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Université, cadre de vie et d'études, et qualité de la formation supérieure (2ème partie)

par Lamine Kouloughli*

De nouveau, parmi les deux cent cinquante-six (256) étudiants qui ont répondu à cette question – dix-huit (18) indécis n'ont pas donné de réponse –, l'écart se creuse entre ceux qui disent que ce qu'ils avaient attendu du département dans lequel ils étudiaient avaient globalement été satisfaits, un encore plus maigre 13,28%, et la vaste majorité d'entre eux, 86,71%, pour qui cela n'aura globalement pas été le cas. Plus de 81% de toute une promotion dans une filière de fin de cycle qui disent que leurs attentes du département dans lequel ils ont étudié n'ont pas été globalement satisfaites. Peut-être un autre beaucoup qui s'ajoute au précédent.

Qualité de l'expérience d'être à l'université plutôt négative, étudiants généralement malheureux, attentes généralement insatisfaites. Avec un nombre de ‘sans réponse' à peu près stable et plutôt bas, oscillant selon les questions entre 05,10% et 06,56% de la population de l'enquête, les réponses des étudiants à cette première catégorie de questions avec non seulement la prépondérance systématique des réponses négatives mais surtout la qualité de l'écart entre ces réponses et les réponses positives, notamment pour les deux dernières questions, sont porteuses d'interrogations. Il y a peut-être dans le lourd passif que recèlent ces réponses, même si au niveau infime que représente la population de cette étude comparée à la population estudiantine globale, de quoi légitimement susciter quelque intérêt.

Qu'en est-il des réponses des étudiants aux questions ouvertes qui leur ont été posées ? Que peuvent ces réponses ajouter à la connaissance de la qualité de leur vécu, cet «aspect[…] important[…] dans la bonne marche de l'université», pendant leur séjour dans leur département ?

«Les questions ouvertes, écrit A. N. Oppenheim, sont souvent faciles à poser, difficiles à répondre, et encore plus difficiles à analyser.»10 En effet, la première étape, si l'on veut donner un sens à un corpus de réponses riches parce que diversifiées, est celle de leur classement; et «[i]névitablement, rappelle l'auteur, une partie de [leur] richesse est perdue quand les réponses sont classées.»11

Clairement, la présente étude n'échappe pas à cet appauvrissement, tout comme elle n'échappe pas à une certaine subjectivité de son auteur dans le choix des critères de ce classement et dans l'interprétation, tous deux assurément contestables, de certaines réponses des étudiants pour leur répartition dans telle ou telle autre des catégories choisies. Ainsi, par exemple, quand cet étudiant répond à la question relative à ce qui lui a le plus manqué pendant son séjour dans son département «ma vie active telle qu'elle était au lycée», s'agit-il d'un manquement individuel, l'étudiant n'ayant pas fait preuve de plus d'activités pendant son séjour dans son département, peut-être par manque d'organisation personnelle, ou d'un manquement de l'institution départementale, cette dernière n'ayant pas offert, peut-être par manque d'imagination, à un étudiant pourtant précédemment actif pendant son séjour dans l'enseignement secondaire, un environnement propice à plus d'activités ?

L'étude fera néanmoins amende honorable en se rangeant docilement derrière la suggestion proposée par Oppenheim de «reporter quelques-unes de ces réponses en entier dans le document final afin de donner au lecteur un peu de la saveur des réponses.»12

En outre, et pour plus d'authenticité, ces réponses seront maintenues dans la langue utilisée par les étudiants.

Forte de ce rappel méthodologique, une première lecture de l'ensemble des réponses de la population de l'enquête à chacune des questions ouvertes a permis de suggérer leur classement sur une base rhétorique. Une taxonomie en deux grands domaines, le domaine académique et celui du développement personnel de l'étudiant, a ainsi été dégagée.

Cette taxonomie fonde le classement des réponses des étudiants à l'ensemble des questions ouvertes, même s'il a fallu avoir recours en de rares fois à une catégorie supplémentaire, celle des réponses dites ‘cryptiques' ou autrement difficilement compréhensibles, donc difficilement catégorisables, dont quelques-unes seront également dûment reportées pour exemple.

Voilà ce que ce choix méthodologique a donné pour les réponses des étudiants aux trois dernières questions de l'étude:

4. Ce que les étudiants ont le plus apprécié durant leur séjour dans leur département

Identifier ce que les étudiants de l'échantillon ont le plus apprécié durant leur séjour dans leur département, c'est faire un état de l'actif de ce séjour, mettre en valeur le positif dans leurs conditions d'études, dans leur vécu; donner pour ainsi dire un peu plus de substance aux réponses positives aux questions fermées.

La libre expression des choix des étudiants a eu pour pendant la difficulté d'ordonner la diversité de leurs réponses. Certaines d'entre celles-ci, facilement catégorisables, faisaient directement état de contenus d'enseignement comme «grammar», «linguistics», et autres aspects relevant clairement du domaine académique. D'autres, mettant en valeur le travail du corps enseignant, faisaient référence aux méthodes des enseignants dans la salle de classe, «teacher's method», à la conduite de la classe, «group work in class». Elles ont été classées dans ce même domaine, tout comme celles qui faisaient référence aux résultats académiques personnels des étudiants, «having good marks», «being the best», «my success», ou encore, bien que moins évident, «the importance of degrees». D'autres étudiants se sont plus attachés à souligner des aspects relevant de leur développement personnel dans leurs réponses. Ainsi, par exemple, certaines de ces réponses sur ce que les étudiants ont le plus apprécié durant leur séjour dans leur département ont noté «self confidence», ou «becoming creative» ou encore «becoming responsible». D'autres enfin semblent, dans leur développement personnel, avoir le plus apprécié les relations interpersonnelles que leur séjour dans leur département leur a permis d'entretenir, d'où ce «to communicate with others», ou encore ce «meeting with people», et cette avalanche de «friends».

Ainsi classées dans ces domaines, les réponses des étudiants à la question «Quelle est la chose que vous diriez avoir le plus appréciée durant votre séjour au département ?» sont résumées dans le tableau synoptique suivant: (Tab. voir version PDF)

Première remarque qu'autorise le tableau ci-dessus, l'importance plus grande accordée par les étudiants dans ce qu'ils ont le plus apprécié durant leur séjour dans leur département au domaine du développement personnel, et qui pourrait peut-être s'avérer un indice de certaines des raisons de leur désillusion que marquent leurs réponses négatives aux trois questions précédentes, et une manière d'y remédier: grandir prime sur acquérir des connaissances académiques même si ces dernières restent importantes dans ce que les étudiants ont apprécié de leur séjour universitaire. Plus d'intérêt pour les personnes qu'ils sont et plus d'espace consacré à leur développement personnel – peut-être est-ce là que le bât a, en partie, blessé – permettrait ainsi peut-être de rallier ne serait-ce que quelques-uns de ceux – ils représentent quand même 16,05% de la population interrogée – qui répondent qu'ils n'ont ‘rien' apprécié de ce séjour; un ‘rien' sans appel qui résume peut-être autant qu'il exprime la somme des désillusions que disent ces réponses négatives des étudiants aux questions fermées précédentes.

Autre remarque, le pourcentage relativement élevé, 12,40%, des étudiants qui n'ont pas répondu à cette question. Signe d'une indécision, d'un manque d'intérêt ? Expression d'une désillusion qui ne consent même plus l'effort de s'exprimer et qui ferait que leur nombre devrait s'ajouter aux ‘rien' mentionnés ci-dessus, portant ce nombre à soixante-dix-huit (78) et le rapprochant dangereusement des soixante-dix-neuf (79) pour qui l'apport académique du département aura été apprécié ? La question reste posée.

Autre remarque enfin, les propositions dites ‘cryptiques' ou difficilement catégorisables et qui, si elles ne répondent pas directement à la question posée, épellent pour certaines, étrangement en réponse à une question sur ce qu'ils ont apprécié, le désenchantement de ceux qui y ont recours comme ce «I don't like university or department» (sic), ou ce «I have never felt happy here», ou enfin ce déchirant bien qu'agrammatical «I hate my life much than before» (sic); pointant même pour certaines du doigt un mal qu'elles identifient: «nepotism in everything».

Les réponses classées dans le domaine du développement personnel, en tête des propositions des étudiants, ont à leur tour permis une lecture plus différenciée entre celles qui mettaient en avant des caractéristiques personnelles, «feeling that I am educated», «open mind» (sic), et celles qui touchaient au domaine des relations interpersonnelles; celles-ci pouvant être séparées plus avant entre relations entre amis et pairs, justement le fameux «friends», et relations avec le corps enseignant «kindly teachers», «when teachers believe in my capacities». Cette seconde lecture permet à son tour la proposition du tableau synoptique suivant: (Tab. voir version PDF)

Cette lecture plus différenciée permet quant à elle de souligner l'importance, dans ce que les étudiants de l'enquête ont le plus apprécié dans le domaine de leur développement personnel pendant leur séjour dans leur département, des relations interpersonnelles avec 73,14% de mentions comparées aux 26,85% de mentions des caractéristiques plus personnelles. Elle signale en outre l'importance des relations interpersonnelles avec le corps enseignant qui, c'est intéressant de le remarquer, priment même légèrement sur celles avec les pairs. En même temps que certaines des réponses classées dans le domaine académique, elle met en valeur le rôle de ce corps, mais aussi la grégarité des étudiants, du moins de ceux du département des lettres et langue anglaise de l'université des Frères Mentouri de Constantine ayant participé à l'enquête, et indique peut-être à son tour une voie, en plus de celle de l'importance à accorder de manière générale au développement personnel des étudiants, pour ce qui aiderait à une meilleure appréciation de leur séjour à l'université: celle d'une plus grande promotion de relations interpersonnelles de qualité de manière générale; avec le corps enseignant de manière particulière.

5. Ce qui a le plus manqué aux étudiants durant leur séjour dans leur département

Cette question, dont l'objectif est de tenter de situer le ‘manque' qui aiderait peut-être à expliquer certaines des autres données exposées dans les tableaux des réponses aux questions fermées, est bien évidemment le revers de la question ouverte précédente.

Comme pour cette dernière, il s'est d'abord agi de catégoriser les réponses diversifiées auxquelles elle a donné naissance. Certaines d'entre celles-ci, facilement catégorisables, faisaient directement état de contenus d'enseignement comme «phonetics», «French», mais aussi d'absence de supports pédagogiques «language labs» ou encore «we learn without books» – les secondes expliquant peut-être l'état de manque des premières –; de qualité dans la relation pédagogique «the help of teachers», et «comprehensive teachers» (sic), ou encore «seeking knowledge, not marks», – revers donnant une autre image, négative celle-là, de cette relation –, et autres éléments relevant du domaine académique. D'autres étudiants se sont plus attachés à souligner des aspects relevant de leur développement personnel dans leurs réponses. Ainsi, par exemple, certaines de ces réponses sur ce qui a le plus manqué aux étudiants durant leur séjour dans leur département ont noté «self confidence», ou «happiness», ou encore «commitment», ou enfin «someone cares about us» (sic); et le très dérangeant «myself (the person I was)».

A suivre...

*Professeur - Département des lettres et langue anglaise - Faculté des lettres et langues, université des Frères Mentouri de Constantine.

Notes :

10 A. N. Oppenheim, Questionnaire design and attitude measurement, Heinemann, London, 1968, p.41. Notre traduction.

11 Ibid. Notre traduction.

12 Ibidem. Notre traduction.