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Sur le corps des femmes

par Mimi Massiva

Dans « Insurrections arabes » ( utopie révolutionnaire et impensé démocratique), Smaîn Laacher conclut : « Et pour savoir si cette tâche n'est pas vaine ou chimérique, il faudra sans cesse examiner, à partir du point de vue des femmes, de la réalité de leur condition d'existence et de leurs perspectives politiques, jusqu'où sont capables d'aller leurs forces de subversion pour briser, comme le dit Virginia Woolf, le « pouvoir hypnotique de la domination masculine. »

L'histoire le confirme : les droits de l'humain ont été d'abord une révolte de mères, d'épouses, de femmes. Les religions monothéistes l'ont bien compris en accusant de rébellion une Eve censée doublement soumise dès sa création. Les islamistes à l'assaut du pouvoir ciblent en premier non les dictateurs qu'ils veulent détrôner, mais les femmes apolitiques et brimées par ces derniers. Au féminin, l'ennemi de mon ennemi n'est pas un ami.

Le printemps arabe a abouti à l'«hiver» des épouses et l'éden des «houriates». Franz Fanon remarque que la décolonisation a commencé dans les chaumières. En France, l'étincelle révolutionnaire de 1789, c'est 6000 gueuses marchant sur Paris pour réclamer du pain. Idem pour l'Amérique du temps des cow-boys des saloons et des pendaisons à tout-va. Ces deux pays à l'avant-garde des droits de l'homme n'ont jamais donné les commandes à une femme. On ne peut nier le rôle du genre entre une Ségolène et un Hollande, un Obama et une Hillary tellement, au départ, les atouts de la candidate l'emportaient sur ceux de son rival. Manipulé ou pas, le féminisme a perdu alors que nous ne sommes plus dans le luxe d'un énième droit machin, mais dans le droit à la sécurité simplement. Si la civilisation grecque s'est effondrée parce que les esclaves ont cessé de bien faire sans être punis c'est que les dieux ressemblaient trop à leurs ouailles pour être pris au sérieux. Vulnérable, la femme entièrement dans son épiderme. On cherche toujours à savoir si elle est belle et si lui est intelligent, riche. On suppose que l'homme normal ne se venge pas de sa mal-vie sur le corps qui lui donne la vie. Sociologiquement la violence est considérée comme l'outil de la domination et on a remarqué que les hommes attirés par les prostituées et la pornographie sont généralement les plus atteints. En prison, la «maison-des-hommes», (1) des détenus subissent aussi les sévices des dominants y compris le viol. De l'acte isolé d'un malade mental à la fabrique de la meute, le viol quitte le fait divers pour se muer en phénomène social. Il est inexistant dans le règne animal et dans les sociétés primitives. Aucun groupe n'aurait résisté au viol systématique de ses femelles. C'est le meilleur moyen de détruire, de dégrader l'autre, «crime absolu», «crime parfait», affirment certains spécialistes face à la gravité des troubles psychotraumatiques chroniques qui a poussé certaines législations à punir jusqu'au viol conjugal. Sauf en période de guerre où le mal est atténué par la résistance à l'ennemi.

Les moudjahidates manifestent plus de fierté que de honte quand elles sont contraintes à en parler. Aller jusqu'au bout du sacrifice pour une Algérie qu'elles rêvaient égalitaire et surtout protectrice. Une génération plus tard, là où la population a le plus souffert de la lutte pour l'Indépendance, des familles massacrées, des filles kidnappées à domicile et réduites à l'esclavage sexuel par des «frères». 10 ans après la décolonisation et l'ouverture des écoles et universités aux filles du peuple, des députés discutaient avec sérieux de la longueur du bâton que doit utiliser l'époux pour dresser son épouse. (2) Deux ans plus tard, tout était réglé avec le codage de l'Algérienne à l'Algérien codé à son tour à la Régence…Après avoir fabriqué kamikazes et «houriates» sur leur propre sol, les potentats arabes les exportent chez les mécréants. Tous califes à la place du Calife, prophètes à la place du Prophète. On le voit aujourd'hui en France et partout en Occident, la peur est le meilleur moyen de souder un peuple aux pieds du Père. C'est bien le pedigree des violeurs et la réaction des autorités qui unissent les violées de Cologne, celles de la place Tahrir, les «laissées pour mortes» de Hassi-Messaoud, les «crucifiées» de la décennie noire et les esclaves sexuelles de Daech, les Yézidies. Le maire de Cologne aurait pu être le maire de n'importe quelle ville arabe : «Ces idiotes l'ont bien cherché avec leur tenue sexy !» Comme si le voile a préservé du viol les musulmanes. La justice suisse est allée jusqu'à refuser d'expulser un violeur récidiviste africain. Aucun pays européen n'est épargné, des Cologne partout et la même omerta. En Norvège, où le rapport de la police d'Oslo révèle que 100 % des viols sont commis par des étrangers, les femmes vont jusqu'à teindre leurs cheveux en noir dans l'espoir d'y échapper. Sans parler des «tournantes» dans les banlieues françaises et de ces psychopathes qu'on libère après quelques années et qui se mettent illico à la chasse. Sans oublier le violeur du bled qui échappe à la justice en épousant sa victime. Le viol d'une Suédoise, d'une Allemande… ne condamne pas le croyant à l'enfer. Des infidèles qui se débarrassent de leur virginité dans le péché. Dans les lycées français, on va jusqu'à distribuer gratuitement la pilule du lendemain. Imaginons un instant le sort réservé à des Maliens, Syriens qui se mettraient soudainement à agresser sexuellement les Algériennes. Réactions classiques : une rue occidentale qui se vide, se rétrécit, hiberne et enterre sa tête dans le sable en demandant pardon et de l'autre, la rue orientale qui explose, s'enflamme, vomit sa larve brûlante et sa haine. Deux visions anormales : flagellation et victimisation. Pourtant, sur le corps des femmes, il y a une unanimité de fond.

Si elle existe, la différence est cosmétique. Quelle différence il y a en entre une fille non vierge en terre d'Islam à qui on exige un certificat de virginité pour la marier et l'annulation de mariage par le tribunal de grande instance de Lille réclamée par un époux après avoir découvert que sa femme n'était pas vierge ? «Pour les hommes, le mal est un «faire», qu'on peut, en quelque sorte, «défaire». Mais, pour les femmes, le mal est dans leur être. Etre femme, c'est déjà un mal ou, du moins, une limite…Il y a donc une question anthropologique de base qui trahit un conflit dans la compréhension même de l'être humain.»(3) Pour le même motif, existe-t-il une femme au monde désirant annuler son mariage et un juge pour la satisfaire? La double négation étant une affirmation, faire du mal au mal est donc un bien. Sur 100 femmes violées combien portent plainte ? Très peu même en Occident, à moins que le coupable ne soit riche célèbre et possédant plus d'ennemis que d'amis à l'image d'un DSK. Les violées allemandes de Cologne doivent-elles maudire le corps du petit Aylan qui a ouvert leurs frontières aux migrants musulmans ? Ou maudire leurs congénères qui refusent de faire des enfants ? On ne peut s'empêcher de se dire où était passé l'humanisme de la chancelière quand elle importait pour la 18e Coupe du monde de football près d'un demi-million de prostituées. Plus soucieuse du plaisir de ces messieurs que de la traçabilité de la «viande». Rien d'illégal, sauf que les statistiques montrent que plus de 90% des filles de joie sont sous la coupe d'un proxénète. Leur moyenne de vie ne dépasse pas les 35 ans. Quand elles ne sont pas victimes de la traite elles sont détraquées par un viol, les drogues, la misère et la violence. Si elles ne sont pas vendues par un proche dans des camps de réfugiés ou piégées par des contrats de travail bidon. On raconte que Sarkozy avec sa fanfaronnade habituelle a dit à Merkel : «Je suis la tête et tu es les jambes».

Cette dernière a répliqué : «Non, tu es la tête et les jambes, moi je suis le carnet de chèques.» Le drame du corps féminin rapporte quand il est bien fait et bien «décervelé» par la peur. Daech n'a pas inventé les esclaves sexuelles ni inauguré les marchés pour les vendre. D'après Slate-Afrique, en juin 2013 est sorti un rapport accablant du département d'Etat américain sur la traite d'êtres humains dans les pays arabes visant l'Arabie saoudite, le Koweït, l'Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Libye, le Yémen, le Liban et le Qatar. Des trafiquants-convoyeurs de femmes domestiques pour l'esclavage toutes catégories. Certes, on peut s'étonner de voir l'Algérie dans la liste. Pays riche et stable, félicité pour sa bonne gouvernance et ses réformettes du code de la famille, y compris par la Maison-Blanche. Sauf que nous les Algériens, nous ne sommes pas très doués pour la vision. A-t-on vu comment nos doux hitistes se sont transformés en vampires afghans ? Nous ne verrons même pas ce que certaines mauvaises langues en Occident désignent déjà par le remplacement de la population. C'est à peine si on remarque les Noirs et les Syriens parmi la faune d'affairistes à la nationalité indéfinissable. C'est à peine si on remarque que nos mendiantes disparaissent «grâce» aux migrantes. En Europe, le voile des sœurs musulmanes a bien remplacé dans l'indifférence celui des sœurs chrétiennes. Le maillon faible ne menace que le maillon faible. Mais penser qu'un migrant arabe va payer demain la retraite d'un ingénieur germain c'est comme rêver que la beurette de la banlieue parisienne peut remplacer Assia Djebar à l'Académie française. Le professeur d'Oxford, Paul Collier, a écrit Exodus, un livre tabou sur l'immigration, un best-seller au Royaume-Uni non traduit en français. (4) Cet éminent universitaire doit sa renommée d'humaniste au livre The Bottom Billion (Le milliard d'en bas), les misérables qui peuplent la planète. Il a étudié la question de l'immigration scientifiquement, ce n'est pas un idéologue, il se contente de faire parler les chiffres. D'après lui, le flux migratoire est systématiquement sous-estimé. Par exemple en 2003, l'administration britannique a affirmé qu'il n'y aurait pas plus de 13.000 Européens de l'Est qui viendront par an. Ils arrivèrent 15 fois plus. Que dire du flux migratoire venant de l'Afrique où la population va être multipliée par 4 avant la fin du siècle.

Collier constate que l'immigration ne cesse jamais spontanément, c'est toujours une décision politique qui l'accélère ou la ralentit. On a vu l'efficacité de l'Algérie de Boumediene expulsant les Marocains, la Libye de Kadhafi les Tunisiens et l'Arabie des Ibn Saoud les Palestiniens. C'est plus compliqué venant d'une race blanche vers une plus bronzée. Le professeur démontre que ce sont les migrants qui bénéficient le plus des fonds liés à l'immigration. Par contre, pour les autochtones et les anciens émigrés, les revenus ont tendance à baisser avec un accès plus difficile au logement. Quant au financement des retraites, les «bons sentiments faussent les calculs». Il remarque que si le poids pèse trop sur le système de sécurité sociale, la machine se grippe. Il démontre que l'émigration n'est pas une solution au vieillissement de la population sinon un pays comme la France aurait décollé depuis des décennies et ne serait pas aujourd'hui obligé de payer pour se protéger d'une jeunesse française qui se sent tout sauf française. Il conclut : «Il est difficile de comprendre pourquoi il existe un large consensus parmi les économistes pour dire que l'immigration est une si bonne chose pour financer les retraites.» C'est difficile aussi de comprendre l'indignation des médias quand un Noir ou un Arabe est molesté dans un métro par des Blancs racistes et leur réserve à parler du viol de plusieurs dizaines de femmes blanches par des Noirs ou des Arabes.

Collier note l'absence dans les études sur la criminalité parmi ces derniers du coût de la sécurité. Il constate aussi le phénomène du repli de l'exode urbain et l'émigration des autochtones les plus favorisés. Pessimiste, il affirme que si les migrations vers l'Europe s'amplifient, il y a risque de dissoudre les identités nationales. Au seul mois d'octobre 2015, il y a eu plus d'arrivants que durant toute l'année 2014. Il n'a pas prévu le viol de masse. La femme européenne si enviée n'est pas plus en sécurité que celle qui appartient à des pays esclavagistes. Pas étonnant avec un Qatar, premier investisseur dans les médias français et notamment dans le magazine «Elle» avec 1,5 million de lectrices en France et 21 millions à l'étranger. Dans son livre Rue Corneille, Denis Tillinac, un proche de l'Elysée écrit : «…On humiliait publiquement des gamines en leur interdisant le port du foulard à l'école… Double bénéfice pour les prêcheurs salafistes avec qui tels élus de banlieue négociaient en douce une fiction de «paix sociale»... alors que des imams prêchaient à ciel ouvert la haine de la France, de l'Occident, des Juifs, des «Croisés, le seul fait de s'en inquiéter vous présumait lepéniste… Sous prétexte de ne pas stigmatiser l'islam, on chargeait d'une culpabilité malsaine la mule du peuple français… nourrir la xénophobie des uns en flattant la rancœur des autres.» Le foulard a fini par devenir symbole de la diversité en Europe après avoir étouffé le mouvement «Ni pute ni soumise». Dans le monde d'origine des «migrants violeurs», la réislamisation a commencé par le haut et par le bas visant aussi exclusivement le corps des femmes. Cette réislamisation vestimentaire était censée calmer les ardeurs de l'homme et protéger la musulmane du déshonneur, du viol, de la prostitution, du harcèlement, de la violence. Comme la mondialisation était censée rendre la société plus égalitaire, plus instruite, plus heureuse.

Stendhal disait : «L'admission des femmes à l'égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation et elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain.» Or, dans ce début du 3ème millénaire, les inégalités se creusent de plus en plus entre les hommes ; entre les hommes et les femmes. Si 80% des hommes sont pauvres, 80% des pauvres sont des femmes. Si l'obésité est en train de devenir la première cause de mortalité des femmes arabes, pour les Européennes, le cancer du poumon est en train de détrôner celui du sein grâce au tabac. Sur son corps, la femme se venge. La psychiatrie freudienne est d'abord le cri d'une malade. Les sociologues notent que les sociétés ont besoin de tuer le bouc émissaire pour vénérer son cadavre. Il suffit de voir les images qui défilent sur les écrans dans n'importe quel foyer à n'importe quelle heure de la journée de n'importe quel pays au monde pour se convaincre que le corps de la femme sied à ce rôle. S'il y a erreur, elle est dans l'ouverture de l'école à la gent féminine, d'avoir facilité aux moins connes l'accès à l'information, à acquérir certains droits-leurres inutiles et encombrants. À quoi leur sert le droit de vote quand elles n'accèdent au pouvoir que comme figurantes ? Des études américaines ont démontré que les maladies mentales touchent plus les universitaires qui se retrouvent femmes au foyer que les autres. Quand elles font le choix inverse comme en Allemagne ou au Japon, elles se privent de la maternité, un autre genre de trouble. En Algérie, où la femme n'est pas aussi «évoluée», on parle de l'incapacité de la diplômée à dénicher un mari. En réalité, partout la femme indépendante financièrement, s'autorise le choix. Partout, la femme pas trop écervelée et en sus informée peine à être manipulée. En Arabie saoudite, l'instruction des filles pose de plus en plus problème aux hommes polygames. En Chine, la femme avorte de l'embryon féminin pour que l'unique enfant soit mâle. «Si c'était un garçon est-ce que vous seriez allée jusqu'au bout ?» Question posée lors d'une enquête européenne auprès de femmes qui venaient d'avorter. Plus de 70% répondirent non. En France, sur 100 étudiantes, 11 se prostituent et sur 100 prostituées, près de 80 sont des étrangères. Cette vague de migrants où 90% sont des jeunes hommes ne ressemble pas à un déplacement normal de la population pour cause de guerre.

Le sort des «sœurs» prisonnières qui auraient pu suivre leurs «frères» n'intéresse pas les politiciens occidentaux. On sait simplement que la guerre est le meilleur moyen de faire le plein des maisons closes dont les canaux diffèrent. Blonde facile ou brune soumise, le corps féminin déjà mal à l'origine est devenu jouet, bouc émissaire pour l'homme plus matricide que jamais et objet à son tour. L'éducation à la fillette-Barbie et au garçon-Rambo ne prépare-t-elle pas déjà au viol ? Pour la première fois en France, championne de la protection sociale et des droits des humains sans distinction de sexe, l'espérance de vie des femmes recule plus rapidement que celle des hommes comme en Arabie saoudite…Le grand historien Toynbee a remarqué que n'importe quelle civilisation est le fait d'une minorité créatrice qui aimante le reste de la population qui la suit mimétiquement. Quand elle devient bloquante, elle débloque le processus de dégénérescence. Il y a ceux qui n'ont connu que la minorité bloquante. La drôle de civilisation dite arabe a dû se dérouler sur la planète Mars tellement elle est symbolisée par un Haroun al Rachid dont les esclaves sexuelles se comptaient par dizaines de milliers à sa mort. C'est l'esclavage, affirmait notre grand historien Ibn Khaldoun qui a causé la perte de la femme arabe. On a assassiné ou mis en quarantaine tous les réformateurs arabes qui ont effleuré le problème. Sur le corps des femmes, le chemin du Califat a fini par croiser celui de la Banque. Pour se maintenir, la minorité bloquante se laisse contaminer par la minorité pourrie.

(1)Les Hommes violents (Daniel Welzer-Lang)

(2)El Moudjahid (13/01/82)

(3)Le mal au féminin (Ivone Gebara)

(4)Causeur (janvier 2016, numéro 31)