyenneté.

d) La quatrième étape est celle qui lui permettra d'acquérir des savoirs et des savoir-faire compatibles avec son âge mental et ses capacités intellectuelles.

L'importance de l'éducation préscolaire étant signalée tant au plan social qu'au plan individuel, elle assure à l'enfant l'acquisition d'un ensemble de savoirs et de savoir-faire qui lui permettront d'entamer sa scolarité dans de bonnes conditions. Elle augmente, considérablement, ses chances de réussir son cursus scolaire. En conséquence, elle sera pour beaucoup dans la réduction des déperditions et de l'échec scolaire scolaires.

Devenant partie intégrante du système éducatif et culturel, le cycle préscolaire sera, désormais un investissement que l'Etat assisté des promoteurs privés, consentira. Ces promoteurs ne doivent pas se limiter à être de vulgaires commerçants soucieux de s'enrichir, en faisant de la pédagogie et du professionnalisme, le benjamin de leurs soucis.

Pédagogie du préscolaire

Elle considérera l'enfant dans son individualité, comme une nature propre, comme une personnalité originale se signalant par des dispositions psychologiques propres. Vouloir considérer pareillement tous les enfants, quand bien même du même âge et les traiter de la même manière, c'est s'égarer. L'enfant, à part qu'il a des manières particulières de voir, de sentir, d'agir et de réagir, est un être en perpétuel devenir. Il ne reste pas identique à lui-même d'un bout de la scolarité à l'autre.

Chaque enfant étant par essence porteur d'aptitudes spéciales, le rôle essentiel de l'enseignant du préscolaire et de favoriser ses prédispositions personnelles. Autrement dit, l'enseignement qu'il dispensera devra, nécessairement, s'individualiser et se différencier en fonction de la diversité des aptitudes qui se manifesteront dans sa classe.

Peut-on cependant, se fier aux seules aptitudes de l'enfant pour orienter son enseignement ? Encore faut-il que l'enseignant soit toujours capable de les détecter. On s'aperçoit, dès alors, que la pédagogie de l'éducation des aptitudes risque d'être menacée d'inefficacité. Et puis n'est-ce pas aussi former le caractère et la volonté que d'accoutumer, voire d'obliger l'enfant à se livrer à des activités pour lesquelles, il n'a, à priori, que peu de goût ? c'est peut-être une manière de l'inciter à se révéler à lui-même, de tenter de provoquer, en lui, un renversement d'aptitudes salutaires.

A cet effet, la pédagogie de l'éducation préscolaire doit tenir compte des préoccupations et des besoins de la nature enfantine, de son activité préférée, de son goût du merveilleux, de son désir de se socialiser, de grandir, de savoir. Les négliger, c'est ne pas connaître la vraie nature psychologique de l'enfant et par conséquent, ne pouvoir encadrer une classe du préscolaire.

A chaque âge ses penchants fréquents. La liberté de suivre ses inclinaisons, celle de travailler quand il veut, selon ses humeurs et ses possibilités de l'instant et selon la versatilité de ses goûts du moment, en sont quelques-uns de ces penchants naturels d'ailleurs.

Elle se refusera, en conséquence, d'être dogmatique. Elle se proposera plutôt de réaliser un travail d'assimilation de l'enseignement au contact du milieu naturel et humain. Le pédagogue en charge de cette mission affûtera sa performance en se référant aux études ci-après citées :

*Les études psychologiques sur la perception, le syncrétisme, la vision globale de Decroly parce qu'elles ont amélioré les conditions de la lecture.

*Les études de Piaget sur les formes et les modes puérils de pensée, sur les notions du nombre, de la quantité et du temps parce qu'elles ont permis l'émergence de données nouvelles de la didactique psychologique.

*Les études psycho-dynamique de Freud permettent de mieux comprendre la vie affective de l'enfant.

A la faveur de ces études, la pédagogie du préscolaire s'est inscrite dans le complexe des sciences humaines de l'Education.

Considérant que « l'enfant n'est pas un adulte en raccourci » -Kant- et que « chaque enfant naît avec ses passions » -Alain-, l'éduquer signifie s'adresser à l'être qu'il sera et non à celui qu'il est pour en faire un être social. La pédagogie du préscolaire s'oppose, donc, à ce qu'il s'abandonne à la somnolence, à l'inertie et à la paresse. Elle l'initiera plutôt à s'adapter à son environnement, par le travail en consentant l'effort intellectuel et physique nécessaire à cet effet et qu'il faudra, d'ores et déjà, impérativement et progressivement équilibrer.

En conclusion, je dois dire que l'enseignant qui exerce son métier par vocation et non pour un simple salaire, comme c'est souvent le cas chez nous, doit mépriser la leçon magistrale, ce procédé peu productif parce qu'il entrave l'activité de l'enfant-élève et la discipline inhibitrice parce qu'elle le réduit à un simple sujet. Celui-ci doit apprendre à recevoir l'enseignement qui lui est dispensé pour l'appliquer dans des exercices au moyen desquels il mesurera ses degrés de réceptivité.

Privé de l'exercice de son activité, physique ou intellectuelle et dès son jeune âge et soumis, de surcroît, à une discipline inhibitrice, l'élève-enfant n'apprendra qu'à être le témoin de l'activité de son maître. Adulte, il deviendra un citoyen assujetti, passif et introverti.

*Directeur de l'Education - Professeur-Chercheur INRE