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RUSSIE - OTAN / Dommage collatéral : Istanbul

par Dr Elhadj Abdelhamid

La Chute du Mur de Berlin avait signé la fin de la Guerre Froide entre l'Est et l'Ouest, l'Empire soviétique et l'Occident. Mais une autre a déjà commencé entre les 2 pôles bien avant la libération de Berlin et la réunification de l'Allemagne. Elle a fait, et fait encore, des milliers de morts, américains et autres, parmi les habitants des pays-frontières de la Russie, sites potentiels de bases US du Bouclier Anti-missiles. La Turquie, sentinelle euro-asiatique de l'Otan qui abritera, aussi, un radar du Bouclier américain, est aussi partie prenante du nouveau conflit mondial : la Guerre des Etoiles.

Lorsque la Turquie, en novembre 2015, abat un Sukhoï 24 russe, dans le ciel de Syrie, fait de guerre, et tue le pilote, crime de guerre, Poutine, l'ennemi n°1 de l'OTAN, avertit : La Turquie paiera cher «ce coup de poignard dans le dos» ! Poutine, ex-boss du KGB, ne badine pas avec la Sécurité nationale. Il décrète des sanctions économiques, boycott du tourisme… contre la Turquie qui dépend beaucoup du pétrole et du gaz russes. Le pays de Erdogan, habitué aux escarmouches du PKK kurde, va aussi connaître des attentats de plus en plus meurtriers. Le dernier, un triple attentat, véritable carnage, perpétré le 28 juin 2016, a ciblé l'aéroport international Atatürk d'Istanbul. L'aéroport est une cible qui comporte une double symbolique, l'avion (objet du conflit ) et le tourisme, ressource principale de l'ancien empire ottoman. Le même jour, le Premier ministre turc, revenant sur ses propos de la veille, avait exclu toute idée d'indemniser la Russie pour l'avion abattu.

Les trois kamikazes de l'aéroport d'Istanbul, ni Arabes ni Kurdes (un Russe, un Ouzbek et un Kirghize ) filmés par les caméras de l'aéroport, font l'effet de véritables robots, pantins décérébrés manipulés et programmés pour tuer. Particulièrement l'un d'eux, arrivé dans un hall vide, qui déambule dans une démarche «psychotique» en pas saccadés d'automate et qui jette à terre son fusil d'assaut avant de le reprendre, comme débranché faute de «cibles» qui avaient fui dans une panique générale.

La diplomatie vient toujours à la rescousse des conflits qui dégénèrent. Selon l'agence Reuters, après l'attentat de l'aéroport Atatürk, Poutine et Erdogan se sont mis d'accord pour une reprise de la coopération dans la lutte contre le terrorisme et ont convenu de se rencontrer, en Chine, au G20 de septembre prochain.

La Guerre froide est «éteinte» après la Chute du Mur de Berlin et le démantèlement de l'Empire soviétique mais la Guerre des Etoiles avait, déjà, commencé bien avant lorsque Ronald Reagan crée, sur le sillage de projets antérieurs abandonnés, l'IDS : l'Initiative de Défense Stratégique, ou le Bouclier anti-missiles, projet surnommé ‘La Guerre des Etoiles'.

Le Bouclier anti-missiles, qui viserait l'Iran et les Etats-voyous, comme la Corée du Nord, constitue, plutôt, une menace pour la Russie. Les bases de déploiement du programme de l'OTAN sont situées sur le territoire de pays limitrophes de la Russie. Le Missile Defense, opérationnel, menace le potentiel nucléaire russe et relèguerait la Russie au rang de modeste «new nuclear country» type Pakistan ou Inde. A la fin de la Guerre froide, en 1991, le projet du Bouclier Anti-missiles est délaissé par Bush et son successeur Bill Clinton. Mais l'élection de Bush Jr va sonner le glas de la détente Est-Ouest, avec le discours du nouveau président, prononcé le 1er mai 2001, qui relance le projet de la Guerre des Etoiles. Le discours de Bush Jr est une véritable déclaration de guerre à Poutine, convaincu que le programme anti-missiles US, qui a coûté plus de 120 milliards $, constitue une menace pour la sécurité de la Russie. Il ne reste à Poutine que le recours ultime à une sommation éclatante pour compter dissuader les USA de poursuivre le programme fatal ou du moins, de leur donner à y réfléchir davantage avant de le réaliser.

Un acte spectaculaire qui hantera, longtemps, la mémoire des Américains convaincus d'être à l'abri, pour toujours, d'une attaque de leur territoire. Depuis Spoutnik de Gagarine sur l'orbite terrestre à Appolo VII d'Amstrong , Aldrin et Collins sur la Lune jusqu'aux navettes spatiales US Discovery, Challenger et la station russe Mir, la rivalité spatiale américano-russe n'a jamais cessé, guidée, non par un concours de prestige, mais par un intérêt stratégique vital aux puissances.

Bien avant 2000, les Russes sont convaincus de la détermination des USA de mener à terme l'ambitieux et dangereux projet du Bouclier Anti-missiles, conçu, « non dans un cadre défensif, mais dans l'optique d'une stratégie offensive» qui menace vitalement l'ex-Empire soviétique et son allié, la Chine et il importe, au plus haut degré, de contrarier ce fatal bellicisme américain.

«La sous-traitance» des objectifs stratégiques par le terrorisme islamiste est un moyen très partagé par les puissances, lorsque l'on ne peut engager ses propres forces régulières. En Afghanistan, les Islamistes ont combattu les Russes, ils font, aujourd'hui, la guerre aux Américains et Daech doit être plus fort que le IIIème Reich, puisqu'il semble tenir tête aux Alliés de l'OTAN, à la Russie, à la Turquie et à une coalition hétéroclite arabe dont la Syrie, l'Irak et d'autres.

Ben Laden, le fantôme numérique à deux dimensions sur la chaîne ‘Al Jazeera' , est peut-être plus intelligent que Saddam pour se faire prendre dans un trou et certainement plus intelligent que nous tous qui pouvons penser que ce «barbu» atypique qui a grandi, en Amérique, soit capable de détruire le World Trade Center de New-York. Même le Japon impérial, l'allié du Reich et l'inventeur de l'avion kamikaze, qui dominait une moitié de la planète au plus fort de sa puissance, attaque Pearl Harbour, au Pacifique et n'a jamais risqué une action sur le territoire américain. Quelques heures avant l'effroyable attentat du 11 Septembre 2001 sur le World Trade Center, le téléphone rouge sonne à la Maison Blanche : Poutine avertit Bush de l'imminence d'un terrible attentat sur le sol américain.

En février 2009, Obama propose aux Russes l'arrêt du programme du Bouclier Anti-missiles contre celui du programme nucléaire iranien, mais en septembre 2009, il adopte l'European Phased Adaptive Approach, le développement d'une capacité de défense anti-missiles par l'installation de bases du Bouclier, dans les pays ( Pologne, Tchéquie…) de la nouvelle Europe selon le mot de Donald Rumsfeld.

La Pologne est, immédiatement, acquise au plan américain d'installation, sur la base de Redzikowo, d'une première batterie de lancement de missiles défensifs qui sera opérationnelle, en 2011.

Entre les Polonais et les Russes, il existe une longue histoire de morts qui ne cessera certainement pas de sitôt.

Le 10 avril 2010, l'avion du président polonais Lech Kaczinsky, avec une centaine de passagers à bord dont des hauts gradés militaires, se «crashe» à Molensk, en Russie. Poutine refuse de restituer l'épave du Tupolev alors que le parquet militaire de Varsovie vient d'inculper un contrôleur aérien de Smolenk d'avoir «provoqué le danger direct d'une catastrophe aérienne».

La Russie classée pays ennemi potentiel de l'OTAN, Poutine devenait ainsi l'ennemi n°1 à abattre.

La compagnie Malaysia Airlines a le triste privilège de partager, sur ses avions, les couleurs ‘bleu et rouge' identiques à celles de l'avion de Poutine.

Le 8 mars 2014, un Boeing 777 de Malaysia Airlines, le vol 370, devant relier Kuala - Lumpur à Pékin, est porté disparu à ce jour. L'avion de Poutine, le Force One russe, un Iliouchine 96, un quadriréacteur, ressemble beaucoup, par la taille et le marquage des couleurs, au Boeing 777, un biréacteur, du vol 17 Amsterdam-Kuala-Lumpur, abattu, le 17/7/2014, au-dessus de l'Ukraine, alors que l'avion présidentiel russe, de retour du Brésil, devait survoler l'espace aérien proche, quelques instants plus tôt ou plus tard.

Pour son voyage en Australie pour participer au Sommet du G20 prévu trois mois plus tard, en novembre 2014, Poutine est accompagné par une véritable armada qui mouille sur les eaux australiennes pendant le sommet et le président russe écourte, à la stupéfaction générale, son séjour à Brisbane et s'envole à bord de son Iliouchine sans assister à la réunion finale, indélicatesse diplomatique non coutumière de Poutine que n'expliquerait qu'une urgence sécuritaire.

Lors du dernier Forum économique international de Saint Petersburg, de ce mois de juin 2016, Poutine persiste. Le président russe a déclaré que la poursuite du déploiement du Bouclier Anti-missiles, en Europe, malgré l'absence de danger iranien représentait une «menace pour la Russie». «C'est un fait avéré : on a essayé, une fois de plus, de nous duper» ! La Russie vient d'annoncer que son Super missile intercontinental, ‘Satan 2', d'une capacité de 10.000 km, doté de 12 têtes nucléaires, capable de «raser», en quelques secondes, un pays grand comme le Texas ou la France, sera bientôt opérationnel. Un Yalta 2, avec les USA, la Russie, la Chine, et des observateurs, France, Royaume-Uni, Turquie… semble plus que jamais nécessaire.