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L'école de l'égalité des chances, de l'excellence et de la citoyenneté !

par Abdelkader Khelil*

Oui, c'est vrai que le fonctionnement et le contenu de notre école qui, décennie après décennie, a axé toutes ses méthodes sur l'apprentissage mémoriel n'a laissé aucune place à l'esprit d'analyse, à l'esprit critique et de synthèse, à la créativité, à l'humanisme et à la tolérance, c'est-à-dire, toutes ces valeurs permettant à une nation qui se respecte de pouvoir surmonter à tout moment de son histoire les défis et d'avancer sans complexe aucun dans le sens du courant de la marche de l'humanité !

C'est aussi vrai et admis par beaucoup de citoyennes et de citoyens que l'école du bourre-tête et du «parcœurisme», a formé des générations d'élèves récitateurs à qui ont a consciemment ou inconsciemment désappris à faire des efforts et à développer la réflexion et dont certains éléments sont devenus de petits «caïds» agresseurs de leurs camarades et de leurs enseignantes, de surcroît copieurs et tricheurs dans un système laxiste et complaisant, délivrant des diplômes au rabais et incapable de porter le rêve d'une nation qui se doit de s'ancrer dans son siècle ! De fait, me diriez-vous, la violence en milieu scolaire a toujours existé ! Certes, mais ce que nous devons souligner fortement, c'est qu'elle est en train de proliférer au détriment de la sacralité de l'école républicaine qui perd du coup de son intérêt et de sa notoriété. C'est dire qu'il y a là urgence à agir dès lors que ce phénomène s'exprime au quotidien, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'école parce que la drogue est arrivée au voisinage de nos établissements scolaires, même si on feint d'ignorer cette triste et amère réalité. Oui, il faut le dire haut et fort ! La haine est en train non seulement d'éclore mais de s'ériger en système basé sur les rancœurs, la violence et l'impunité. Tout cela est inquiétant et ne nous laisse aucun autre choix que de se mettre du côté de l'autorité qui agit pour faire bouger les lignes de l'immobilisme et du statu quo néfaste à notre système éducatif et de formation. C'est qu'il s'agit de mettre nos enfants dans les meilleures conditions possibles de réussite dans leurs études pour qu'ils puissent devenir un jour des citoyennes et citoyens d'une société productive, tolérante et conviviale dans ses rapports à autrui.

Face à ce péril de la violence et de l'incivilité qui ternit l'image de notre pays, on peut reprocher aux pouvoirs publics qui ne savent pas mutualiser leurs efforts de s'être voilés la face en déroulant pompeusement comme à leur habitude une statistique triomphaliste faite de réalisations de dizaines de milliers de places pédagogiques, de transport scolaire et de repas assurés par les cantines scolaires, de livres distribués à des bibliothèques très rarement fréquentées, et de biens d'autres avantages dispensés par un État piégé par le souci de préservation de la paix sociale à tout prix, même s'il est vrai qu'elle est devenue une préoccupation majeure de tous les instants. Par contre, pour ce qui concerne le volet qualitatif, il y a absence totale d'éléments fiables permettant l'évaluation des performances du système scolaire : impact sur le comportement citoyen, soif d'apprendre mesurée en nombre de livres lus et acquisition des connaissances pour se sentir utile à la société.

Nous restons délibérément dans le seul chapitre de la dépense publique, certes colossale, mais sans effet significatif sur la maîtrise de l'ambiance délétère qui règne dans nos établissements scolaires. Cela est dû à des comportements laxistes, comme cette habitude de couvrir sans cesse les multiples actes de violence, de harcèlements, d'insultes et d'incivilités de ces petits «caïds» en herbe, que ce soit en classe, dans la cour de «récré» ou à la sortie des établissements. À s'y méprendre, un bon nombre de nos collèges et lycées risquent de devenir sans exagération de véritables lieux de violence à l'image des «favelas» brésiliennes ou des cités de non-droit où tout se règle par la force des sabres et autres armes blanches. Cette pratique est devenue courante dans nos cités-dortoirs comme signalé de-ci, de-là, un peu partout par les médias à travers nos grandes villes et agglomérations rurbaines. Si nous en sommes là, c'est que nous sommes gouvernants et gouvernés, un peuple qui se déteste, masochiste et suicidaire avec à la base, toujours le même constat : défaillance !!! Défaillance d'appréciation, de vision, de gestion, de réactivité, de? gouvernance ! Mais comment dans nos errances aggravées 50 années durant, nous puissions voir un jour le bout du tunnel ? Mais qu'avons-nous fait de cette indépendance payée cash en lourds sacrifices par nos braves ? Sommes-nous dignes de porter cet héritage à hauteur des espérances de nos valeureux martyrs ? Oui ! L'œil de Caïn poursuivra les déviationnistes qui ont failli à leur devoir du serment fait à nos martyrs !

L'école : une institution décriée !

Dans l'état actuel des choses, l'école algérienne, décriée par toutes et par tous, se contente seulement de prendre acte de ses différences qu'elle sanctionne par évaluation académique en rejetant des élèves par milliers qui n'arrivent pas à suivre leur cursus sans chercher à en comprendre les raisons. Cet échec est en fait celui de la société tout entière qui n'a pas su donner toute sa place à l'instruction civique. Oui ! Disons-le tout de go ! Ce n'est là un secret pour personne ! Généralement les gens s'accordent à dire que la plupart de nos jeunes réprouvent de façon inconsciente l'acte d'apprendre en tant que voie porteuse de leurs espoirs et ce, tout particulièrement depuis les années 90 lorsque la société a basculé dans des pratiques moyenâgeuses qui ont failli l'engloutir, n'eût été la détermination de ces braves «F'houla» et surtout «Fahlate» -telles ces enseignantes de Sfisef, ces ouvrières de Telagh et bien d'autres-, qui ont fait barrage aux forces du mal et de la régression ! Nul ne peut se soustraire à cette vérité qui consiste à dire que nous revenons de très loin ! Aussi faut-il faire en sorte que cela ne puisse jamais se reproduire !

La majorité de ces jeunes nés durant cette décennie noire n'ont pour seul modèle de réussite que le trabendiste qui a emprunté la voie du commerce informel et celui du gain facile que l'échec scolaire et l'illettrisme ont su faire fleurir et prospérer. C'est pourquoi, ils n'éprouvent aucun besoin d'apprendre en l'absence de règles régissant de façon rigoureuse, le fonctionnement sain de la société, alors qu'en opposition aux idées reçues, l'éducation aurait dû être tout au contraire le choix le plus judicieux pour l'affermissement de leur personnalité par le savoir. Ç'aurait été le meilleur cadeau qui leur soit offert pour rebondir à tout âge en vue de construire leur avenir. Or, ce ne sont ni les parents démissionnaires, ni les imams en prédicateurs improvisés qui leur ont indiqué et aidé à suivre la meilleure des voies, celle de l'apprentissage de la lecture du «iqraa» indiquée par Dieu au Prophète Mohammed QSSL et qui l'a recommandé à tous les croyants ! Quand on voit ce que sont devenus certains pays musulmans comme l'Indonésie et la Malaisie aux économies prospères et qui sont à la pointe du progrès grâce à la détermination de leurs dirigeants qui ont pris le pari du développement de la ressource humaine, l'on comprend tout le sens de cette invitation divine à lire et à apprendre et ses effets mesurés en bien-être chez ceux qui ont su en faire l'atout maître de leurs réussites et de leur existence en tant que nation unie et solidaire. N'est-ce pas que c'est la société musulmane du savoir et du labeur qui a indiqué dès le Moyen-Age, la voie des sciences et des lumières que l'Occident, plongé dans l'obscurantisme à cette époque de l'histoire, a su valoriser plus tard ? Oui ! Nos enfants doivent acquérir le savoir pour être de bons musulmans sachant donner un sens à leur existence, en citoyennes et citoyens fiers de leur authenticité et ouverts sur le monde, devenu ce village planétaire qui les abrite !

De toute évidence, le maintien dans le système éducatif de ces élèves démotivés devenus ingérables est en grande partie la cause des scènes quotidiennes de violence dans nos collèges et lycées. À cela s'ajoute le peu de soutien que reçoivent ceux parmi les professeurs et enseignants honnêtes et intègres comme il en existe, souvent soupçonnés de partialité quand ils sévissent, et cette lassitude qui fait accepter l'inacceptable tant que ne s'est pas produit un incident grave. Il y a aussi, la responsabilité majeure des parents qui réclament la sécurité pour leurs enfants, tout en prenant toujours leur défense en cas de passage en conseil de discipline. C'est systématiquement leurs «rejetons» qui sont toujours les victimes expiatoires. Est-ce là une manière de les éduquer ? La violence en milieu scolaire est en fait, la conséquence de la démission des parents qui n'ont pas pu ou su inculquer à leurs enfants le respect de l'institution sacrée qu'est l'école, et du maître, celui qui sait donner la meilleure image de lui-même -pas celui qui fume en classe devant ses élèves, ou celui qui se présente devant eux dans un accoutrement des plus indécent-, sans lequel il n'est point de transmission possible du savoir. Bien au contraire, le mépris dont fût l'objet le corps enseignant avant que son statut ne soit quelque peu revalorisé, à fait de bon nombre d'enseignants et enseignantes, des «vendeurs et vendeuses» de cours et pour certains et certaines, des «vendeurs et vendeuses» de lingerie au sein des établissements, à titre de pratiques d'arrondi de salaire. Comment peut-on dans ce cas, demander à l'école d'être performante ? Il faut aussi considérer que de par le fait que la société soit dominée par des actes quotidiens de triche, de rapine et d'impunité dans tous les domaines et à différents échelons de la vie publique, l'école n'a pu être elle aussi ce lieu dépollué et serein propice à l'acquisition du savoir.

Ce que doit-être l'école de nos enfants !

Il est en général admis de façon universelle que l'école est avant tout l'institution du savoir qui a pour objet de réguler la marche et l'évolution de toute nation digne de ce nom et de former à la citoyenneté les femmes et les hommes de demain pour en faire les «soldats» de la République où il fait bon d'y vivre et d'y travailler. C'est ainsi que selon la mission qui lui est dévolue par les pouvoirs publics, elle peut être soit une source d'inspiration au progrès et à la modernité, ou tout au contraire, une source d'angoisse et d'incertitudes à hauts risques. Oui, de toute évidence, nulle personne censée ne voudrait confier ses enfants à une institution qui forme des hommes et des femmes à l'avenir incertain et sans perspectives. Nous portons tous l'espoir de voir notre progéniture réussir ses études et mieux encore, dans les standards de la performance et de l'excellence qui font toute la différence entre les pays qui avancent et ceux qui stagnent et reculent. Cette école est celle de l'esprit cartésien, du travail continu et de l'excellence. Elle doit permettre à nos enfants d'acquérir un esprit d'analyse et de synthèse pour devenir des hommes et des femmes dotés d'un libre-arbitre qui leur permettra de devenir des citoyennes et des citoyens affranchis, sachant assumer leurs responsabilités sans être tuteurés par quelque partie que ce soit, parce que jouissant de cette plénitude à être des hommes et des femmes libres. L'école républicaine, celle des mêmes chances pour toutes et pour tous, dans une société solidaire où les citoyennes et citoyens partagent un destin commun dans leur vie d'ici-bas et non celui de l'au-delà du jugement dernier qui relève quant à lui de l'appréciation divine, est celle qui prend en ligne de compte la transmission des compétences sociales qui favorisent la réussite.

Dans un pays comme le notre en voie de développement, le rôle du corps enseignant ne peut plus se limiter au seul métier de transmission des seules connaissances académiques le plus souvent monnayables en cours de soutien et notes gonflées, chèrement payés. L'enseignant des temps modernes doit être surtout un pédagogue confirmé qui «apprend à apprendre» comme on dit dans les pays nordiques, afin de repenser son rôle dans une société en perpétuel changement où il doit s'adapter à ces nouvelles exigences. Oui ! Sans chercher à être l'école coréenne de la performance qui donne toujours accès à un emploi de haut niveau, l'école moderne à laquelle nous aspirons et qui permet d'entrevoir l'avenir de nos enfants avec sérénité est celle qui puisse leur apprendre à écouter, à communiquer, à interagir avec les autres, à être consciencieux dans leurs études, à contrôler leurs émotions et à respecter les règles de la vie collective, préservant ainsi la cohésion sociale. Ces compétences sont tout aussi importantes pour la réussite de nos enfants que les connaissances académiques. L'école perçue sous cet angle de la formation à la citoyenneté, doit aussi compter sur les associations de parents d'élèves pour porter dans les familles, même les démunies, les valeurs républicaines sinon elle continuera à enregistrer de plus en plus de déperdition scolaire, ce qui constituera une menace durable pour notre société qui n'aura pas été en mesure de réduire les inégalités et de préparer les élites de demain. Il est donc à craindre de l'absence de l'égalité des chances, plus d'exclusion, de marginalisation et par conséquent, de délinquance et de violence.

Que faire dans un premier temps !

Alors que faire, que puissent le permettre nos moyens de plus en plus limités avant qu'il ne soit trop tard ! Sans trop chercher à culpabiliser qui que ce soit, la responsabilité étant certainement partagée par chacune et chacun de nous à des degrés différents, il faut avoir ce courage de repenser le système éducatif en commençant par le début, c'est-à-dire par l'école primaire. C'est là en effet que se forge et se construit l'esprit des enfants. C'est là qu'ils prennent leur élan et que s'installe cette volonté de réussite qui les accompagnera tout au long de leur scolarité et plus tard, dans la vie active. L'égalité des chances doit être le premier pari qu'il faudra gagner. Elle se construit par le haut et signifie l'excellence pour toutes et pour tous, en donnant le meilleur à chaque enfant.

L'on doit savoir que les pays les mieux classés, ceux du top 10, tirent leurs performances de la qualité de leur corps enseignant. Le secret de la réussite réside donc dans l'incitation des personnes les plus compétentes à devenir instituteurs et professeurs, ce qui n'est malheureusement pas le cas chez nous, où on a pris la mauvaise habitude de combler le vide par du «tout venant» au nom de l'emploi jeunes, et de surcroît, selon la formule du recrutement dans le cadre du filet social. Oui, nous avons tendance à oublier qu'une mauvaise décision dans le choix des enseignants peut se traduire par 30 années au moins de mauvaise qualité et par un retard considérable qu'on continuera à prendre sur les autres pays. Il faut donc savoir qu'il existe une corrélation étroite entre la performance d'un système éducatif et celle de son corps enseignant. Cela devrait être, un des axes fondamentaux sur lequel devra reposer la modernisation de l'école algérienne.

Cela veut dire qu'il faille renforcer la formation du corps enseignant dans le domaine des méthodes pédagogiques et de les soustraire à cet esprit mercantile des cours de soutien dans des conditions déplorables qui nuisent à la notoriété du système éducatif et les présentent aux yeux de leurs élèves comme des «chasseurs de prime». Nous sommes ici dans le chapitre de la déontologie, de la moralité et de la dignité, sans lesquelles il ne saurait exister un respect entre l'enseignant et l'apprenant. Il s'agit en quelque sorte de redéfinir le métier d'instituteur à l'école et celui du professeur au collège et au lycée. L'on devrait songer à revenir sur la décision de fermeture des ITE que rien ne justifiait, sinon la mauvaise inspiration des responsables à courte vue qui l'ont prise ! Ce potentiel appréciable est l'atout majeur de l'école de demain, une école qui pourra se doter de véritables instituteurs, de professeurs, d'inspecteurs, de conseillers pédagogiques et de gestionnaires en tout genre, pour peu que l'on assure leur mise à niveau et leur recyclage continu. Cela pose aussi la question fondamentale de la revalorisation pédagogique des écoles normales supérieures et leur redéploiement aux échelons régionaux (Sud, Centre, Est et Ouest).

Oui, nous avons en ces centaines de milliers d'universitaires les moyens de relever le défi de la prochaine décennie qui pourra faire de notre pays une nation émergente pour peu que sa ressource humaine soit mieux formée et que ses activités pédagogiques soient évaluées pour donner lieu soit à des promotions ou à des sanctions afin de sortir de ces appréciations linéaires qui nourrissent la médiocrité et l'installe durablement dans la société comme s'il s'agissait là d'une «tare nation» assimilable à un pedigree. Cela est valable pour tous les secteurs sans exception. Il faut aussi que la société puisse se défaire de ses archaïsmes et de la tentation de ceux qui veulent faire de nos enfants des sujets à leurs ordres établis toutes tendances et idéologies confondues. Le laxisme ne doit plus être toléré si nous voulons avancer dans la voie de la réhabilitation des valeurs et du progrès !

La recherche de la qualité est d'autant plus cruciale que dans le monde d'aujourd'hui et plus de demain l'on doit chercher à garantir l'égalité des chances et à assurer la réussite de tous les élèves par l'acquisition d'un socle commun (maîtrise de la langue nationale, mathématiques, sciences, pratique des langues étrangères, culture du numérique et des NTIC). L'on devrait aussi favoriser l'insertion professionnelle des jeunes comme cela se fait dans tous les pays, y compris les plus avancés, à l'exemple de la Hollande qui oriente 60% de ses effectifs vers la formation professionnelle, de la Suisse et de l'Allemagne qui en font autant?Il est vrai qu'on n'a pas les mêmes niveaux de perception que les sociétés modernes sur la question de l'éducation et que nous n'avons pas les moyens humains qui puissent nous permettre de tendre vers la performance qui s'obtient par le sacrifice des élèves et des parents, ainsi que par la qualité de l'enseignement. Mais il est possible, comme premier objectif, de réduire considérablement les écarts qui nous séparent des pays avancés, et tout au moins, ceux de la Méditerranée du Sud, si nous prenons option dès à présent pour un système performant d'orientation. Il faut savoir que sans le développement de tous les corps de métiers, et avec ces 2 millions d'universitaires, notre pays ressemblerait à cette armée à dominante officiers supérieurs, sans sous-officiers ni encadrement des hommes de troupe ! Peut-on alors imaginer qu'une telle armée d'apparat à l'image de celle de Zapata puisse gagner n'importe quelle bataille, même la plus banale ?

Nous avons aussi avec nos 25.000 établissements scolaires - écoles, collèges et lycées- fermés à partir de 17h, une infrastructure appréciable qu'il faudra utiliser rationnellement pour l'accueil d'un nombre considérable d'élèves en difficultés, auxquels on pourrait assurer de nombreux cours de soutien, et à tous ceux qui souhaitent faire leurs devoirs avec l'assistance d'enseignants, à recruter parmi les licenciés sans emploi ou ceux en exercice disposés à améliorer leurs situations matérielles, sans avoir à exercer dans des locaux bien souvent insalubres et dans la clandestinité que ne tolère que l'administration laxiste de chez-nous ! Nos enfants pourraient aussi faire du sport, de la musique et d'autres activités culturelles et artistiques l'après-midi, après leurs devoirs, soit dans les écoles ou les infrastructures de proximité des secteurs de la jeunesse et de la culture. Il s'agit de mobiliser et de débloquer les moyens nécessaires et faire en sorte que la fonction publique, encore trop conservatrice, bureaucratique et peu imaginative puisse s'adapter à cette évolution dès lors qu'il s'agit de l'avenir de toute une nation ! Oui, l'école a besoin d'un effort conjugué de toutes les institutions qui doivent se mettre à son service. C'est par la synergie et la convergence des actions des pouvoirs publics et des associations de parents d'élèves qu'on pourra soustraire nos enfants au danger de la rue, tout en optimisant l'utilisation des infrastructures. C'est là une opération tout bénéfice pour une société qui se solidarise avec ses enfants en leur offrant le meilleur ! Il suffit tout simplement de considérer avec un peu plus de générosité du cœur que la question de l'éducation est l'affaire de tous. Ceci d'autant plus que nos enfants devraient apprendre les fondements d'une société basée sur les principes du vivre-ensemble et le respect de l'autre.

Tel est l'enjeu pour l'Algérie de demain dont les citoyennes et citoyens doivent disposer d'un esprit critique à l'égard de leurs gouvernants et d'une opinion propre qui leur permettra en tant qu'êtres émancipés d'exercer leurs droits à la citoyenneté. C'est là la nature du défi de la décennie prochaine qui doit avoir pour premier objectif de soustraire les jeunes à la tentation du trabendisme, de la «harga», de la violence et de tous les maux qui perturbent la quiétude des familles et retardent considérablement l'évolution de notre société vers le progrès. Le tout sécuritaire n'étant certainement pas la solution la mieux appropriée, ce défi a pour signification pratique l'école de la deuxième chance, autrement dit, celle de l'apprentissage de cette armée de jeunes à transformer en bras vaillants pour l'économie nationale. Ils seront employés dans nos usines, nos exploitations et nos entreprises qu'il y a lieu de réhabiliter dans leurs fonctions productives, après les avoir bradées et cédées pour certaines au dinar symbolique. Quel désastre que cette politique de dislocation et de démantèlement de notre appareil productif et de notre outil de réalisation ! Il n'est pas juste que les uns s'enrichissent au détriment de la collectivité nationale qui s'appauvrit, en même temps que la société continue à perdre ses repères, mettant dans la difficulté l'État censé être le «père» régulateur ! Si tout cela est injuste, c'est que l'impunité est passée par là, et donc pas que par l'école ! Oui, c'est tout le fonctionnement de la société qu'il faudra revoir selon la grille des valeurs qui régissent l'État de droit, l'État de droit, l'État de droit?

L'école doit-elle suivre ou anticiper les changements de la société ?

Au sortir d'une terrible décennie noire qui a laissé des marques durables et difficiles à effacer pour engager notre société dans la voie du progrès, il est tout à fait compréhensible que la stabilité et la sécurité demeurent des facteurs importants et peuvent même paraître plus urgentes que le changement, même si la société attend et appelle ardemment et davantage que son système scolaire soit l'axe de transmission d'un héritage répondant à des normes universelles avérées et constituées de valeurs, de savoirs et de connaissances. Nous sommes à cet égard dans une situation paradoxale : l'incertitude et la peur de l'avenir pourraient nous pousser à se retrancher dans des valeurs anciennes et obsolètes ; inversement, préparer l'avenir ne pourra pas se faire sans audace, intelligence, volonté et imagination, non seulement dans le champ des connaissances et de la production des savoirs, mais aussi, dans le champ de la sensibilité et des valeurs réelles. Par ailleurs, même lorsque la société change ou veut se libérer de ses carcans et freins pour progresser, l'école prise globalement n'est pas toujours à la hauteur de la tâche, soit parce qu'elle ne correspond pas ou ne sait pas à quel avenir se préparer, soit parce qu'elle ne sait pas comment s'y préparer de la meilleure façon possible, soit encore parce qu'elle est paralysée par les forces d'inertie ou démunie de moyens et de volonté adaptés à ses missions.

Mais est-ce vraiment bien son rôle ? N'y a-t-il pas en effet d'autres institutions et instances mieux placées et plus responsables ? Qui aujourd'hui pense l'avenir, les changements de société et leurs implications pour l'éducation et pour tous les secteurs de la vie économique, culturelle et sociale ? Pourquoi serait-ce uniquement la tâche du secteur de l'éducation dans une société démocratique où toutes et tous ont leur mots à dire ? Est-ce là le rôle qu'elle se doit de jouer, ou est-ce plutôt la réponse à une carence et une défaillance des autres instances chargées d'imaginer et de prévoir ? Oui, les écoles publiques sont des composantes de l'administration, dont la mission régalienne est d'exécuter des lois et de mettre en œuvre des politiques. C'est plutôt au parlement et au gouvernement que revient formellement la tâche de penser l'avenir et de traduire les projets ou les prévisions en décisions, en lois, programmes et directives applicables par tous les acteurs du système éducatif et de formation, mais pas seulement !

C'est vrai que nous savons tous qu'en cette période difficile, l'appareil de l'État est très largement occupé à gérer la crise et son corollaire le chômage des jeunes, la mal-vie et à s'adapter aux fluctuations de la conjoncture économique et à la situation géopolitique de la planète ! Est-ce pour autant qu'il faille être moins visionnaire et moins offensif pour prendre les initiatives qui s'imposent ? On ne peut pas continuer à gérer au jour le jour, à planifier et programmer uniquement sur le court terme en laissant le champ libre à d'autres forces pour semer des idées rétrogrades qui vont à contre-courant d'un avenir souhaité pour l'Algérie de demain ! Alors il est permis de s'interroger ! Qu'avons-nous fait des propositions de la commission Benzaghou, comme d'ailleurs celle de S'Bih sur la réforme de l'État et de l'administration ? Que sont devenues ces institutions où l'on pensait l'avenir ? Pouvons-nous faire l'économie d'un large débat sur un projet minimal consensuel pour l'Algérie de 2050, dont l'image doit-être définie au plus près des ambitions légitimes de notre société ? Tout cela pour dire que l'école a besoin de visibilité pour engager une réforme marquée par la légitimité d'un débat national devant aboutir à un consensus même minimal sur ce que doit être la configuration de l'école par rapport à celle de la société de demain ! C'est pourquoi il faut être sérieux dans notre évaluation, parce que les gens ne sont pas dupes ! Il s'agit de l'avenir de nos enfants et du devenir de notre société et notre jugement doit être par conséquent impartial ! Oui, l'école n'est pas qu'une affaire d'ingénierie pédagogique et de management ! C'est un chantier à ouvrir à une concertation permanente qui permet d'anticiper sur les évènements, plutôt que d'avoir à les subir. C'est dans cette grille d'une évaluation et d'une observation continue du système éducatif qu'il est possible de décrisper l'atmosphère qui pèse lourdement sur les gestionnaires de cette institution des plus sensibles. Les exemples de la Malaisie et de l'Indonésie qui ont fait comme premier choix stratégique le développement de la ressource humaine sont là pour nous indiquer la voie à suivre?

*Professeur